Patrimonialisation en tension : régimes de légitimation, conflictualité et écologie. Des Climats de Bourgogne au Quartier libre des Lentillères
Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
UR 7366 UBE


Territoires contemporains


Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs
Patrimonialisation en tension : régimes de légitimation, conflictualité et écologie. Des Climats de Bourgogne au Quartier libre des Lentillères
Alain Chenevez
Résumé | Mots-clés | Sommaire | Texte | Auteur | Annexes | Notes | Références | Outils
RÉSUMÉ

Cet article explore deux formes contrastées de patrimonialisation à Dijon : les Climats de Bourgogne, reconnus par l’UNESCO, et le Quartier libre des Lentillères, espace autogéré en lutte contre un projet d’aménagement. Il montre comment le patrimoine peut fonctionner comme outil de valorisation économique et de légitimation institutionnelle, ou comme acte de résistance socio-écologique ancré dans des pratiques ordinaires et des attachements situés. À partir de ces deux cas, l’article propose de penser la patrimonialisation comme une fabrique argumentative, traversée par des conflits, des récits et des épreuves de légitimité. Il met en lumière les rapports de pouvoir et les tensions entre institution et dissidence, tout en interrogeant la posture de l’enquêteur dans des terrains sensibles et politisés. Il invite enfin à considérer la patrimonialisation comme un processus vivant, révélateur des manières d’habiter, de contester et de transformer les territoires à l’ère de l’écologie.

MOTS-CLÉS
Mots-clés : patrimonialisation, territoire, fabrique argumentative, écologie, habiter.
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Index historique :
SOMMAIRE
I. Penser la patrimonilalisation à l'ère de l'écologie
II. Les Climats de Bourgogne : un patrimoine sous condition
1) La fabrique sociale du patrimoine : détour, oubli, sélection
III. Les Lentillères : pratiques patrimoniales en lutte
2) Le pouvoir d'agir depuis les marges : une complexité méthodologique
IV. Pour une théorie critique de la fabrique patrimoniale
Conclusion Pour une sociologie située de la patrimonialisation

TEXTE

I. Penser la patrimonialisation à l’ère de l’écologie

La relation entre patrimoine, ville et écologie constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de nos sociétés contemporaines. Loin d’être seulement une affaire de conservation d’éléments anciens ou naturels, cette relation met en jeu des dynamiques complexes, traversées par des tensions sociales, économiques et environnementales. Dans un contexte marqué par des crises écologiques et une urbanisation croissante, des inégalités socio-économiques accrues, la notion de patrimoine urbain prend une dimension particulièrement critique, dépassant largement le cadre traditionnel de la protection des monuments historiques et des paysages remarquables.

Du point de vue sociologique et anthropologique, le patrimoine urbain doit être pensé comme un processus actif et dynamique. Plutôt que d’être un simple héritage du passé, le patrimoine représente une construction sociale et politique continue, où s’articulent des enjeux symboliques, identitaires et économiques.

Depuis les années 1970, comme l’ont mis en évidence Babelon et Chastel [1] ou plus récemment Nathalie Heinich [2], le patrimoine a été conçu à travers une approche normative, largement définie par des cadres juridiques et institutionnels précis. Ce modèle de patrimonialisation, fondé sur des critères objectifs et des dispositifs administratifs, a largement structuré les politiques urbaines et les stratégies de valorisation économique à travers le tourisme et la culture. Pourtant, cette vision institutionnelle rencontre aujourd’hui des limites significatives, exacerbées par les nouvelles pratiques sociales associatives [3], les logiques économiques néolibérales [4] que traverse notre époque, mais aussi les enjeux écologiques [5].

Face à ces contextes, une autre manière de concevoir et d’analyser le patrimoine urbain émerge, davantage ancrée dans les pratiques ordinaires et quotidiennes des habitants. Ce patrimoine « populaire », tel que conceptualisé notamment par Tim Ingold [6], André Micoud et Michel Peroni [7] ou encore Noël Barbe [8], ne s’inscrit pas nécessairement dans les cadres juridiques classiques. Au contraire, il s’élabore dans une relation sensible, concrète et située entre les communautés locales et leur environnement immédiat. Cette patrimonialisation alternative implique une « écologie de l’attention », attentive aux interactions humaines avec leur milieu vivant, valorisant des formes d’engagement communautaire, de solidarité locale et d’autogestion écologique [9].

À Dijon, deux terrains particulièrement significatifs permettent d’explorer concrètement ces deux logiques de patrimonialisation contrastées : les Climats de Bourgogne et le Quartier libre des Lentillères. Les Climats de Bourgogne, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015, incarnent une patrimonialisation institutionnelle exemplaire, fondée sur une valorisation narrative et économique du paysage viticole régional, mettant en avant l’excellence, la tradition et une harmonie supposée entre l’homme et la nature. Cette valorisation patrimoniale, bien que prestigieuse et internationalement reconnue, masque cependant des réalités complexes, comme la spéculation foncière, les inégalités territoriales et les impacts environnementaux problématiques liés à une agriculture intensifiée.

En parallèle, le Quartier libre des Lentillères représente une forme radicalement différente et conflictuelle de patrimoine urbain. Depuis 2010, cette friche urbaine occupée par des collectifs militants s’oppose activement à un projet municipal jugé artificialisant. Ici, la patrimonialisation s’opère dans la pratique quotidienne, au travers de l’autogestion, de l’agriculture urbaine et des relations solidaires entre habitants. C’est une forme de protection fragile, contestataire et continuellement en lutte contre les tentatives d’expulsion et d’aménagement urbain.

Ainsi, ces deux terrains bourguignons mettent clairement en lumière une tension fondamentale dans la manière contemporaine de penser le patrimoine urbain : une opposition entre un patrimoine institutionnel, économiquement valorisé et socialement exclusif, et un patrimoine émergent, conflictuel, porteur d’alternatives écologiques et sociales radicales. L’enjeu central ne consiste pas à trancher entre ces deux modèles, mais à comprendre comment leur coexistence conflictuelle éclaire les enjeux actuels d’équité sociale, d’écologie urbaine et de durabilité territoriale. En quoi ces exemples de patrimonialisation sont-ils liés à une fabrique argumentative ? Qui argumente ? Selon quelles échelles, registres, dispositifs ? Nous faisons l’hypothèse que la patrimonialisation, loin d’être un processus neutre ou technique, est une fabrique argumentative révélatrice de tensions écologiques, politiques et sociales, et ce, à travers des régimes de justification hétérogènes.

Une problématique qui invite à repenser le patrimoine non plus comme une simple catégorie administrative, mais comme des régimes de légitimation au sens de Boltanski et Thévenot [10], mais aussi de négociation sociale, critique et transformative de territoires dans sa dimension humaine et non humaine. Cette perspective conduit ainsi à interroger la territorialisation non comme un simple processus de fixation spatiale des ressources ou des appartenances, mais comme une dynamique relationnelle et politique, où s’articulent luttes de reconnaissance, conflictualités socio-écologiques et fabrique des communs [11]. Autrement dit, la territorialisation désigne le processus par lequel des groupes s’approprient un espace, cohabitent, s’adaptent et lui donnent du sens et en font un territoire porteur de pratiques, d’usages et de représentations. En ce sens, territorialiser le patrimoine revient à en faire un opérateur de transformation sociale, révélateur des rapports de pouvoir, des imaginaires et des usages différenciés de la relation à ce qui nous entoure et dont nous faisons partie. Cela permet de qualifier ces actions de mise en patrimoine comme opérateur de conflit démocratique sur le territoire, au croisement du social, du cadre architectural et topographique, de l’écologique et du politique.

II. Les Climats de Bourgogne : un patrimoine sous condition

En juillet 2025, les Climats de Bourgogne célébreront le dixième anniversaire de leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale a officialisé la valeur culturelle et historique d’un paysage viticole singulier, façonné par des siècles de pratiques agricoles, d’organisation foncière et de transmission intergénérationnelle. L’inscription repose sur un modèle original de parcellaires ; les Climats ; rigoureusement délimités et hiérarchisés, formant un archétype du terroir viticole français où s’entrelacent matérialité du sol, immatérialité des savoir-faire, et récit de tradition.

Mais derrière cette valorisation, présentée comme un aboutissement collectif et une reconnaissance méritée, se profile une série de tensions fondamentales. La patrimonialisation des Climats n’est ni neutre ni toujours consensuelle : elle repose sur une construction narrative sélective, qui met en lumière certains éléments tout en reléguant d’autres dans l’ombre. Elle participe d’un processus plus large de fabrique du patrimoine, où l’histoire, les usages du territoire et les pratiques sociales sont réinterprétés à l’aune de logiques d’excellence, d’exception et d’authenticité.

Le succès de l’inscription à l’UNESCO tient à une stratégie discursive sophistiquée. Nous pouvons en faire un premier bilan tout juste dix ans après. Il s’agit de produire une image harmonieuse et prestigieuse du vignoble bourguignon, en l’arrachant aux aléas du présent pour le faire entrer dans un récit intemporel, presque mythologique, d’un terroir façonné par le génie local. Cette narration repose sur l’idée d’un équilibre millénaire entre l’homme et la nature, où l’architecture des murets de pierre, la diversité des sols et la transmission des gestes s’imposent comme signes tangibles d’une « Valeur Universelle Exceptionnelle » [12].

Cependant, ce récit consensuel masque des réalités plus conflictuelles. L’histoire sociale du vignoble, marquée par des rapports de force, des inégalités foncières et des exclusions silencieuses, est largement passée sous silence. Les petites exploitations fragilisées, les ouvriers agricoles précaires, les tensions liées à la transmission ou à l’installation de jeunes vignerons, sont absents de la scène patrimoniale. Le passé est lissé, expurgé de ses contradictions, pour mieux répondre aux attendus d’un patrimoine légitime et exportable.

La reconnaissance patrimoniale transforme profondément les logiques de production et d’appropriation du territoire. Elle contribue à une dynamique d’élitisation, où les plus grands domaines bénéficient d’un capital symbolique accru, consolidant leur position sur un marché globalisé du vin. Cette capitalisation culturelle et économique accentue la spéculation foncière, limitant l’accès à la terre pour les jeunes générations et renforçant l’ordre social existant. Plus encore, Le Climat, d’unité viticole locale, devient un actif patrimonial stratégique, inséré dans les logiques du capitalisme narratif décrit par Boltanski et Esquerre [13]. Il s’agit aussi de valoriser ce qui n’est pas délocalisable, par exemple les architectures vernaculaires, les savoir-faire localisés, les traditions œnologiques, en les transformant en signes distinctifs, capables de produire de la valeur dans un marché globalisé où l’authenticité territoriale devient une ressource économique à part entière.

La mise en récit des Climats participe ainsi d’une forme de gentrification territoriale, dans laquelle les acteurs les mieux dotés en ressources, foncières, politiques, symboliques, monopolisent les bénéfices d’une reconnaissance internationale. La patrimonialisation ne se contente pas d’inscrire un paysage dans la mémoire collective : elle redéfinit les rapports sociaux à l’espace, hiérarchise les usages légitimes du territoire, et produit de nouvelles formes de relations avec le territoire.

Paradoxalement, alors que le label UNESCO valorise une gestion durable du paysage, la filière viticole bourguignonne reste traversée par des pratiques agricoles intensives, dépendantes aux intrants chimiques et au modèle productiviste. Loin de l’image bucolique, la réalité environnementale est marquée par une forte empreinte écologique : consommation énergétique des chais, artificialisation des sols, pollution liée à la logistique internationale, réchauffement climatique.

Cette dissonance entre récit patrimonial et pratiques effectives éclectiques produit une tension structurelle : le patrimoine est ici moins un outil de transformation écologique qu’un instrument de légitimation économique et culturelle pour l’action. En occultant les enjeux écologiques et en inscrivant le territoire dans une image d’harmonie idéale, la patrimonialisation se doit de neutraliser certaines pratiques moins en adéquation avec l’idée de durabilité de l’existant pour une montée en valeur patrimoniale, afin de renforcer in fine la reconnaissance et la valorisation symbolique du territoire.

1) La fabrique sociale du patrimoine : détour, oubli, sélection

L’analyse du processus d’inscription des Climats à l’UNESCO permet de comprendre le patrimoine non comme une essence, mais comme une construction politique. Dès 2006, une ingénierie patrimoniale s’est mise en place : création de l’association des Climats de Bourgogne, mobilisation d’un comité scientifique, appui des élus, implication des vignerons emblématiques. La candidature a reposé sur un travail de sélection, de reformulation et de scénarisation du passé : un détour stratégique, permettant de transformer le vin, produit économique, en paysage culturel.

Ce processus n’est pas frauduleux : il est constitutif de toute entreprise patrimoniale. L’oubli y est aussi important que la mémoire. Ce que l’on décide de ne pas raconter, la précarité du métier, les effets du changement climatique, les tensions foncières, est aussi structurant que ce que l’on valorise. La force du récit patrimonial réside dans sa capacité à produire un consensus symbolique en activant des émotions positives (fierté, appartenance, authenticité), tout en écartant les éléments dissonants. Le récit patrimonial des Climats tend à favoriser une réalité territoriale fondée sur l’excellence viticole, au détriment de la diversité des acteurs, des pratiques et des usages sociaux.

Cela dit, l’enjeu n’est pas de dénoncer un récit faussé, mais d’interroger les conditions de sa production. Dans une perspective sociologique, la patrimonialisation des Climats de Bourgogne apparaît comme un dispositif de gouvernement du territoire [14], au croisement des enjeux culturels, économiques et écologiques. Elle cristallise des rapports de pouvoir, légitime certains acteurs au détriment d’autres, fixe des priorités et des usages du sol. Mais elle peut aussi, potentiellement, devenir un espace de négociation : un lieu où se confrontent différentes visions du territoire, du passé et de l’avenir.

À l’heure où les défis environnementaux exigent des transformations profondes des pratiques agricoles et des usages de la terre, la reconnaissance patrimoniale pourrait devenir un levier de transition, à condition de ne pas favoriser le paysage dans un idéal conservateur. À cet égard, une enquête prolongée, dix ans après l’inscription à l’UNESCO, permettrait d’appréhender comment les acteurs locaux, habitants non vignerons, ouvriers agricoles, riverains, perçoivent cette mise en patrimoine, notamment à travers les dispositifs mis en place par l’Association des Climats du vignoble de Bourgogne [15], chargée depuis 2015 de sa gestion. Cela permettrait de complexifier l’analyse des Climats en soulignant l’hétérogénéité des vignerons, les ambivalences écologiques internes ou encore les controverses sur la gouvernance du label.

III. Les Lentillères : pratiques patrimoniales en lutte

À l’opposé du processus de patrimonialisation institutionnelle porté par les Climats de Bourgogne, le Quartier libre des Lentillères, situé à quelques kilomètres à peine du centre historique de Dijon, propose une tout autre manière de faire territoire, de produire du commun et, en creux, de construire un patrimoine alternatif. Ce lieu hybride, autogéré et en lutte permanente contre des projets d’aménagement urbain, constitue un laboratoire concret où se tissent des formes d’attachement au sol, des pratiques écologiques, et une résistance à l’ordre établi. Il offre une perspective précieuse pour penser les tensions entre écologie, urbanisme et mémoire des lieux à l’aune d’une critique radicale des normes institutionnelles [16].

Depuis 2010, cette friche urbaine de sept hectares, initialement prévue pour accueillir l’écoquartier « Les Maraîchers », a été occupée par des collectifs issus de différentes trajectoires militantes. À rebours des logiques de planification urbaine classique, les Lentillères expérimentent une forme de ville informelle, autogérée, où se combinent agriculture urbaine, pratiques culturelles alternatives, habitat précaire et vie communautaire. Ce lieu ne répond à aucune des catégories traditionnelles de la fabrique urbaine : il est à la fois squat, ferme urbaine, lieu de vie, espace politique, terrain d’expression artistique et plateforme de solidarité. Il incarne une patrimonialisation en actes, mouvante, ancrée dans le présent, où la valeur du lieu se fonde sur l’usage et le soin porté aux relations entre humains et non humains.

Le Quartier libre des Lentillères s’inscrit dans une critique en acte de la métropolisation, de l’artificialisation des sols et de la dépossession des habitants face aux projets d’aménagement planifiés par les collectivités. À Dijon, comme ailleurs, la fabrique urbaine repose souvent sur une vision technicisée et marchande de la ville durable, où les notions d’écoquartier ou de rénovation verte masquent parfois des logiques de spéculation. À l’inverse, les Lentillères reposent sur un urbanisme low-tech, relationnel et expérimental, rétif à toute forme d’institutionnalisation.

Ce territoire réinvente le commun en acte, non pas en tant que projet, mais comme processus continu. Il ne s’agit pas ici de revendiquer une inscription patrimoniale ni d’objectiver un bien culturel à transmettre : le patrimoine s’y manifeste comme une pratique d’habitation critique, au sens de Tim Ingold [17], dans laquelle le lien à l’environnement se construit par la marche, le jardinage, le bricolage, la cuisine collective, l’hospitalité. Le soin porté aux plantes, aux animaux, aux cabanes et aux murs à retaper devient autant de gestes de résistance, de mémoire, et d’invention de futurs alternatifs.

Les Lentillères mettent à l’épreuve les cadres normatifs de la patrimonialisation. Ici, pas de classement, pas de médiation institutionnelle, pas de stratégie touristique ni de discours patrimonial revendiqué. Et pourtant, c’est bien une forme de patrimoine qui se construit, au jour le jour, dans la réappropriation d’un lieu commun et dans la lutte pour sa préservation. Cette patrimonialisation implicite repose moins sur la conservation d’un passé que sur la protection d’un espace de vie face à la menace d’une disparition programmée. Elle actualise ce que certains auteurs nomment une « mémoire vivante », c’est-à-dire un attachement actif au lieu, non comme trace figée, mais comme force d’agir.

Ce patrimoine est fondamentalement conflictuel, fragile et illégitime du point de vue des institutions. Il n’est pas reconnu comme tel par la puissance publique, et ne cherche pas à l’être. Cette dissidence statutaire en fait un cas limite, mais aussi un révélateur précieux : il met en lumière tout ce que le patrimoine officiel tend à invisibiliser ou neutraliser : la contestation, la précarité, la désobéissance, mais aussi l’invention sociale.

2) Le pouvoir d’agir depuis les marges : une complexité méthodologique

L’enquête sur les Lentillères ne peut s’envisager selon les protocoles classiques de recherche en terrain institutionnalisé. Le rapport à l’enquêteur ou à l’université est marqué par une grande méfiance, alimentée par l’historique des conflits avec la mairie, la crainte de récupération médiatique ou politique, et une volonté farouche de préserver l’autonomie du lieu. Dans cet univers de forte politisation, la légitimité du chercheur ne va pas de soi : elle doit se construire lentement, au fil du temps, aussi par la participation d’étudiantes et d’étudiants discrets et surtout par la cooptation informelle par les membres du collectif. L’enquête menée aux Lentillères ne saurait être abordée comme un terrain neutre ou transparent. Il s’agit d’un espace fortement politisé, où l’histoire du lieu et la mémoire des conflits avec les pouvoirs publics nourrissent une vigilance structurelle vis-à-vis des institutions, des médias et, par extension, du monde académique. La figure du chercheur est donc immédiatement placée sous condition : il ne s’agit pas simplement de « recueillir » des données, mais de négocier, parfois silencieusement, un accès partiel, évolutif.

L’entrée sur le terrain s’est ainsi opérée dans une logique de cooptation informelle, à travers la participation à certaines activités collectives et un positionnement réflexif, explicite, mais non insistant. L’écoute, la discrétion, la capacité à accepter l’ellipse ou le silence ont constitué des leviers méthodologiques essentiels. Il a fallu accepter une forme d’opacité, non comme un déficit de données, mais comme un indicateur en soi du régime de conflictualité dans lequel s’inscrit ce territoire.

Cette posture méthodologique implique de renoncer à certaines attentes classiques de l’enquête (entretiens formels, objectivation exhaustive, validation institutionnelle) pour adopter une logique de compréhension, attentive aux atmosphères, aux gestes ordinaires, aux données de seconde main. En ce sens, enquêter aux Lentillères, c’est aussi faire l’expérience d’une enquête « en tension », où les conditions mêmes de production du savoir deviennent objets de réflexion.

L’approche méthodologique suppose une forme de discrétion active, une capacité à accepter le silence, à renoncer à certaines informations, et à comprendre que l’enquête elle-même est un acte politique. Elle demande de déplacer le regard : observer les pratiques, écouter les récits périphériques, cartographier les gestes quotidiens, capter les atmosphères. Il ne s’agit pas de « parler sur » les Lentillères, mais d’apprendre à parler avec, à travers une posture réflexive et éthique, en intégrant la part d’opacité inhérente à tout terrain en lutte [18] .

Ce que montrent les Lentillères, au fond, c’est la capacité des marges urbaines à produire des formes de vie soutenables. Dans ce microcosme, on observe une écologie pratique, non spectaculaire, où l’on cultive à la main, où l’on répare plutôt que jeter, où l’on accueille les sans-abris, les exilés et migrants, les artistes, les zadistes de passage, ce qui n’est pas exempt de conflits et de tensions, enjeux de gouvernance et de conflits non résolus que la poursuite de l’enquête pourra signaler. Cela étant, cette écologie sensible, ancrée dans les temporalités longues de la croissance végétale, des saisons, des assemblées, construit une autre relation au territoire, fondée sur la dépendance mutuelle, la vulnérabilité assumée et l’imagination politique.

À rebours de la rhétorique du développement durable ou des politiques vertes, cette écologie est indisciplinée, infra-politique, mais à visée transformatrice [19]. Elle rejoint les réflexions de Guattari sur les « trois écologies » [20] : mentale, sociale et environnementale, et les pensées mésologiques contemporaines qui insistent sur la co-constitution des milieux et des formes de vie. Le quartier libre devient ainsi un foyer de résistance et de récit alternatif, qui réinvente les conditions d’habitabilité d’un monde abîmé [21].

Le cas des Lentillères oblige à reconsidérer ce que l’on entend par patrimoine urbain. Il ne s’agit plus ici de préserver un passé prestigieux ni même une architecture, mais de défendre une possibilité de vie, une manière d’habiter la ville autrement, sans être expulsé, intégré ou marchandisé [22]. Le film collectif Une île et une nuit souligne ces différents éléments et permet aussi de nourrir notre enquête.

C’est un patrimoine sans monument, mais avec mémoire ; sans label, mais avec attachement ; sans récit officiel, mais avec une densité d’expériences vécues.

À l’heure où les politiques patrimoniales tendent à stabiliser les territoires en les assignant à des identités fixes, le Quartier libre des Lentillères rappelle que le patrimoine peut aussi être mouvement, désaccord, invention collective. En cela, il ne s’oppose pas simplement aux Climats de Bourgogne : il les complète, en révélant d’autres façons de produire de la valeur, d’habiter un lieu, et de faire mémoire en lien avec l’écologie et le politique.

IV. Pour une théorie critique de la fabrique patrimoniale

Les cas contrastés des Climats de Bourgogne et du Quartier libre des Lentillères permettent de dépasser une conception essentialiste du patrimoine pour en proposer une lecture en termes de dispositif socio-politique, au croisement des enjeux de reconnaissance, de territorialisation et de conflictualité. Loin d’être un simple enregistrement du passé, la patrimonialisation apparaît ici comme un acte collectif structuré par des régimes d’argumentation, des configurations d’acteurs et des formes différenciées de légitimation.

Ces deux formes de patrimonialisation, l’une institutionnelle, l’autre dissidente, révèlent des modalités d’action et des rapports au territoire radicalement différents, mais également des points de convergence : dans les deux cas, il s’agit de faire advenir une valeur collective autour d’un lieu, en mobilisant récits, affects [23], expertises, engagements et dispositifs matériels. Cette dynamique engage une réflexion plus large sur les régimes contemporains de production du patrimoine à l’ère de la durabilité et de la crise écologique.

Comme l’ont montré les travaux de Dominique Poulot [24], Jean Davallon [25] ou Laure Teulières [26], le patrimoine n’est jamais un donné mais une construction discursive, communicationnelle et politique, qui suppose un travail de sélection, de narration et de légitimation. Dans les Climats de Bourgogne, ce travail prend la forme d’une ingénierie patrimoniale classique, articulée autour de critères institutionnels : définition d’une Valeur Universelle Exceptionnelle, mobilisation d’experts, scénarisation historique, plan de gestion.

Cette fabrique argumentative repose sur un agencement spécifique d’acteurs : élus locaux, professionnels du vin, chercheurs, associations culturelles et sur des dispositifs techniques qui permettent de stabiliser un récit collectif. La candidature à l’UNESCO est ici l’occasion d’une montée en généralité, d’une élévation symbolique du territoire par sa sortie du local vers l’international. Cette opération renforce un imaginaire de l’excellence territoriale, fondé sur la distinction culturelle, la transmission, et l’harmonie paysagère.

À l’inverse, aux Lentillères, le récit n’est pas unitaire, mais co-construit dans l’action, souvent en opposition à l’intérieur et surtout à l’extérieur. Le lieu ne cherche pas à être reconnu selon les critères classiques du patrimoine, mais à défendre sa légitimité par l’usage, l’hospitalité, la culture du soin et de la conflictualité. La fabrique du sens y est horizontale, évolutive, et engagée. Ce patrimoine informel n’a pas de dossier, pas de classement, mais il se manifeste dans les pratiques, dans les liens, dans les formes de vie inventées en commun. Là où les Climats mettent en avant l’histoire longue, les Lentillères valorisent la capacité à résister et à expérimenter des futurs habitables. La valeur patrimoniale y est moins dans la mémoire que dans le présent partagé.

Ces deux figures du patrimoine s’appuient sur des régimes de légitimation distincts, qui engagent des rapports au politique et à la reconnaissance profondément contrastés. Dans le cas des Climats, la légitimation passe par une institutionnalisation verticale : elle mobilise les appareils de l’État, les procédures internationales, les univers de l’expertise, dans une logique d’alignement sur les normes patrimoniales dominantes. Le patrimoine devient ici une ressource stratégique dans le cadre d’un capitalisme culturel où la mise en récit des territoires joue un rôle central dans l’attractivité économique, la valorisation foncière, et la distinction symbolique. Il s’agit de produire du consensus, de stabiliser une image du territoire, de garantir une visibilité globale.

Dans le cas des Lentillères, la légitimation est délibérément non institutionnelle. Elle repose sur l’épreuve du réel, sur la preuve par l’usage, sur la reconnaissance interne des collectifs et la confrontation avec les pouvoirs publics. C’est un régime de légitimation, qui s’inscrit dans la quotidienneté et dans une esthétique de la résistance [27]. Les conflits, loin d’être des anomalies, sont constitutifs de cette fabrique patrimoniale dissidente. Ils expriment une autre manière de dire la valeur d’un lieu : non pas par la conformité aux normes, mais par l’ouverture de possibles sociaux et écologiques. Pour utiliser Citton [28], nous pourrons éprouver le concept de l’attention par la description, dans une forme de « théorisation à partir du terrain », afin de souligner que l’attention portée aux temporalités végétales ou aux trajectoires migrantes, au sein du collectif les Lentillères, donne chair à une écologie du quotidien qui déborde largement les cadres naturalistes du patrimoine vert institutionnel.

Mais cette action produit aussi du politique au sens fort, parfois difficile à analyser. Le positionnement de certains acteurs, fortement politisés, rend les interactions délicates, voire méfiantes, notamment vis-à-vis de la recherche académique perçue comme potentiellement intrusive ou normative. La fabrique patrimoniale y est indissociable d’un mode de conflictualité assumé, qui brouille les cadres habituels d’enquête et complexifie l’analyse. Cette opacité partielle, loin d’être un obstacle, révèle au contraire la densité politique de ces pratiques d’habiter, et la nécessité de repenser nos outils de compréhension du patrimoine lorsqu’il s’élabore depuis les marges, car des formes de dominations et d’inégalités ne sont pas absentes.

Dans les deux cas, la patrimonialisation apparaît comme un processus d’action collective : elle suppose l’engagement d’acteurs, l’élaboration de récits partagés, la mise en commun de ressources, la structuration de réseaux. Mais les logiques d’action y sont très différentes.

Aux Climats, l’action collective est encadrée, pilotée, concertée. Elle vise la performance du territoire sur la scène internationale. Elle s’inscrit dans une temporalité longue, dans une politique d’image, dans un horizon de distinction.

Aux Lentillères, l’action collective est plus rhizomatique, plus diffuse, souvent conflictuelle. Elle repose sur la solidarité, la co-présence, l’invention de formes de vie en marge des dispositifs existants. L’objectif n’est pas la reconnaissance globale, mais la défense d’un mode d’habiter, d’un usage du sol et d’un commun en construction [29].

Ce sont deux figures de l’agir collectif patrimonial : l’une orientée vers la reconnaissance externe, l’autre vers l’autonomie et la préfiguration. En confrontant ces deux modèles, on peut dessiner une cartographie critique des usages du patrimoine dans les sociétés contemporaines. Le patrimoine n’est pas seulement une affaire de mémoire, il est un opérateur de gouvernement du territoire, un médiateur des relations entre humains et non humains, environnement, économie et institutions. Il peut servir à stabiliser l’ordre social, à le légitimer, mais aussi à le contester et à en inventer d’autres formes. En s’inspirant à nouveau des usages de la grandeur de Boltanski et Thevenot [30], le dossier UNESCO des Climats s’appuie sur un registre d’excellence professionnelle (cité industrielle), tandis que les Lentillères construisent une légitimité sur des formes de cohabitation et de soin (cité domestique et écologique). Nous pourrions distinguer les types de justifications activées dans les documents et pratiques, mais aussi les entretiens et observations en cours. Afin de dépasser une lecture binaire opposant un patrimoine institutionnalisé et un patrimoine dissident, il est utile de mobiliser plus finement la théorie des régimes de justification proposée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot. Dans De la justification, les auteurs identifient plusieurs « cités », ou mondes communs, structurant les justifications sociales selon des principes de légitimité différents : efficacité, tradition, solidarité, renommée, etc. Cette grille d’analyse doit permettre de ne pas réduire les tensions patrimoniales à un simple affrontement entre l’État et les marges, mais d’observer comment chaque projet patrimonial articule une pluralité de régimes de justification, parfois complémentaires, parfois contradictoires toujours en tension [31].

Les Climats et les Lentillères incarnent deux figures emblématiques de cette tension : le patrimoine comme ressource pour le capitalisme et l’économie de l’enrichissement, ou comme outil de résistance et de recomposition du monde commun. Ils montrent que les politiques patrimoniales ne sont pas seulement des dispositifs de conservation, mais des champs de bataille symboliques où se joue l’avenir de nos milieux de vie.

C’est dans cette dialectique entre conservation et invention, entre récit et usage, entre institution et dissidence, que se joue aujourd’hui l’intérêt théorique et politique de la patrimonialisation. Elle oblige à penser non seulement ce qui vaut la peine d’être conservé, mais aussi qui décide, au nom de quoi, et pour qui.

Conclusion — Pour une sociologie située de la patrimonialisation

L’analyse croisée des Climats de Bourgogne et du Quartier libre des Lentillères offre un point d’entrée pertinent pour explorer des formes contrastées de patrimonialisation urbaine à l’ère de l’écologie. Sans prétendre à une généralisation hâtive, ces deux terrains permettent d’identifier des régimes de légitimation distincts ; l’un institutionnalisé, normatif et orienté vers la reconnaissance internationale ; l’autre dissident, informel, ancré dans l’usage, le conflit et l’expérimentation sociale.

Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une opposition entre conservation et contestation, mais une pluralité de manières d’habiter et de faire mémoire, révélant que le patrimoine est un objet de luttes, de récits et d’engagements. En ce sens, ces régimes patrimoniaux ne mobilisent pas seulement des récits et des usages : ils travaillent les identités territoriales. La reconnaissance patrimoniale, en cristallisant certaines valeurs culturelles et les inscrivant dans une narration consensuelle, appelle à fédérer certaines identités pour permettre une meilleure valorisation sur quelques éléments permettant la reconnaissance [32]. Mais de quelles figures sociales le récit patrimonial des Climats de Bourgogne fait-il l’économie ? Quels « acteurs secondaires » sont invisibilisés ou naturalisés dans cette mise en récit ? À l’inverse, les formes de patrimonialisation informelles comme aux Lentillères dessinent des identités mouvantes, plurielles, en tension constante avec les dispositifs de reconnaissance. Cela donne à voir une patrimonialisation implicite, sans reconnaissance institutionnelle, mais fondée sur la continuité d’usages, le soin des lieux et la conflictualité assumée, mais avec là aussi des interrogations, sur ses limites internes, ses tensions de gouvernance et ses ambivalences stratégiques.

On voit comment le patrimoine devient un opérateur de construction ou de contestation des identités territoriales. Entre reconnaissance institutionnelle et résistance marginale, les usages différenciés du patrimoine dessinent des formes d’attachement contrastées, où s’affrontent logique de valorisation économique, récits d’excellence, mais aussi gestes de soin, conflictualités sociales et écologies. La notion d’identité s’y trouve travaillée dans l’espace, au croisement du politique, du sensible et de la mémoire. Ces éléments empiriques, bien qu’ancrés dans un contexte bourguignon particulier, ouvrent des perspectives plus larges. Ils incitent à repenser les politiques patrimoniales à partir des pratiques, des attachements et des conflits qu’elles suscitent, plutôt que des seuls dispositifs juridiques ou narratifs. En ce sens, le patrimoine apparaît comme un espace de négociation sociale, où s’éprouvent, parfois de façon asymétrique, des rapports de pouvoir, des formes d’écologie située, et des relations au territoire. Mais en quoi ces deux cas éclairent-ils d’autres situations globales ? Quelle contribution à la théorie du patrimoine dans un contexte de crise écologique globale ?

Ces deux cas, envisagés comme observatoires localisés, appellent à être confrontés à d’autres configurations, urbaines, rurales, zones commerciales ou fonctionnelles où se nouent également des tensions entre reconnaissance institutionnelle, résistances locales et recompositions écologiques. Une telle démarche est un apport généralisable à la recherche sur les tensions entre patrimonialisation, écologie et gouvernance urbaine dans une mise en perspective internationale (les occupations à Berlin, Naples ou Istanbul, etc.), aussi dans une discussion plus large sur les formes alternatives de patrimonialisation (ex. : les ZAD, Tiers Lieux, les communs, etc.). Plutôt que de déconstruire une prétention universaliste globale du patrimoine, comme le font les approches postcoloniales [33], cet article interroge les conditions locales et situées à partir desquelles des régimes de légitimation produisent une valeur patrimoniale. Il s’agit moins de contester l’universalité que de montrer comment elle se recompose, dans le conflit, à partir des usages et des récits d’un territoire donné. Une perspective d’esquisser une socio-anthropologie critique des formes contemporaines de patrimonialisation, attentive à la diversité des régimes d’attachement, aux inégalités d’accès à la reconnaissance, et aux manières de faire monde dans un environnement fragilisé.

AUTEUR

Alain Chenevez
Maître de conférences (HDR) en sociologie
Département Denis Diderot et laboratoire de recherches interdisciplinaires LIR3S
Université Bourgogne Europe


ANNEXES

NOTES


[1] Jean-Pierre Babelon et André Chastel, La notion de patrimoine, Paris, Liana Levi, 1994.
[2] Nathalie Heinich, La fabrique du patrimoine. De la cathédrale à la petite cuillère, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2009.
[3] Michel Rautenberg, « Comment s'inventent de nouveaux patrimoines : usages sociaux, pratiques institutionnelles et politiques publiques en Savoie », Culture & Musées, n° 1, 2003, p. 19-40.
[4] Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.
[5] Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique, Paris, La Découverte, 2015.
[6] Tim Ingold, Being Alive. Essays on Movement, Knowledge and Description, Londres, Routledge, 2011.
[7] André Micoud et Michel Peroni, Ce qui nous relie. La société civile, entre le local et le global, Paris, L’Aube, 2000.
[8] Noël Barbe, Actions patrimoniales. Les Nouvelles de l’archéologie, 2003, 93, p. 5-7. 
[9] Augustin Berque, Écoumène : Introduction à l'étude des milieux humains, Paris, Belin, 2000.
[10] Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard, 1991.
[11] David Harvey, Rebel Cities: From the Right to the City to the Urban Revolution, Verso, 2012.
[12] Alain Chenevez, Nanta Novello Paglianti, L’invention de la Valeur Universelle Exceptionnelle : une utopie contemporaine, Paris, L’Harmattan, 2014.
[13] Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, op. cit.
[14] Alain Sgard, « Patrimonialisation et urbanisme : les mutations d’un régime d’action publique », Territoire en mouvement, n° 21-22, 2014. En ligne : https://journals.openedition.org/tem/2587.
[16] On peut voir la production audiovisuelle : Une île et une nuit / Koy kéren suri ma / Jedna wyspa, jednej nocy / Una illa e una nuèch / Gun kelen ani su kelen / جزيرةوليلة / Адзін востраў і адна ноч / O insulă și o noapte / Ag guddi ca diggu géej / An Island and One Night / Ce film collectif, réalisé entre 2021 et 2023 par les habitants des Lentillères dans onze langues sans sous-titres, constitue à la fois une archive, un acte de narration et une forme d’auto-patrimonialisation par l’image.
[17] Tim Ingold, The Perception of the Environment: Essays on Livelihood, Dwelling and Skill, Routledge, 2000.
[18] Notons que ces formes de patrimonialisation en actes, comme aux Lentillères, sont aussi traversées par des rapports sociaux de domination et d’inégalités de genre spécifiques : division des tâches, formes de soin et d’exclusion, présence et prise de parole singulière.
[19] Vincent Vivien, « L’écologisation du patrimoine culturel. Une écologie politique du sensible ? », Écologie & Politique, 2015, n° 51, p. 97-112.
[20] Félix Guattari, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989.
[21] Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris, La Découverte, 2017.
[22] James Holston, Insurgent Citizenship: Disjunctions of Democracy and Modernity in Brazil, Princeton University Press, 2008.
[23] Daniel Fabre, Émotions patrimoniales, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2013.
[24] Dominique Poulot, Musées et muséologie. Essais d’histoire sociale, Paris, La Documentation française, 2006.
[25] Jean Davallon, Le don du patrimoine : une approche communicationnelle de la patrimonialisation, Paris, Hermes, 2006.
[26] Laure Teulières [dir.], Patrimoines en actes. Les pratiques contemporaines de patrimonialisation, Toulouse, Presses Universitaires du Midi, 2021.
[27] Luc Boltanski, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard « NRF Essais », 2009.
[28] Yves Citton, L’Économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ?, Paris, La Découverte, 2014.
[29] Nathalie Blanc, Cyria Emelianoff et Hugo Rochard, Réparer la Terre par le bas. Manifeste pour un environnementalisme ordinaire, Bordeaux, Le Bord de l’eau, 2022.
[30] Luc Boltanski et Laurent Thévenot, op.cit.
[31] Même si cette proposition gagnerait à être visuellement explicitée par un tableau non intégré par manque de place.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :

Alain Chenevez, « Patrimonialisation en tension : régimes de légitimation, conflictualité et écologie. Des Climats de Bourgogne au Quartier libre des Lentillères », dans Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs, Alain Chenevez et Hervé Marchal [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], février 2026, n° 23, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Alain Chenevez
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944


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