La production légale d’une marchandise nationale : Les ambigüités de la « Swissness »
Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
UR 7366 UBE


Territoires contemporains


Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs
La production légale d’une marchandise nationale : les ambigüités de la « Swissness »
Théo Pilowsky
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RÉSUMÉ

Cet article analysera les interactions complexes entre l’industrie horlogère suisse, l’État fédéral helvétique et leur inscription dans des dynamiques relevant de la globalisation économique et culturelle. Dans ce cadre, l’horlogerie suisse est prise dans un régime d’ambigüité territoriale où la production industrielle, bien que partiellement déterritorialisée dans le cadre du régime d’accumulation flexible du capital, se revendique toujours comme étant un produit national et de terroir. La confédération suisse joue ici un rôle important en agissant en interaction avec les divers acteurs de l’industrie (patrons, syndicats) afin de construire une norme fédérale définissant ce qu’est la « Swissness ». Ces interactions complexes seront analysées dans un cadre sociologique en lien avec les dynamiques de l’économie politique globalisée contemporaine.

MOTS-CLÉS
Mots-clés : Suisse, globalisation, xxie siècle, territoire, nation, industrie.
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Index historique :
SOMMAIRE
  Introduction
I. Cadre théorique
II. La production étatico-entrepreneurial de l’industrie horlogère suisse
III. Le « Swiss Made » comme artefact légal en régime d’accumulation flexible du capital
  Conclusion : Relocalisation industrielle et automatisation accrue des sites productifs

TEXTE

« Il n’y a plus de projet, il n’y a plus que des objets, ou plutôt le projet n’a pas disparu : il se satisfait de sa réalisation comme signe dans l’objet. » [1]

Introduction

Cet article aura pour ambition de réfléchir aux conséquences sociologiques et économiques de l’interaction entre l’industrie horlogère avec l’État-nation suisse : de cette interaction, la marchandise montre en vient à être progressivement assimilée à une marchandise à caractère national. La mondialisation économique s’effectue en partie à travers l’exportation de ces marchandises et sur un phénomène d’association des nations à la production de biens construits comme étant des marchandises typiques, sur le mode du stéréotype et de l’invention de la tradition [2], qui produit des effets d’inégalité structurelle sur le plan de l’économie politique internationale. Pour Jean-François Bayart, il faut comprendre l’État-nation comme un produit de la globalisation, et non pas comme son opposé ou son négatif. La globalisation fonctionne sur une triangulation entre libre-échange, universalisation de l’État-nation comme forme de domination politique légitime et la multiplication des formes d’identités particularistes comme idéologie englobante [3]. Nous réfléchirons à comment l’État-nation, associé à certaines marchandises destinées à l’exportation, devient lui-même une marque ou un label dans la concurrence commerciale internationale.

Dans ce cadre, par marchandise nationale-libérale, j’entends toute marchandise qui devient par association métonymique un signifiant de la nation dans un contexte global de libre-échange économique, sur le mode des mythologies barthiennes [4]. La mondialisation économique s’effectue en partie à travers l’exportation de ces marchandises mythologiques et sur un phénomène d’association des nations à la production de biens construits comme étant des marchandises typiques, sur le mode du stéréotype et de l’invention de la tradition qui produit des effets d’inégalité structurelle sur le plan de l’économie politique internationale. Notre question de recherche principale pourra dès lors se résumer à : comment l’industrie horlogère suisse contribue-t-elle à la construction d’une identité nationale (« Swissness ») et quelles contradictions émergent entre cette identité nationale et les réalités du libre-échange globalisé ?

I. Cadre théorique

Le cadre théorique que nous retiendrons repose sur différents penseurs. Les théories de la globalisation dont nous nous sommes inspirés reposent principalement sur deux auteurs : David Harvey et Arjun Appadurai. Le premier, un géographe marxiste anglais, propose une théorie de la globalisation en termes de ruptures et de crises dans les régimes d’accumulation, une notion que l’on peut entendre comme les institutions et les normes qui encadrent le processus d’accumulation du capital. En passant dans les années 1970 d’un régime de type fordiste basé sur la territorialisation de la production, le contrôle des capitaux et une économie fonctionnant en circuit fermé, à un régime d’accumulation dit « flexible », où la production est délocalisée, les capitaux circulent et la sphère des interdépendances entre sites économiques s’étend de manière transnationale, c’est la notion même « d’économie nationale » qui peut être questionnée, avec notamment l’installation de sites productifs dans des régions anciennement périphériques de l’économie mondiale où la main-d’œuvre est meilleure marché et plus docile [5]. D’autre part, un auteur comme Arjun Appadurai propose un cadre théorique où le processus de globalisation et d’enchevêtrement des échanges est plus avancé [6]. Il propose ainsi la notion de « scapes » pour parler des enchevêtrements complexes qui se tissent entre processus culturels (ethnoscapes), technologiques (technoscapes), informationnels (mediascapes), économiques (finanscapes) ou idéologiques (ideoscapes) dans la globalisation contemporaine. Ainsi, nous avons avancé la notion de nationscapes dans notre thèse pour compléter ce tableau et penser le processus de déterritorialisation relative de la nation et sa dissémination, notamment à travers la production de marchandises nationales-libérales.

C’est ainsi que certains auteurs déjà cités, qui ont pensé le nationalisme, ont pu nous être utiles dans notre théorisation, notamment les textes de Hobsbawm et Ranger sur le processus d’invention de la tradition dans le cadre de la montée des nationalismes européens au xixe siècle. Cette théorie voit « la tradition » comme une construction idéologique moderne destinée à légitimer les projets nationalistes qui se construisent à ce moment sur le continent. D’autre part, l’ouvrage de Barthes sur les mythologies pense les objets de la vie quotidienne moderne comme supports de l’idéologie dominante, inscrits dans des systèmes signifiants d’objets. L’ouvrage plus récent de Boltanski et Esquerre sur l’Enrichissement nous a été grandement utile afin de penser la manière dont les industries européennes déclinantes dans le cadre de l’accumulation flexible du capital, ont pu se réinventer en réinvestissant des gisements d’accumulation se constituant sur la construction de narratifs valorisant le passé, notamment à travers l’art, l’industrie du luxe, le tourisme, etc. [7]

Finalement, certaines hypothèses relevant de la théorie des « systèmes-mondes » ont été retenues, notamment celles de Braudel et Wallerstein. Le premier pense [8] le capitalisme en opposition au marché. Alors, que ce dernier est basé sur une structure de pouvoir et d’échanges symétriques, le capitalisme se déploie pour Braudel sur des asymétries de pouvoir et des chaînes de commandement, inséparables d’une collusion entre puissance économique et étatique. D’autre part, pour Wallerstein [9], cette asymétrie de pouvoir que constitue le capitalisme se déploie dans le cadre d’un système international inégalitaire basé sur la domination et l’exploitation d’une périphérie économique par un centre.

II. La production étatico-entrepreneuriale de l’industrie horlogère suisse

À travers notre cadre théorique, le commerce international pourra être compris comme politique publique, dans laquelle l’industrie fonctionne en synergie avec l’État dans la compétition internationale pour gagner des parts de marché. Pour rappel, la formation du cartel horloger s’est faite à travers l’intervention de la confédération [10] : ce processus d’association va à contre-courant de l’idée que le commerce international se structure dans une situation de concurrence parfaite et de pur laisser-faire. Il s’agit plutôt le plus souvent d’une joint-venture stato-industrielle qui s’aventure sur les eaux du commerce international pour espérer en tirer parti.

Au cours du xxe siècle, l’État suisse est progressivement intervenu dans l’industrie pour la sauvegarder et pour en faire un patrimoine industriel, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, où celle-ci devient une industrie clé. L’État intervient alors et crée un cartel industriel, « Ébauches SA », qui produira les pièces pour toute la branche et permettra de réduire drastiquement les coûts de production. C’est ainsi que dans les années 1930-1940, l’industrie horlogère devient véritablement dominante mondialement [11]. Elle deviendra par la suite un patrimoine culturel [12] à préserver. En s’emparant de l’industrie horlogère pour en faire une industrie nationale, la Suisse, en tant qu’État-nation, s’est inscrite comme signe à l’intérieur de marchandises censées la caractériser. Comment penser le nationalisme et l’identitarisme à travers la circulation de marchandises ? Comment les échelles de la production locale et celle des échanges internationaux s’enchevêtrent-elles ? La mondialisation de l’imaginaire à travers la marque véhicule un univers de sens [13] de type marchand et renvoie à l’idée de nation. Voilà un certain nombre de questions auxquelles nous aimerions répondre dans les sections suivantes.

Nous présentons ci-dessous un entretien fait avec P. qui a été à la tête de la fédération horlogère suisse jusqu’à 2023. Il décrit comment l’industrie horlogère travaille de près avec la Confédération pour négocier les accords-cadres de libre-échange avec les pays consommant le plus les produits de l’horlogerie. Nous voyons qu’à travers une stratégie de lobbying efficace, la fédération horlogère et EconomieSuisse, l’association faîtière patronale de la Suisse, sont capables de faire valoir leurs intérêts au sein de la politique économique de la confédération pour le commerce. Il mentionne d’ailleurs un conseiller fédéral qui avait ouvert les portes du commerce entre la Suisse et le Japon, et qui venait de l’industrie horlogère. Je lui demande dans un premier temps de me décrire brièvement l’histoire et la fonction de l’institution :

T : Quel est le rôle de la FH, et comment elle s’est constituée historiquement ?

J : La FH c’est donc comme vous l’avez mentionné plus tôt, l’association faîtière des entreprises d’horlogerie basée ici à Bienne, nous avons deux succursales, une à Tokyo, une à Hong Kong. Dans le passé, il y avait beaucoup plus de centres FH à l’étranger, mais avec les nouvelles technologies, il n’y en a plus besoin d’autant et on travaille avec les mandateurs locaux, voilà pour garder ces deux centres, Hong Kong parce que c’est le marché pour la Chine et Tokyo parce que c’est traditionnellement important pour la Suisse, depuis que le Japon s’est ouvert au commerce international il y a 150 ans, l’horlogerie a été la première branche suisse qui a pris pied au Japon, d’ailleurs le conseiller fédéral qui a négocié l’ouverture, il y est resté trois mois, il venait de l’horlogerie. Historiquement, la première association horlogère, elle, date de 1876, donc c’est la première fois que les entreprises se sont regroupées en association, on est en quelque sorte leur successeur historique.

P. me décrit ensuite le rôle que joue la fédération horlogère suisse dans la négociation d’accords-cadres de libre-échange : ils interviennent avec EconomieSuisse, la faîtière des organisations patronales, tant au niveau fédéral suisse qu’à l’étranger pour fixer des normes qui facilitent l’exportation des produits. Ces normes peuvent correspondre d’une part à des règles légales portant sur l’échange et régulant certaines taxes, par exemple, que sur des régulations portant sur les matières premières, les pièces des montres, les matériaux qui doivent être harmonisés au niveau international pour faciliter le jeu de l’échange :

P : D’une manière générale, on fait du lobbying politique et on travaille en collaboration avec les autres industries, les machines, la chimie, pour toute une série de problèmes, écologiques, taxation, on essaye de définir un consensus entre nous et puis on agit ensemble auprès des pouvoirs politiques dans le cadre d’ÉconomieSuisse, où on défend nos intérêts dans ce cadre-là, finalement ça fait sens de parler d’une seule voix si c’est possible, lorsqu’il y a des projets de lois loi, lorsqu’il y a des votations, on fait du lobbying, on participe à la campagne, alors vous allez pas voir les affiches de FH dans les rues, mais on soutient la campagne qui soutient l’économie Suisse, cela veut dire qu’on intervient au parlement fédéral sur des objets qui nous concernent, à l’étranger on fait la même chose, on exporte environ 95 % de notre production. Donc, à l’étranger, on essaye de gagner des conditions cadres qui nous permettent d’exporter nos produits dans de bonnes conditions, à savoir des règles qui ne sont pas trop contraignantes et puis des taxes raisonnables pour que ça ne soit pas prohibitif. Donc ça marche bien, puisque le 85 % de nos exportations sont couvertes par des accords de libre-échange. Par exemple, l’UE qui est notre premier marché, les USA, on n’a pas d’accord de libre-échange, mais les règles sont raisonnables, donc on n’a pas trop de problèmes, même pour exporter aux USA, mais on a des accords de libre-échange avec la Chine, la Corée du Sud, le Mexique, etc. Donc, justement, notre rôle c’est de favoriser ces accords de libre-échange et puis on est aussi consulté, donc des accords, ce sont aussi des négociations et on est consulté sur le domaine horloger, ça permet aussi de donner un panorama aux autorités sans avoir à consulter toutes les entreprises.

Comme P. le décrit, la fédération horlogère suisse correspond à l’association faîtière des entreprises horlogères en Suisse qui se constituent en tant que groupement pour faire valoir leurs intérêts par des politiques de lobbying au niveau de la politique commerciale fédérale. Réduire les taxes de douane, signer des accords de libre-échange, se mettre d’accord sur les normes qui permettent de standardiser et de faciliter le commerce, voilà toute une série de tâches auxquelles la FH s’attelle. Depuis le xixe siècle, l’État suisse et l’industrie se tiennent donc la main pour créer des synergies commerciales au niveau international et faire avancer les intérêts industriels de la Suisse. Il semble que la Suisse ne soit pas une exception à cette configuration et que beaucoup de pays font valoir leurs intérêts industriels privés à travers le personnel et la politique de l’État. Dans ce cadre, la théorie économique standard peut sembler hors-sol pour comprendre le complexe de relations que les groupements économiques tissent avec les politiques. Le marché nous semble dans ce cadre loin d’un processus spontané, mais plutôt le produit d’une politique publique volontariste de la part de l’État et des industriels. Comme le faisait remarquer Braudel, il faut distinguer d’une part le capitalisme qui se structure hiérarchiquement à travers des relations de dominance et des asymétries d’information, et le marché d’autre part comme groupement plus horizontal résultant de l’interaction de petits acteurs économiques se structurant à travers l’échange d’équivalents. Nous sommes ici à l’étage supérieur, où les intérêts de l’industrie entrent dans une combinatoire avec les intérêts politiques de l’État [14].

En outre, comme P. nous l’a indiqué, presque toute l’industrie horlogère suisse est tournée vers l’exportation de ses marchandises. Le marché intérieur national suisse ne serait jamais suffisant pour absorber les quantités produites par la machine industrielle : 95 % de la production va donc à destination de l’étranger. Nous sommes donc face à une marchandise produite localement, vendue à travers une stratégie nationale, mais tout entière tournée et orientée vers l’étranger. Pour Braudel, « une économie nationale, c’est un espace politique transformé par l’État, en raison des nécessités et innovations de la vie matérielle, en un espace économique cohérent, unifié dont les activités peuvent se porter ensemble dans une même direction » [15]. Nous remarquons ici que la production économique, avec l’appui de l’État, a été organisée de manière tout entière vers l’exportation. Nous rentrons bien dans la définition de l’économie nationale qu’en donne l’historien.

La marchandise à caractère national est donc bien le fruit de l’association et se trouve à l’intersection entre le libre-échange, l’État-nation et la production de formes d’identité particularistes, pour reprendre la réflexion de Jean-François Bayart [16] sur la globalisation nationale-libérale. Le triangle national-libéral et les paradoxes de la globalisation s’inscrivent directement dans l’objet, dans la marchandise. Face au marché transnational conceptualisé par les économistes et les penseurs de la globalisation dans laquelle toute friction serait absente, se dresse une multitude de marchandises enveloppées des habits de la nation et portant l’armure de l’État, qui limitent l’idéal-type de la concurrence parfaite des économistes. Basées sur de relativement longues unités historiques et sur des constructions narratives les valorisant [17], elles limitent les transferts technologiques dans d’autres parties du monde. Les pays industrialisés s’identifient à leur appareil industriel, sont marqués par leurs marques nationales et en limitent l’accès aux pays caractérisés par des régimes d’extraction, dans lesquels les matières premières sont prélevées pour produire les marchandises à plus haute valeur ajoutée. De même, les pays contraints de se spécialiser dans les régimes de monoculture par le jeu du marché international sont forcés à produire des marchandises à caractère national à plus faible valeur ajoutée : exotisation, tropicalisation et réification des économies du Sud. Ricardo, avec sa théorie des avantages comparatifs, avait en fait déjà produit une théorie de l’échange inégal et de l’asymétrie du commerce international : vous Portugais produirez du porto, nous Anglais produirons du textile en quantité industrielle. Le développement inégal est déjà là : par une naturalisation de la production des biens, certains se contenteront d’une économie agraire, alors que d’autres pourront s’industrialiser.

III. Le « Swiss Made » comme artefact légal en régime d’accumulation flexible du capital

Il faut donc penser le processus de production de la nation ou la manufacture du national : il nous faut réfléchir à la nation vue comme une production et comme un événement, ainsi qu’au rôle du capitalisme, du système d’échange international et de l’action stratégique et législative de l’État dans sa construction en termes de combinatoire entre les dimensions. Selon notre approche, l’État-nation peut être envisagé à la fois comme une marque nationale et comme un promoteur, lequel joue un rôle dans l’exportation de la valeur et de l’imaginaire national par sa circulation dans les réseaux enserrés des échanges économiques globaux. Nous pouvons avancer l’idée de marques nationales promues par l’État qui seraient coconstitutives de l’imaginaire national et de la production de marchandises sur un territoire donné entrant dans des réseaux de circulation globale, et dont les différents acteurs s’approprient les significations.

La diversité des acteurs s’appropriant la montre suisse dans un effort de stylisation de l’existence et de production de subjectivité est variée et multiple, mais s’intègre le plus souvent dans un imaginaire du prestige, de la distinction et de la consommation ostentatoire. Ainsi, les nouvelles élites économiques asiatiques raffolent des marques suisses et se l’approprient comme symbole et signifiant de leur ascension économique [18]. Les rappeurs américains apprécient l’horlogerie suisse et tendent à exposer celle-ci à leur poignet ou dans leur musique, dans une logique de stylisation de l’existence qui passe par le « blingbling », l’affichage et l’ostentation de la richesse. Les révolutionnaires cubains, tels que Fidel Castro, appréciaient la montre suisse et l’exposaient à leur poignet lors de leurs discours. Les palais ottomans d’Istanbul, comme les palaces de Lausanne, aiment à afficher les montres et horloges onéreuses en leur sein dans une logique de dons, qui permit de raffermir les liens diplomatiques entre puissance durant le long xixe siècle dans une logique maussienne [19]. Dans le deuxième cas, elle permet l’exposition d’un savoir-faire de prestige local, lui aussi incorporé aux grandes affaires diplomatiques.

En outre, la relative déterritorialisation de la production industrielles industrielle des montres et leur reterritorialisation à travers les pratiques mentionnées précédemment, telles que la construction de narratifs historiques, le phénomène de la patrimonialisation des savoir-faire ou la création d’une législation formelle par le conseil fédéral, le plus haut niveau de l’exécutif suisse, sur ce que constitue une montre suisse, indiquent qu’il existe une forte tension entre le processus de globalisation de la production et ce que nous avons nommé les marchandises à caractère national. Comme l’indique encore une fois P., le président de l’industrie horlogère suisse :

P : Le Swiss Made reste un label important pour l’industrie suisse, il y eut des études qui ont démontré l’attachement des consommateurs à ce label, pour des raisons de terroirs, de tradition, d’histoire, en particulier les consommateurs européens et chinois par rapport aux Américains, qui, eux n’ont pas vraiment d’histoire, pas de châteaux, pas de vieilles villes, c’est un peuple récent, une nouvelle population. Ça reste important parce qu’il reste copié, en général, les contrefacteurs ne copient que ce qui a du succès. Aussi longtemps qu’il est copié, ça veut dire que cela a toujours de l’importance sur les marchés. Et d’ailleurs, le Swiss Made a été renforcé en 2017, il faut dès lors faire le développement technique de la montre en Suisse, il faut assembler la montre en Suisse, et il faut que la valeur des coûts de production de la montre en Suisse soit égale à 60 %, on a perdu des producteurs qui ne pouvaient plus s’aligner sur ce nouveau standard, mais on voulait maintenir un Swiss Made crédible pour le consommateur et maintenant ça l’est beaucoup plus. Et on voit dans le haut de gamme, que les marques qui veulent entrer sur ce marché viennent en Suisse, LVMH, Hermès, Gucci, etc.

Au niveau localisation, relocalisation, quand il y a eu la crise horlogère dans les années 80, il y a eu une grande délocalisation, on a commencé à acheter des boîtes, des cadrans, des composants à l’étranger, on a assisté ces dernières années à une relocalisation, pour le Swiss Made et pour des raisons de proximité, l’approvisionnement local, etc. Mais il faut bien dire que, dans l’entrée de gamme, moyen de gamme, on continue d’acheter à l’étranger des produits, cadrans, boîtes, après il faut s’assurer qu’il y ait suffisamment de Swiss pour avoir droit au Swiss Made, on ne peut pas tout acheter à l’étranger, mais on continue d’importer. Vous avez donc le droit de 40 % de valeur non-suisse non suisse, donc la France, la Chine, respectivement 2e et 1er fournisseur.

Dans un contexte de régime d’accumulation flexible [20], dans lequel le capital est mobile et peut à sa guise déplacer géographiquement le lieu de la production pour faire pression sur les salaires et baisser les coûts de la main-d’œuvre, la marchandise nationale est prise dans une difficile contradiction. Nous nous retrouvons progressivement depuis les années 1980 face à un pastiche industriel hétérogène qui fait coexister simultanément délocalisations, globalisation des lieux de vente, machinisation de la production d’un côté et de l’autre tradition, savoir-faire, terroir industriel « local ». La production ou l’économie politique et territoriale de l’authenticité entre en jeu une fois que le régime d’accumulation flexible est passé. En s’inspirant de ce que Jean-Pierre Warnier nomme les marchandises authentiques [21], nous pouvons réfléchir à comment l’horlogerie et la montre suisse sont à la fois des marchandises circulant partout dans le monde (dans les aéroports, dans les centres-villes des villes globales), une marchandise à caractère global, donc, et sont à la fois constituées comme un patrimoine local qui produit des formes d’identifications et des formes de « traditions » qui sont considérées comme étant typiquement suisses. Comment la montre construit-elle un imaginaire national et comment celui-ci devient argument de vente (le Swiss Made, la commercialisation de l’authentique) ? Comment l’authenticité de la marchandise se construit-elle et à travers quels dispositifs ?

L’article ci-dessous, que j’ai prélevé de l’ordonnance fédérale sur la « Swissness », définit juridiquement ce qu’est une montre suisse :

Art. 1a Définition de la montre suisse. Est considérée comme montre suisse la montre :

a. dont le développement technique est effectué en Suisse :

1. Pour les montres exclusivement mécaniques : au moins la construction mécanique et le prototypage de la montre dans son ensemble,

2. Pour les montres non exclusivement mécaniques : au moins la construction mécanique et le prototypage de la montre dans son ensemble, ainsi que la conception du ou des circuits imprimés, de l’affichage et du logiciel ;

abis. dont le mouvement est suisse ;

    1. dont le mouvement est emboité en Suisse ;
    2. dont le fabricant effectue le contrôle final en Suisse, et
    3. dont 60 % au minimum du coût de revient sont générés en Suisse.

Pour corroborer les propos de notre interlocuteur P., il est indiqué sur le site de la confédération que :

L’indication de provenance Suisse ou Swiss made sur une montre incarne le savoir-faire suisse en matière d’horlogerie. Plusieurs études conduites notamment par l’école polytechnique fédérale de Zürich et par l’Université de Saint-Gall ont montré que les consommateurs étaient prêts à payer jusqu’à 20 % de plus pour une montre suisse en général, voire jusqu’à 50 % de plus pour certaines montres mécaniques. La révision de l’ordonnance Swiss made pour les montres vise à resserrer le lien d’une montre labellisée Swiss made avec la Suisse afin d’endiguer la menace des usages abusifs de l’indication de provenance suisse et pour consolider tout autant la bonne réputation de la marque Suisse que le site de production suisse. [22]

Nous sommes donc confrontés à un régime d’ambiguïté territoriale, en particulier pour l’État qui légifère sur la question : il existe d’une part une pression pour maintenir « la Swissness » et, d’autre part, une réalité du commerce international et du régime de libre-échange contemporain, qui fonctionne notamment à travers le phénomène des délocalisations afin de baisser les coûts de production. L’industrie horlogère, symbole de l’identité suisse et de son authenticité pluriséculaire, est dépendante du régime de libre-échange industriel contemporain pour exister.

L’État, et plus particulièrement l’exécutif suisse à travers la production d’une ordonnance fédérale, l’équivalent d’un décret, joue ici un rôle stratégique [23] comme législateur qui permet de construire la synthèse entre libre-échange et nationalisme économique. Comme nous l’avons compris à travers notre entretien avec le président de la fédération horlogère, la branche de l’horlogerie se réunit au sein de ce groupement afin de négocier une législation qui bénéficie à cette industrie et au commerce. L’État agit donc ici comme médiateur entre les différents intérêts, par exemple entre les entreprises qui construisent leur identité sur le label Swiss made, celles relevant du haut de gamme qui n’en ont même pas besoin, et celles meilleur marché pour lesquelles le Swiss made correspond à un effort financier supplémentaire et qui y sont généralement réticents. L’État, comme acteur « méta » selon Pierre Bourdieu [24], correspond à l’instance synthétisant l’ensemble des singularités de ce champ économique à travers cette législation permettant de faire tenir à la fois les intérêts des industriels, des petites et moyennes entreprises, des chaînes de production transnationale et de l’idéologie localiste et nationale qui englobe une partie de l’industrie. L’État agit ainsi comme acteur méta qui structure à la fois le champ d’action des acteurs de la branche à travers les règles et les normes qu’il construit et comme tentative de synthèse des discours et des intérêts divers constitutifs de ce champ social et économique. En outre, l’application récente de cette législation montre qu’il existe une continuité historique dans l’intervention étatique au sein de la production horlogère en Suisse. Dans les années 1930-1940, l’État était intervenu pour former le cartel « Ébauches SA » permettant des économies d’échelles pour toute l’industrie. Aujourd’hui, dans une période de rétraction industrielle, l’État intervient pour définir des seuils de « Swissness » comme indicateur de qualité nationale.

Ainsi, les pièces sont donc produites dans différents territoires (Europe, Asie), conceptualisées et assemblées en Suisse pour 60 % de la valeur totale et sont ensuite estampillées Swiss Made, ce qui accroît leur valorisation marchande, pour être ensuite vendues là où une partie des pièces ont été produites, notamment en Chine. Cette ambivalence du régime d’authenticité national dans un cadre de libre-échange globalisé crée une série de paradoxes et de contorsions dans les pratiques productives et discursives des producteurs et de l’État ; pratiques qui convergent vers des formes d’arrangements économiques cognitivement non dissonants et permettent la reproduction du mythe et de la représentation collective d’une économie nationale bien territorialisée, produisant des marchandises locales, authentiques et « bien de chez nous ».

Le Swiss made garantit que les manipulations complexes et prestigieuses seront d’origine suisse tout en sous-traitant le reste du travail dans des sites délocalisés, en le donnant à une main-d’œuvre étrangère moins bien formée, qui doit se contenter du travail ennuyeux et moins payé. Cette ambivalence entre le travail étatique d’identification symbolique nationale de la montre à la Suisse et la complexité des formes d’hybridation de la production est une caractéristique indissociable de toute marchandise à caractère national dans le régime d’accumulation flexible. Elle permet de préserver l’illusion de la continuité de la territorialité géographique et de la tradition historique. Elle relève du concept de simulation ou de simulacre que le philosophe Jean Baudrillard a avancé :

La simulation ne se contente pas de « feindre », en offrant une fiction de la réalité à venir, mais parvient à simuler ce qui n’existe pas — et à le faire advenir. C’est précisément cette manipulation qui parvient à donner au projet l’épaisseur de ce qui existe. Face à la plasticité de cette hyperréalité, qui risque de déstabiliser toutes nos certitudes […]

Telle est la simulation en ce qu’elle s’oppose à la représentation. Celle-ci part du principe d’équivalence du signe et du réel (même si cette équivalence est utopique, c’est un axiome fondamental). […] Alors que la représentation tente d’absorber la simulation en l’interprétant comme fausse représentation, la simulation enveloppe tout l’édifice de la représentation lui-même comme simulacre.

On le voit, les deux derniers présupposés de la conception commune de l’illusion se trouvent ici battus en brèche. La simulation nous fait sortir de la logique de la représentation : on ne peut plus opposer une image présente à une réalité absente. On ne peut plus non plus parler de vérité comme d’une adéquation de l’image à la réalité, puisque c’est l’image elle-même qui donne forme au réel. En même temps qu’elle devient omniprésente, l’illusion s’abolit comme telle. [25]

L’horlogerie peut donc être caractérisée comme marchandise nationale-libérale que nous pouvons définir comme un type de marchandise ne pouvant exister qu’à travers le régime économique de libre-échange généralisé contemporain (main-d’œuvre étrangère, capitaux mobiles, sites de production délocalisés, marketing à ambition internationale), tout en préservant idéologiquement, à travers l’action stratégique de l’État, le mythe d’une pureté territoriale intouchée à travers certains dispositifs économiques, légaux ou idéologiques. En reprenant une expression aux accents habermassiens, l’économie globalisée contemporaine fonctionne plutôt comme une constellation, comme un assemblage d’éléments disparates ou comme les « scapes » d’Appadurai [26] : derrière l’image de la pureté économique nationale se cache en fait tout un bricolage économique et technique qui rappelle l’enchevêtrement complexe et les couches historiques intrinsèquement hybrides qui sont le propre de la réalité économique contemporaine. Pour emprunter une citation fameuse de Marx : « Par l’exploitation du marché global, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a ôté à l’industrie sa base nationale. » [27]. Le dispositif étatico-légal de la Swissness permet donc en quelque sorte de sauver les apparences : elle redessine en trompe-l’œil l’image d’une réalité qui s’est déjà quelque peu dissoute ; elle tente de sauver les meubles nationaux délocalisés par le régime d’accumulation flexible.

Conclusion - Relocalisation industrielle et automatisation accrue des sites productifs

Finalement, une dernière dynamique contemporaine, pour compléter les processus conflictuels liés aux territoires, est celle du processus de relocalisation de la production sous l’impulsion de nouvelles techniques et machines qui permettent de faire baisser les coûts de production sans avoir recours à la délocalisation de la production dans des pays à plus faibles salaires. Pour introduire ces nouveaux développements au sein de l’industrie horlogère Suisse, je citerai une de mes interlocutrices, Mme S. du syndicat UNIA, qui voit dans la robotisation une nouvelle technique permettant de reterritorialiser la production, technique qui garantit partiellement le Swiss Made tout en baissant les coûts, sans faire recours à de la main-d’œuvre qualifiée : ce procédé permet notamment de relocaliser la production en Suisse tout en gardant des coûts de production relativement bas.

S : Pendant longtemps cela a été important, on nous a mis le spectre de la globalisation et de la délocalisation, mais aujourd’hui, l’argument tourne plutôt autour de la numérisation et de la robotisation, c’est un fait, on peut décider de se battre contre ou d’accompagner le mouvement, la société se numérise. Ils ne nous disent plus on va chercher des gens qui nous coûtent moins chers, ils nous disent on va chercher des robots qui ne nous coûtent rien. Le deuxième argument vient du covid, tout a changé, avec la guerre ensuite, et aujourd’hui, cela fait trois ans qu’on commence à comprendre ce qu’est le manque, et aujourd’hui, les entreprises commencent à décider à revenir en Suisse pour sécuriser les chaînes de production. Le troisième argument, c’est le Swiss Made, qui implique que la plupart de la production doit être faite en Suisse. Il y a une partie des pièces qui doivent être faites en Chine, mais l’essentiel est ici, le Swiss Made est protégé par un article de loi. Il y a une tendance aussi depuis plusieurs années à abandonner le segment de vente en dessous de 500 francs, qui est progressivement remplacé par des montres haut de gamme avec le développement des montres numériques. Parce que l’heure vous la trouvez sur votre smartphone, sur votre ordinateur, sur votre Apple Watch, et donc ce que les gens veulent aujourd’hui, c’est plutôt un bijou, quelque chose qui se transmet et donc en fait, ce qui nous est présenté comme la crise des pièces de moins de 500 francs, c’est une stratégie voulue par l’industrie horlogère, et on s’est penché dessus quand l’argument a commencé à apparaître et il y a pas mal d’articles sur le sujet qui montrent en fait qu’il y a un report… Quand j’ai sorti cet argument dernièrement justement en négociations salariales, personne n’a nié, la seule chose qu’ils m’ont dit c’est on ne sait pas encore pour les moins de 3 000, mais allez regarder… Ils essayent cela, y compris au Swatch Group, donc en fait, on est en train d’augmenter le segment et donc le prix, plus le segment est élevé, plus la marge peut être importante parce que je vous assure que, quand mon mari fait une montre qui coûte 500 000 francs, il ne gagne pas cela par année, je peux vous assurer de cela… Donc la marge, elle est énorme et, du coup, ça peut être un élément profitable parce que cette différentiation qu’il y a avec les travailleurs en Inde, en Chine.

Ainsi, l’introduction de nouvelles machines, la robotisation de la production et son automatisation créent les conditions d’une relocalisation des activités industrielles sur le territoire suisse, dans un contexte où le label Swiss Made est de plus en plus mis en avant par les producteurs et les autorités fédérales. Nous pouvons en outre distinguer dans les propos de Mme S. deux processus : d’une part les processus de production qui relèvent de ce qui est décrit au sein de l’industrie comme faisant partie de l’industrie 4.0., un ensemble de nouvelles techniques liées à la robotique, à l’informatique et à des innovations dans les chaînes de production qui théoriquement pourraient accélérer le processus d’automatisation de la production et accroître la productivité et l’efficacité des sites productifs ; d’autre part une segmentation du marché de plus en plus forte se développe avec d’un côté des montres de masse relativement bon marché produites industriellement par des compétiteurs étrangers et, de l’autre, une industrie « artisanale » de grand luxe qui requiert le savoir-faire dit traditionnel de l’horloger suisse.

Nous pouvons donc conclure en affirmant que la robotisation et la digitalisation de l’appareil productif semblent avoir pour conséquence une relocalisation de la production, mais qui s’effectue avec de moins en moins de travail humain. La baisse des coûts liée à la délocalisation est donc compensée par une automatisation de la production qui a pour finalité la production des montres dites « de masse », les montres les moins onéreuses produites en chaîne avec un minimum de travail humain, qui seront estampillées Swiss Made pour être ensuite revendues sur les marchés mondiaux.

 

AUTEUR

Théo Pilowsky
Doctorant, département anthropologie et sociologie, IHEID
Assistant de la chaire Yves Oltramare


ANNEXES

NOTES


[1] Jean Baudrillard, Le système des objets, Paris, Gallimard, 2000, p. 282.
[2] Ranger Hobsbawm, The invention of tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
[3] Jean-François Bayart, Le gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 2004 ; Jean-François, Bayart, L’Energie de l’État, Paris, La découverte, 2022.
[4] Roland Barthes, Mythologies, Paris, Points, 2014.
[5] David Harvey, The Condition of Postmodernity: An Inquiry into the Origins of Cultural Change, Cambridge, Blackwell, 1990.
[6] Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.
[7] Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Enrichissement, une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.
[8] Voir notamment Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, 2018.
[9] Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des systèmes-monde, Paris, La découverte, 2006.
[10] Pierre-Yves Donzé, Histoire de l’industrie horlogère suisse : XIXe-XXe siècles. Aux origines d’un succès industriel et commercial, Neuchâtel, Éditions Alphil, 2018, p. 115.
[11] Ibid.
[12] Voir notamment les travaux d’Hervé Munz sur la patrimonialisation de l’horlogerie suisse tant au niveau national, qu’international, avec notamment l’inscription des techniques horlogères au patrimoine immatériel de l’UNESCO ; Hervé Munz, La transmission en jeu : apprendre, pratiquer, patrimonialiser l’horlogerie en Suisse, Neuchâtel, Éditions Alphil, 2016.
[13] Andrea Semprini, La société de flux. Formes du sens et identité dans les sociétés contemporaines, Paris, L’Harmattan, 2003.
[14] « Ainsi l’État moderne, qui n’a pas favorisé le capitalisme mais en a hérité, tantôt le favorise et tantôt le défavorise, tantôt il le laisse s’étendre et tantôt il en brise les ressorts. Le capitalisme ne triomphe que lorsqu’il s’identifie avec l’État, qu’il est l’État. », Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, op. cit., p. 62.
[15] Ibid., p. 92.
[16] Jean-François Bayart, L’Energie de l’État, Paris, La découverte, 2022.
[17] Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Enrichissement, une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.
[18] Radha Chadah, Paul Husband, The Cult of the Luxury Brand. Inside Asia’s Love Affair with Luxury, London, Nicholas Brealey International, 2006.
[19] Grégoire Mallard, Gift Exchange. The Transnational History of a Political Idea, Cambridge, Cambridge University Press, 2019.
[20] David Harvey, The Condition of Postmodernity: An Inquiry into the Origins of Cultural Change, Cambridge, Blackwell, 1990.
[21] Jean-Pierre Warnier, Le paradoxe de la marchandise authentique. Imaginaire et consommation de masse, Paris, L’Harmattan, 1994.
[22] Nicolas Guyot, « Renforcer le “Swiss made” pour les montres: entrée en vigueur de l'ordonnance de branche au 1er janvier 2017 », Portail du gouvernement suisse, https://www.news.admin.ch/fr/nsb?id=62261, consulté le 12 octobre 2024.
[23] Fligstein, 2012
[24] Pierre Bourdieu, 2015
[25] Elsa Pascuito, Le simulacre à l’épreuve de l’hyperréalité, Technologies de l’enchantement, édité par Yves Citton et Angela Braito, UGA Éditions, 2014, https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.616.
[26] Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.
[27] Marx cité par Jean-François Bayart, L’Energie de l’État, Paris, La découverte, 2022.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :

Théo Pilowsky, « La production légale d’une marchandise nationale : Les ambigüités de la "Swissness" », dans Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs, Alain Chenevez et Hervé Marchal [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], fevrier 2026, n° 23, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Théo Pilowsky
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944


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