Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Territoires contemporains


Varia
Démocratie, un mot faible ?
Samuel Hayat, Démocratie, Paris, Éditions Anamosa, 2020, 96 p. 
[1]
Vincent Chambarlhac
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MOTS-CLÉS
Mots-clés : démocratie ; gilets jaunes ; révolution ; conflictualité
Index géographique : France ; monde
Index historique : xixe-xxie siècle
SOMMAIRE

TEXTE

La collection aux courts opus d’Anamosa, Le mot est faible, s’enrichit de deux nouveaux titres. Hier Peuple, Révolution [2], École. Aujourd’hui Démocratie, Histoire [3]. Démocratie, de Samuel Hayat, forme comme la troisième pièce d’un triptyque entamé par deux ouvrages de la précédente livraison. Comme pour Peuple, Révolution, le mouvement des Gilets jaunes, puis le mouvement social actuel, semblent l’horizon d’une réflexion renouvelée sur le terme. « La démocratie comme mouvement amène les citoyens à faire le lien entre la politique et leur vie concrète » écrit Samuel Hayat (p. 37). Dans cet horizon, contre l’oligarchie qui préside à la démocratie néo-libérale et confère au peuple le seul droit d’arbitrer ses factions diverses par le vote, « la démocratie, en ce sens politique et social, est le pouvoir des gouvernés qui se découvrent politiquement gouvernés, et qui dans cette découverte refusent ensemble l’assujettissement » (p. 74). La part des sans-parts, pour reprendre le lexique de Jacques Rancière  [4], réarme ainsi le mot même de démocratie, démonétisé, dépolitisé, par la langue néo-libérale. « La démocratie est le pouvoir d’un peuple qui ne cesse de se reconstruire dans l’expérience collective d’un refus d’être gouverné » (p. 85). Somme toute un horizon de révolution(s)… Ainsi ramassée, la démonstration de Samuel Hayat dialogue avec Révolution de Ludivine Bantigny, Peuple de Déborah Cohen. Démocratie, Peuple, Révolution, trois titres donc pour (re)saisir par le biais de plumes critiques et engagées des mots qui scandent depuis trois ans les mouvements sociaux. Des mots tirés à hue et à dia, dont la lutte même pour le sens constitue une part du processus infini de construction politique de la démocratie. Car, « une démocratie réelle […] n’est pas seulement affaire de lois. Elle relève aussi d’un double processus de mise en question et de mise en action : mise en question de l’ensemble des relations de pouvoir qui constituent et saisissent des sujets ; et mise en action de ces sujets dans une démarche collective de contestation de ces relations. » (p. 66). On ne peut qu’acquiescer et considérer que la conflictualité politique et sociale est au cœur même du processus démocratique. Sans mouvement point de démocratie car dans l’horizon de l’égalité il est toujours une part des sans-parts dont peuple forme le nom, et révolution l’une des formes du rêve d’un processus démocratique un jour achevé. Ici une interrogation pour Anamosa : à quand un République à l’invocation si ritualisée ?

Démocratie n’est pas un mot faible. Plus exactement sa faiblesse n’existe qu’à la condition de l’oubli de sa perpétuelle reconstruction. Un horizon que rappelle Samuel Hayat.

AUTEUR
Vincent Chambarlhac
Maître de conférences en histoire contemporaine
Université de Bourgogne-Franche-Comté, Centre Georges Chevrier-UMR 7366

ANNEXES

NOTES
[4] Notamment, Jacques Rancière, La mésentente, Paris, Galilée, 1995.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Vincent Chambarlhac, « Démocratie, un mot faible ? Samuel Hayat, Démocratie, Paris, Éditions Anamosa, 2020, 96 p. », Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 3 février 2020, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Vincent Chambarlhac.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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