Antoine BIOY (MCF psychologie clinique, Dijon ) : La douleur physique, un handicap
psychique ? [30'50]
Anne AUBERT (PR, université de Rouen)
Hélène ROMANO
(docteur en psychologie clinique et psychologue expert du Comité de Protection
des Personnes Ile de France IX) : Participation
des sujets en situation de handicap aux recherches médicales: réflexions
éthiques sur l'information et les demandes de consentement pour une clinique
respectueuse du sujet au-delà de son handicap [28'14]
Simone KORFF-SAUSSE
(psychanalyste, MCF en psychologie clinique Paris VII) : La vie psychique de la personne atteinte
d'un handicap : un étrange déni [34'29]
Régine SCELLES (PR de psychologie, Rouen) Le Visible du corps et le mystère de la
psyché dans les représentations infantiles [37'35]
Georges SAULUS (psychiatre, Marseille) : Vicissitudes d'installation de l'éprouvé entitaire et de l'expérience du Moi (approche comparative
entre polyhandicap, autisme et psychose chez
l'enfant) [36'22]
Discussion
Samedi 28
mars 2009
Aubeline VINAY, (MCF
psychologie clinique, Dijon) : Temporalité
et sentiment d'identité personnelle en situation de handicap moteur [34'11]
Pierre ANCET (MCF philosophie, Dijon) Autonomie, vie psychique et reconnaissance [31'00]
Anne
MARCELLINI (MCF-HDR, Université
Montpellier I ) : Atteintes corporelles et identités : la part du mouvement [42'08]
Yannis CONSTANTINIDES, (philosophie,
enseignant à l’Espace Ethique de l’AP/HP) : Le corps comme pesanteur [33'50]
Discussion
L’objet de ce colloque de bioéthique est de susciter la
réflexion sur les conséquences psychiques du handicap physique, du handicap
mental ou du polyhandicap en insistant sur la perception que ces personnes possèdent de leur
propre corps. Pour ce faire, nous nous appuyerons sur l’expérience du corps vécu ou corps
subjectif au sens que Maurice Merleau-Ponty donne à ce terme dans la Phénoménologie de la perception :
un corps subjectif, ressenti plus que représenté, expérimenté plus que connu,
intériorisé plus qu’extériorisé comme objet possible.
Dans cette perception du corps,
la douleur tient une place toute particulière : elle enferme le sujet dans
une forme de dépendance face à un corps vécu comme obstacle, réduisant le champ
des possibles. Elle est la marque de l’impuissance du sujet (Lévinas, Le Temps et
l’autre). Par quoi toute douleur humaine se
double de souffrance psychique.
Les exemples principaux retenus pour cette analyse
seront l’expérience du corps chez la personne handicapée physique, handicapée
mentale et la personne polyhandicapée, et ceci pour plusieurs raisons.
La première est éthique : elle permet de prendre
conscience du décalage qui peut exister entre nos représentations, souvent
éminemment projectives, et l’expérience de l’autre telle qu’il la décrit du
dedans. On y retrouve l’écart entre l’apparence extérieure construite par les stéréotypes sociaux et le vécu individuel dans sa
singularité. Or la démarche éthique est souvent présentée comme une tentative
pour aller de la généralité des principes vers la particularité voire la
singularité d’une expérience, afin de remonter ensuite vers une discussion
collective des principes. Le cheminement éthique ne peut en ce sens faire
l’économie de l’expérience individuelle, et nous insistons pour que des
intervenants en situation de handicap puissent s’exprimer dans ce contexte. Les
enjeux éthiques sont d’autant plus importants que se pose aujourd’hui la
question cruciale du néo-eugénisme contemporain par le dépistage anténatal du
handicap.
La seconde raison est spéculative : la
découverte de l’expérience d’autrui ne peut que nous conduire à repenser notre
propre rapport au corps et à nos propres déficiences. De la même manière que
l’anthropologie a pu par le passé permettre de mieux saisir ce qu’était notre
propre culture, de même nous avons la possibilité d’interroger au sein de notre
propre société des personnes dont l’expérience du corps n’est pas comparable à
celle que nous connaissons quotidiennement. Quelles en sont les conséquences
psychologiques ? Cette question n’a de sens que dans la mesure où l’on distingue le champ de l’expérience du corps subjectif
et celui de ses conséquences psychologiques. Or le corps tel que nous
l’entendons est un corps subjectif, partie intégrante du psychisme. La personne
handicapée a grandi avec lui et l’a intériorisé comme tel. L’expérience du
corps et l’expérience de soi sont par là même intimement liées. Plus
généralement, rien ne nous garantit que nous ayons tous les
mêmes expériences intérieures uniquement parce que nous disposons de la
même culture et des mêmes termes pour désigner ce que nous ressentons. La
maladie mentale et la maladie physique peuvent conduire à des expériences si
étranges et singulières du corps vécu qu’elles en deviennent difficilement communicables. Mais rien ne nous indique à l’inverse que les
expériences du corps soient si radicalement distinctes
qu’elles ne puissent faire l’objet d’une rencontre.
Les études récentes montrent qu’il n’est pas possible
de lier directement l’importance du handicap avec la diminution de la qualité
de vie ressentie par l’individu. Le lien existe, mais il est la plupart du
temps indirect, les personnes les moins touchées par le handicap s’estimant
généralement plus affectées par celui-ci du fait de leur position de
liminalité, à la limite entre la « normalité » et
l’ « anormalité ». L’évaluation de la qualité de vie nous confronte
donc à des effets projectifs de la part des personnes dites valides. Cet
argument de la qualité de la vie revient pourtant constamment dans les
décisions d’interruption médicale de grossesse. Une étude précise de cette
notion doit donc être menée, ainsi que des concepts qui lui sont généralement
associés (liberté, reconnaissance, autonomie, mais aussi bien-être, douleur et
souffrance).
Comment définir cette
notion de qualité de vie au plus près d’une expérience vécue tout en préservant
sa valeur intersubjective voire sa valeur de mesure statistiquement
exploitable ? Ce sera l’un des enjeux de cette rencontre mêlant
psychologues cliniciens et philosophes.
Ecoutez les interventions du colloque international L'expérience du corps vécu chez la personne âgée et la personne handicapée, 13-15 novembre 2008. Pour accéder aux enregistrements, cliquezici.