Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
UR 7366 UBE


Territoires contemporains


Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs
Le territoire du Médoc comme espace symbolique pour les jeunes saisonniers nomades
Émilie Auger
Résumé | Mots-clés | Sommaire | Texte | Auteur | Annexes | Notes | Références | Outils
RÉSUMÉ
Cet article porte sur la nature des liens qui unit les saisonniers nomades au territoire viticole du Médoc. En effet, nos travaux ont montré que ces travailleurs précaires réitéraient leurs expériences d’emploi dans ce territoire, malgré des conditions d’accueil parfois non formalisées par un espace dédié proposé par les employeurs au sein des propriétés viticoles. Nous nous sommes donc questionnés sur le sens que les saisonniers nomades apportent à leur venue dans le Médoc alors qu’ils n’ont pas toujours d’espace dédié pour leur assurer de bonnes conditions d’existence. En nous appuyant sur nos observations empiriques et les travaux de Philippe Descola, entre autres, notre développement s’articule autour de ce qui lie symboliquement les saisonniers nomades à la terre du Médoc, qu’il s’agisse de liens entre humains ou non-humains.
MOTS-CLÉS
Mots-clés : Espace, saisonniers nomades, symbole, nature, rural
Index géographique :  
Index historique :
SOMMAIRE
I. Introduction
II. Les saisonniers nomades : liens symboliques et identification avec le non-humain
III. Liens relationnels des saisonniers nomades entre eux sur la terre du Médoc
IV. Conclusion

TEXTE

I. Introduction

Vivre sa jeunesse en camion en exerçant des emplois saisonniers au gré de ses voyages est un mode de vie marginal qui peut être considéré comme précaire du fait de son instabilité. Même si peu de travaux ont abordé le phénomène du nomadisme saisonnier, des journalistes ont, ces dix dernières années, mis en lumière la précarité de vie des saisonniers viticoles dans la région étudiée. En 2018, Ixchel Delaporte notait des conditions de travail très difficiles chez les salariés des domaines viticoles bordelais la conduisant à nommer son enquête « les raisins de la misère ». En 2019, un article a été publié par France Bleu Gironde en dénonçait l’existence d’un campement insalubre de saisonniers exerçant sur le Médoc. Sans accès à l’eau, ni à l’électricité, ces saisonniers vivaient dans des tentes, camionnettes ou camping-cars au sein du squat, indique l’article. Enfin, en 2023, un reportage d’envoyé spécial dénonçait, quant à lui, des conditions de travail à la limite de la légalité concernant des saisonniers viticoles étrangers exerçant dans le Médoc.

Les questionnements scientifiques autour du salariat agricole et saisonnier sont très récents et datent des années 2000. Les études sur les mondes agricoles relevaient avant cela des études rurales – incarnées dans les travaux de Henri Mendras [1] – où le travail était souvent indissociable de la sphère familiale et le salariat agricole était donc le « parent pauvre » de la recherche en sociologie de l’agriculture à cette époque [2]. Mais, plus récemment, les travaux de Bertrand Hervieu et François Purseigle [3] ont ouvert des perspectives d’analyse sur le phénomène de diminution de la main-d’œuvre familiale dans les exploitations agricoles laissant place à l’apparition d’enquêtes portant sur un salariat agricole parfois issu de l’étranger [4]. La plupart des travaux portant sur ce sujet ont été majoritairement explorés dans une perspective globale de migrations saisonnières et dans une analyse économique, législative et politique du phénomène. Ce qui peut se justifier dans le contexte actuel où le néo-libéralisme implique une globalisation des productions agroalimentaire, où les migrations saisonnières agricoles se multiplient pour répondre à des productions massives localisées et les dérives de la gestion salariale liées au déploiement des contrats précaires et notamment au travail détaché, comme l’ont montré Frédéric Décosse, Emmanuelle Hellio et Béatrice Mésini [5] dans leurs différents travaux portant sur le salariat agricole. Toutefois, en complément de cette approche plutôt macrosociologique, nos travaux menés auprès des saisonniers nomades ont décidé de s’intéresser aux expériences de ces travailleurs et à l’importance qu’ils accordent à leur travail en lien avec leur mode de vie dans une approche microsociologique du phénomène. Dans notre enquête, une place importante est accordée à leur appropriation de l’espace dans leurs parcours géographiques, mais aussi de vie, et ce, en mettant en évidence les interactions qu’ils entretiennent avec les autres saisonniers et avec la nature dans une perspective altérologique de transaction sociale « dans le sens où le sujet humain est de mille façons en relation de voisinage avec l’autre. L’expérience qu’il a du monde ne peut se comprendre que par l’expérience qu’il entretient avec le monde des autres, si bien qu’elle se donne comme un ensemble ouvert qui n’a pas de limites… » [6]. Il s’agit donc ici d’une ontologie relationnelle.

Les jeunes qui sont saisonniers agricoles et nomades vivent souvent dans des zones rurales agricoles et stationnent en camion, voiture ou tente pour pouvoir se déplacer plus facilement au gré des contrats de travail qui leur sont proposés dans les secteurs de la viticulture ou du maraîchage principalement. Nous les avons rencontrés dans le cadre de notre recherche doctorale dans une démarche compréhensive venant éclairer quels sont, pour eux, les bénéfices réels et symboliques à accepter une vie à la marge sans emploi ni habitat stable. L’écrit que nous proposons ici est tiré d’un chapitre de notre thèse portant sur le sens que ces saisonniers attribuent à leur appropriation de l’espace, en l’occurrence la nature des liens qui les unit à un territoire spécifique : celui du Médoc, un espace rural situé dans le Sud-Ouest de la France. En effet, nous accordons une grande importance au sens que les individus attribuent à leurs actions, puisque la question du sens est au cœur de toute transaction sociale. « La question du sens est transcendantale et ne suppose pas la présence de l’autre pour exister en tant que question ou en tant que faculté a priori. La réponse du sens est expérimentale, car elle suppose la réelle présence de l’autre, du monde et de soi » [7]. La notion de transaction sociale permet, quant à elle, d’observer, d’un œil ignorant, les possibilités d’appropriation du social par l’individu en étant « ouvert à l’impensé et disponible à l’inédit » [8].

D’un point de vue méthodologique, nous avons fait le choix d’étudier plusieurs espaces de stationnements de saisonniers situés principalement sur la façade estuarienne du Médoc. Le choix du terrain a été fait en fonction de nos observations professionnelles initiales, puisque nous sommes issus du monde du travail social sur ce territoire. Ainsi, dans l’enquête, nous avons rencontré des jeunes stationnant de manière isolée ou en groupe sur des terrains proposés par des châteaux, sur des campements sauvages ou dans des squats afin d’explorer les liens entre l’appropriation de l’espace et la culture alternative du nomadisme saisonnier. C’est ainsi que nous avons partagé le quotidien de 58 saisonniers nomades, 31 hommes et 27 femmes âgés de 29 ans en moyenne, dont 33 d’entre eux ont accepté de faire un entretien de type biographique, souvent seuls, mais parfois en couple ou avec un ou une amie, et cinq ont participé à un entretien de groupe de type focus group. Sur les 58 jeunes rencontrés, les origines géographiques des jeunes étaient européennes (34 d’entre eux étaient originaires de France, 20 d’Espagne et quatre d’Italie). Parmi ceux qui ont participé aux entretiens les niveaux d’étude sont très diversifiés, allant de la fin du collège au niveau licence, sachant qu’un peu plus de la moitié d’entre eux ont un diplôme de niveau Bac ou supérieur. Toutefois, on note une forme d’hétérogénéité dans les qualifications professionnelles de leurs parents avec une majorité des pères ouvriers, ouvriers agricoles pour sept d’entre eux, employés, au chômage ou absents, et plus de la moitié des mères sont sans emploi, employées ou ouvrières agricoles. Plus de la moitié des jeunes rencontrés sont donc principalement issus d’un milieu populaire et rural.

L’enquête ethnographique que nous avons menée durant plus de deux ans auprès de saisonniers nomades exerçant dans des châteaux viticoles du Médoc a montré que ces jeunes réitéraient leurs expériences d’emploi sur le territoire malgré des conditions d’accueil parfois non formalisées par un espace dédié proposé par les employeurs au sein des propriétés viticoles. La question que nous nous sommes alors posée est la suivante : pourquoi les jeunes saisonniers nomades reviennent-ils travailler pour les châteaux du Médoc alors qu’ils n’ont pas toujours d’espace dédié pour leur assurer de bonnes conditions de vie ? Autrement dit, qu’est-ce qui lie le territoire à ces jeunes et qui rend leurs conditions de vie suffisamment supportables pour y revenir travailler ?

Afin de tenter de répondre à ce questionnement, nous présenterons notre réflexion autour de ce qui lie symboliquement les saisonniers nomades à la terre du Médoc en partant de nos observations. Une première partie portera sur les liens entre les saisonniers et les non-humains : la terre, les symboles, etc. La seconde se centrera sur les liens qui unissent les saisonniers nomades entre eux, donc sur les relations entre humains.

II. Les saisonniers nomades : liens symboliques et identification avec le non-humain

Dans notre enquête, nous avons essayé de comprendre à quel moment de leur parcours de vie les jeunes décidaient de devenir saisonniers nomades ; de saisir l’élément déclencheur pour le départ. L’analyse des entretiens a montré que le choix de vivre sur les routes intervient souvent après une crise existentielle pour les jeunes que nous avons rencontrés. Or, dans un contexte où l’on demande de plus en plus à l’individu de pouvoir s’autodéfinir [9] et d’expliciter ses choix professionnels et de vie, les individus cherchent des supports identitaires [10] pour pouvoir répondre à cet impératif sociétal. De plus, l’appréhension symbolique de l’espace va représenter « un point d’appui psychosocial fondamental de la structuration identitaire, car c’est par l’appropriation des lieux (si elle perdure dans le temps) que l’individu peut accomplir et stabiliser un processus d’identification, l’espace représentant le foyer de toutes les expériences possibles » [11]. En outre, dans une perspective de transaction sociale, les rapports sociaux ne peuvent se désolidariser de leur territoire d’action, c’est dire si l’espace a des effets sur la vie sociale des individus [12]. Et si nous nous intéressons ici aux liens qu’entretiennent les saisonniers nomades avec la terre, il semble important de nous pencher sur la théorie des symboles, puisqu’elle apporte une place significative « aux aspects biologiques de l’existence humaine » [13]. En effet, les êtres humains s’inscrivent dans les quatre dimensions de l’espace-temps (une représentation mathématique de l’espace et du temps, « x », « y » et « z » pour l’espace et « t » pour le temps), mais ils évoluent aussi dans une cinquième dimension, celle des symboles.

Le mot « symbole » est issu du grec to symbolon qui signifie un objet de reconnaissance coupé en deux parties, ce qui permet à des messagers, à des porteurs de se reconnaître en les emboîtant. Il désigne également le signal, l’indice, le signe. « Ainsi, les premiers sens de “symbole” peuvent-ils être circonscrits dans la sphère de la reconnaissance, le symbole témoignant la qualité du porteur » [14]. Deux voies fondamentales s’ouvrent dans l’élaboration de la pensée symbolique occidentale. La première est la voie mythique, allégorique et exégétique relevant du rapport à l’invisible. La seconde voie, plus rationnelle, vient de l’analyse du langage (mots, signes, analogie et métaphore). Le symbole est donc inscrit au cœur de la rationalité [15]. Dans son ouvrage portant sur les formes élémentaires de la vie religieuse, Émile Durkheim [16] a indiqué que la société était à l’origine des religions et des symboles et que c’est grâce aux symboles que la vie sociale fonctionne. Mais Baudouin Decharneux et Luc Nefontaine [17] s’opposent à ce point de vue, puisqu’il faut, d’après eux, maintenir une opposition radicale entre les points de vue exégétique et rationnel du symbole du fait que, pour les pythagoriciens, « les nombres et leurs rapports sont reconnus comme des principes régissant des relations invisibles sans cesse à l’œuvre dans le cosmos » dans une volonté des lois cosmiques, de la physique et des lois psychiques. « Qu’il s’agisse de la symbolique langagière et logique, le postulat d’une unité (hénologie) liant ces champs de la connaissance, ne cessera de traverser la pensée occidentale. Cette tension, qu’elle s’exprime en termes de mythos et logos, foi et raison, exégèse religieuse et pensée discursive, traverse ces pensées comme un fil conducteur invisible et sous-tend toute théorie du symbole » [18]. Si l’on suit ce raisonnement, ces derniers représentent donc des outils de communication et d’identification langagiers ou non [19]. De plus, dans la pensée de Georg Simmel, « un autre moyen pour l’unité sociale de s’objectiver est de s’incorporer dans des objets impersonnels qui la symbolisent. Le rôle de ces symboles est surtout considérable quand, outre leur sens figuré, ils possèdent encore une valeur intrinsèque qui leur permet de servir, en quelque sorte, de centre de ralliement aux intérêts matériels des individus » [20].

Le Médoc représente, d’après nous, une terre de symboles significatifs [21] forte en identification à la culture du nomadisme saisonnier. Il s’agit même, pour ce territoire, d’être matérialisé comme le lieu fixe contribuant à l’unité du groupe, une forme de « fixité dans l’espace » [22]. L’espace représente alors ce que Michel Parazelli [23] qualifie « d’espace comme ressource d’interaction ».

Afin de mieux comprendre en quoi exercer des activités saisonnières dans le Médoc peut contribuer à la production de symboles significatifs pour les jeunes nomades, nous nous sommes intéressés à l’espace dans sa dimension géosociale et à l’anthropologie des relations en réfléchissant aux interactions entre humains et non-humains [24]. Pour Philippe Descola, le non-humain peut représenter des animaux, des végétaux, mais aussi l’histoire du bâti. Un territoire n’est pas qu’une portion d’espace, c’est aussi un type de relation à la terre et il en existe de très nombreuses sortes. La capacité d’identification à des lieux qu’on peut reconnaître sans les nommer, c’est aussi cela qui fait territoire [25] : « Du corps au territoire, du territoire au corps, c’est toute une conception du lieu anthropologique qui s’affirme : du lieu où tentent de se mettre en place les repères de l’identité, de la relation et de l’histoire » [26].

Dans son ouvrage Par-delà la nature et la culture [27], Philippe Descola définit quatre ontologies qui caractérisent le rapport à soi et aux autres : le totémisme (ressemblance des intériorités et des physicalités), l’analogisme (différence des intériorités et des physicalités), l’animisme (ressemblance des intériorités et différence des physicalités) et le naturalisme (différence des intériorités et ressemblance des physicalités). Même si toutes les ontologies présentent des cadres d’analyse intéressants pour mieux comprendre les liens entre les jeunes et la terre, c’est, tout d’abord, la dimension ontologique du totémisme comme « un monde d’identification » qui nous a semblé ouvrir une porte conceptuelle intéressante pour analyser le rapport symbolique des saisonniers nomades à la terre du Médoc, et ce, en nous penchant sur le côté le plus « mystique » du symbole tout en gardant un grand intérêt pour l’approche langagière. En effet, « se placer à un niveau ontologique, c’est suspendre les critères de la nature et de la culture pour observer l’ensemble des êtres hybrides qui apparaissent dans la perception, sans préjuger par avance de leur degré de réalité » [28]. En ce sens, « le totémisme rassemble les intentionnalités et les corporéités dans un ancêtre collectif commun » qui, dans le cas présent, ne se formaliserait pas par un animal ou un objet, mais plutôt par une terre, celle du Médoc. Il est important de signifier que, dans le totémisme, les objets ne constituent pas un système de signes, mais plutôt une collection de sujets avec lesquels « les hommes tissent jour après jour des rapports sociaux » [29]. À en croire les propos recueillis auprès des saisonniers nomades Apolline et Luc, cette terre pourrait alors représenter un espace propice au totémisme où la nature et la culture seraient en continuité et viendraient ainsi renforcer la dimension environnementale du mode de vie forte en identification dans la culture du nomadisme saisonnier :

Apolline : (Dans le Médoc), il y a aussi beaucoup de symbologie autour des châteaux, des Rothschild, de Pauillac, château Latour qui sont des personnes qui ont beaucoup d’argent et elles sont toutes ici. Il y a beaucoup de symbologie.
Émilie : De la symbologie, c’est-à-dire ?
Apolline : Tu connais les Rothschild, tu sais que c’est les personnes les plus riches dans le monde. C’est une énergie particulière. Même géographiquement, le Médoc c’est un triangle c’est comme un peu fermé avec la mer, la rivière. Il y a beaucoup de consanguinité ici. Ça fait beaucoup d’années que je viens ici… Le ciel c’est joli ici, les places c’est très joli. Après il y a beaucoup de vignes mais bon, je pense que c’est vraiment une jolie place. 
Luc : C’est un peu magique. Et quand tu parles aux personnes dans les saisonniers, tout le monde connaît le Médoc. C’est comme un point en commun.
Apolline : Oui. Toutes les personnes saisonnières connaissent le Médoc.

Par ailleurs, les jeunes saisonniers opposent souvent le monde rural au monde plus urbain qu’ils se représentent comme un monde dans lequel les individus vivent à un rythme effréné où ils n’ont pas le temps de profiter réellement de la vie, où ils sont « enfermés entre quatre murs » les uns sur les autres et dans un monde déconnecté de la nature. Il est à noter que la majorité des jeunes que nous avons rencontrés sont issus du milieu rural et, pour eux, il y a une vraie volonté de vivre en proximité avec la nature. Cela fait aussi partie de la culture du nomadisme saisonnier, au même titre que certains de leurs prédécesseurs comme les hippies, ou les Traveller’s, par exemple. Ils sont à la recherche de « beaux paysages » qui vont leur donner aussi une sensation de liberté et de plénitude. Ils expliquent que le monde rural leur offre cette possibilité, mais aussi un espace de connexion avec eux-mêmes où ils peuvent se construire dans une temporalité qui leur appartient [30]. Rémi, saisonnier nomade âgé de 26 ans, nous explique en quoi il se sent libre de vivre dans l’instant présent :

Tu manges quand tu as faim et tu te baignes quand tu veux te baigner, tu te laves quand tu veux te laver. Si t’as envie de rester des heures assis sous un arbre, tu le fais.

Par ailleurs, l’extrait d’entretien réalisé avec Roseline, saisonnière nomade âgée de 35 ans, montre symboliquement comment les jeunes se représentent le monde de la ville et le monde de la ruralité.

Mais même en France, c’est pareil. T’as aussi des petits villageois qui disent non, mais c’est notre petit village (prend un air ronchon), mais t’en as aussi des petits villages où c’est super ouvert, super hippie. Et puis t’as les grosses villes où tout le monde s’en fout de tout le monde et puis t’as pas le temps. Et moi, j’ai cette sensation que dès que j’arrive en ville, je suis énervée. Des fois, je peux être très très bien, mais dès que je suis en ville, la circulation, les gens qui marchent, le bruit, tout ce brouhaha, toute cette énergie concentrée dans un petit endroit comme si heu… Tu vois, pour moi, on est tous connectés. On ressent les choses. Quelqu’un qui va être triste, tu vas être triste, même si tu connais pas. Quelqu’un qui va être content, il va t’enjailler dans son truc, tu vas être content. Et du coup, je sais pas, peut-être le trop plein d’énergie. Du coup, dès que je suis en ville… Tu sais, j’ai bossé sur Paris pendant deux ans aussi et puis ça me faisait péter un boulard, surtout la voiture. Je me suis jamais vu autant péter un plomb en bagnole. Mais vraiment, je pétais un plomb à taper sur le volant et tout, « mais putain de ta mère, tu vas avancer ou quoi ? ». Enfin des trucs tu te dis « whahou » alors que de base, t’es pas comme ça mais juste t’es dans ta bagnole, ça avance pas, t’es agacée. Mais juste là, être dans des endroits trop concentrés, c’est trop. Et dès que je suis dans des endroits plus tranquilles, ça se calme et tout.

Enfin, les saisonniers nomades prônent un modèle de société avec une proximité avec la nature en assumant une conscience écologique et environnementale, ce qui justifierait également leur attrait pour les emplois saisonniers agricoles, notamment en termes de rapprochement avec la terre.

Dans leurs travaux, Marc Boutet, Ghislain Samson et Julie Myre Bisaillon [31] se sont appuyés sur un cadre théorique lié à la relation entre l’être humain et la nature pour montrer que ce dernier pourrait développer une posture éthique face à la nature en se positionnant comme travailleur utilisateur d’espaces naturels et non comme un propriétaire doté de droits exclusifs et absolus sur ses terres. Ainsi, l’humain se sentirait plus en relation avec son environnement naturel. Cela impliquerait également une relation de solidarité avec les autres êtres vivants « par laquelle l’être humain se sent non pas maître et possesseur du monde, mais plutôt participant d’une biosphère » [32].

À notre époque, où l’on entend parler dans les débats actuels de l’âge de l’anthropocène [33], cette relation entre l’être humain et la nature serait également de l’ordre de la responsabilité « envers le maintien des systèmes de vie ». Cette conscience environnementale pourrait relever d’une éthique de la responsabilité, telle que définie par Max Weber. Il s’agirait d’une rationalité téléologique par rapport à une fin (protéger l’environnement) tout en faisant attention aux moyens (économies d’eau, tri des déchets, récupération de vêtements et denrées alimentaires, activités chères aux saisonniers) d’arriver à cette fin [34].

Roseline, saisonnière nomade âgée de 35 ans, a mis en avant dans un entretien que le lien qu’elle entretenait avec la terre répondait à un besoin d’être autonome :

Après moi je vois, je suis plus proche de la terre que Basile tu vois, je suis plus écolo, je fais plus attention quand même je pense. Mais ouais c’est vraiment dans le but après d’avoir un lieu alternatif où tu as plein de connaissances, tu sais travailler la terre, tu sais ce qu’il faut faire, et puis être complètement autonome… Bah justement, le fait de vivre comme ça, c’est aussi la terre qui nous accueille tu vois.

Ici, on voit bien que Roseline indique un rapport de domination avec la terre qui s’inverse. Ce n’est pas elle qui exploite la terre mais c’est la terre qui l’accueille. Il y a une forme de respect vis-à-vis de la nature comme une prolongation entre nature et culture. Après avoir observé ces formes de continuités et ces liens créés entre humain et non-humain, nous avons également observé des liens symboliques qui lient les saisonniers nomades (les humains) entre eux sur le Médoc.

III. Liens relationnels des saisonniers nomades entre eux sur la terre du Médoc

Comme nous l’avons écrit dans nos précédents travaux portant sur les différentes dimensions de l’habiter [35], les jeunes saisonniers nomades se reconnaissent souvent entre eux par le biais de marqueurs propres à leur groupe, comme, par exemple, des camions ou camping-cars pas toujours en très bon état, des styles esthétiques parfois similaires, des possessions d’animaux de compagnie, souvent des chiens. Ces marqueurs constituent ce que Marc Augé [36] nomme un « univers de reconnaissance » où l’on observe se mettre en place une forme de communalisation [37] dans laquelle le sentiment subjectif et affectif des participants vient consolider le sentiment d’appartenir à une même « communauté pratique » [38]. La communalisation des jeunes saisonniers nomades représente alors une relation sociale basée sur une appartenance communautaire de grande intensité [39].

Roseline, saisonnière nomade viticole âgée de 35 ans, nous explique qu’elle a pu créer des liens amicaux plus forts avec d’autres jeunes faisant partie de la communauté des saisonniers nomades :

Quand on a son petit chez soi, on a tendance à s’enfermer, on a besoin de confort et du coup, on ne va pas forcément aller voir les gens, alors que nous, on est dehors. Donc, forcément, t’es amené à rencontrer plein de gens. Et puis hop, au bout d’un jour, deux jours, trois jours, on mange un bout et puis au bout de deux semaines, on est les meilleurs amis du monde. Je dis pas avec tout le monde, mais souvent, y a quand même des personnes avec qui tu peux super bien accrocher… Mais putain, je rencontrais des gens, où j’avais plus d’affinité, plus de liens, où je me sentais plus proche que par exemple, des amis d’enfance ou ça fait 20, 30 ans qu’on se connaît et tu vois, me sentir tellement loin de ces personnes maintenant et tellement plus proche des nouvelles. Parce que je pense que bah déjà, on vit la même chose et on n’a plus la même vision de la vie.

Les liens qui sont créés au sein de la communauté apportent aux saisonniers nomades une forme de protection et de reconnaissance, deux dimensions nécessaires à l’existence sociale [40]. Avec son expérience de l’altérité, les propos de Roseline montrent qu’elle a trouvé une forme de reconnaissance auprès des autres nomades et qu’elle peut « compter pour » [41] d’autres individus. De plus, d’après l’anthropologue Victor Witter Turner, auquel se réfère Marcelo Frediani [42] pour étudier les Traveller’s, la « communauté pratique » désigne aussi un groupe social, un réseau, un espace de partage des pratiques de vie dont les membres ont des liens d’affinité socioculturelle. C’est aussi un espace de réciprocité immédiate entre « je » et « tu » où chaque individu va éprouver l’être de l’autre. Cette communauté a aussi un rôle symbolique dans le sens où elle contribue à un idéal où chaque individu peut « compter sur » [43] les autres membres du groupe qui seront là pour s’entraider en cas de difficulté. Ces groupes s’apparentent à ce que Charles Horton Cooley [44] nomme des groupes primaires dans le sens où les sociabilités de ces jeunes sont caractérisées par la proximité, les relations de face-à-face, la coopération active dans la communauté. C’est au sein du groupe primaire que l’individu va puiser les valeurs qui vont orienter son action [45]. Ces relations permettent le maintien des liens sociaux propices au développement de compétences et de savoirs propres au groupe » [46].

Pour Georg Simmel [47], les « actions réciproques » sont essentielles pour l’individu, car c’est un univers d’interactions qui représente un espace de significations partagées définissant le rapport de l’homme au monde. Cette forme de réciprocité passe par la transaction sociale, mais aussi celle de nature économique par le biais de l’échange de nourriture, une pratique commune aux participants à la recherche. Ces échanges relèvent également du don contre/don [48] et suscite donc une forme de reconnaissance, car il y a un autre à qui je donne : il y a reconnaissance mutuelle, car je reconnais que l’autre m’a donné, donc je donne en retour [49]. En effet, le repas est souvent mis en commun et chacun contribue à sa préparation. Les notions de partage, d’entraide et de solidarité sont présentes dans les discours et constituent des valeurs transmises au sein des groupes de saisonniers nomades [50]. C’est ce que nous a expliqué Julien, 26 ans, saisonnier nomade :

Moi aussi, ce que j’aime bien, c’est la solidarité. Donc, c’est vrai que si quelqu’un est en galère, on va s’aider, on va essayer de se tirer vers le haut, et pas en se disant bah non, toi tu as rien, donc reste de ton côté. Non, on les prend, on mange ensemble, on fait un repas. Voilà, des choses simples mais des fois ça donne un petit coup de boost au moral… J’ai vu pas mal de gens, bah voilà, tu sympathises, tu manges ensemble, y a quand même un petit élan de solidarité. J’ai vu des gens à côté de moi, avoir une panne de camion, bah tout le monde s’y met. Tout le monde l’aide, y a quand même un peu plus cet élan de solidarité quand tu vis en camion.

Travailler dans les vignes permet aux saisonniers nomades d’acquérir des compétences propres à la connaissance de la terre ; connaissances transférables dans des projets à leur image, avec plus de respect entre la terre et les humains. En effet, il est courant que les jeunes rencontrés aient pour projet de pouvoir acquérir un terrain pour y vivre en autosuffisance et en proximité avec la nature. Quant au Médoc, il s’agit, pour ces saisonniers, d’un espace de retrouvailles et donc d’un espace de grande portée interactionnelle. L’approche langagière du totémisme prend alors tout son sens ainsi que l’ontologie animiste de Philippe Descola [51], dans le sens où il existe une continuité entre l’intériorité ou la subjectivité des humains. Ces derniers agissent comme des agents sociaux qui peuvent communiquer entre eux et incluent les non-humains (les végétaux, les animaux, les territoires, etc.). En effet, comme l’ont indiqué Apolline et Luc, la terre du Médoc fait partie du monde des saisonniers nomades engagés dans une forme de continuité entre eux et les vendanges sont aussi des moments où les jeunes se retrouvent et partagent des moments conviviaux. Cet extrait d’entretien illustre ce phénomène de « retrouvailles » autour de ce territoire.

Émilie : Vous venez tous les ans ici ?
Valentin : Bah là dans le Médoc, moi depuis 2010. Sinon ici ça fait 3 ans.
Mathilde : Moi ça fait 6 ou 7 ans, j’ai arrêté de compter.
Émilie : Donc en fait, vous vous retrouvez tous les ans avec le même groupe ?
Mathilde : Bah ouais y a des têtes d’affiche. Lui c’est une tête d’affiche clairement.
Valentin : C’est vrai. Mais je pense qu’en plus on est nombreux à s’être rencontrés au village de X. C’est X en fait le commun du petit groupe parce qu’on n’était même pas tous dans le même château au début. Y en avait à Batignolles, y en avait à Clémenceau, y en avait à...
Mathilde : Bah on faisait les vendanges quoi.
Valentin : Et fut un temps, y avait un terrain ouvert aussi alors tous ceux qui n’étaient pas logés, on pouvait se croiser là-bas.

Ce que nous avons observé avec Apolline et Luc, entre autres, nous amène à penser qu’il y aurait un fort sentiment d’attachement affectif au territoire du Médoc. Ce sentiment est lié au fait que les saisonniers nomades y font souvent leurs premières expériences d’emploi et qu’ils réitèrent l’expérience pour retrouver d’autres jeunes qu’ils ne voient pas forcément en dehors des vendanges, du fait de la mobilité de leur mode de vie. Le Médoc recouvrerait donc un caractère de fixité des relations dans l’espace et dans le temps [52].

Si l’on devait décrypter ce qui fait « symbologie » dans les liens qu’entretiennent les saisonniers nomades avec le Médoc, on pourrait dire que le fait d’être saisonnier viticole sur ce territoire contribue au langage commun du groupe. Le langage est au cœur de tout débat sur l’identité [53]. Or, le langage est étudié par le biais du symbole. En effet, faire les vendanges dans le Médoc est un symbole contribuant à la construction d’une communauté chez les saisonniers nomades. Même s’ils ne sont pas tous français ni originaires de la région, les entretiens que nous avons menés ont montré que les saisonniers connaissent les particularités de cette terre dans des termes géographiques et démographiques [54].

Céline Travési [55], dans ses travaux anthropologiques portant sur les Aborigènes Bardi en Australie, montre que les savoirs et apprentissages des techniques liés à l’environnement maritime participent de la relation entre la terre et les êtres qui y habitent, impliquant des responsabilités vis-à-vis de la nature. Nous pensons qu’il en va de même pour les saisonniers nomades. Les savoirs liés au travail de la terre et des vignes contribuent à l’intériorisation de l’autonomie et de la réciprocité indispensable pour la formation des identités individuelles et collectives [56]. Le processus altérologique de la transaction sociale prend alors tout son sens.

IV. Conclusion

Malgré les difficultés que les saisonniers nomades rencontrent parfois dans leurs expériences d’emplois, la pauvreté du salaire et l’exposition aux pesticides (entre autres), nous avons montré qu’ils réitèrent leurs expériences professionnelles sur ce territoire dans la mesure où ce dernier représente une terre symbolique propice à une forme de continuité entre humain et non-humains. Le Médoc peut ainsi devenir un espace où le totémisme s’exerce dans la communauté des saisonniers. Ainsi, le Médoc représente un espace de forte portée relationnelle ainsi qu’un caractère de fixité dans l’espace commun. Puis, nous avons montré qu’une forme d’animisme était présente au sein du groupe, puisqu’il s’exerce, dans le monde des saisonniers nomades, une similarité des intériorités et une différence des physicalités. C’est un lieu de rencontre fort en appartenance communautaire et en symboles significatifs. Ainsi, l’espace rural du Médoc possède une qualité sociosymbolique d’attractivité pour ces jeunes en quête d’identification sociale, et ce, malgré la pénibilité des emplois et des conditions d’accueil précaires. Enfin, pour faire écho aux travaux de Philippe Descola [57], l’animisme et le totémisme pourraient représenter des idéologies de peuples de chasseurs-cueilleurs, alors que l’analogisme et le naturalisme seraient plus du ressort des idéologies des sociétés de classes, de la science et du capitalisme [58].

Pour poursuivre cette réflexion, on pourrait donc se demander quels rapports les saisonniers nomades entretiennent avec les idéologies de l’analogisme et du naturalisme. Ont-ils dû s’en défaire pour vivre les idéologies de l’animisme et du totémisme ? Où finalement, ces jeunes ne sont-ils pas des « hommes totaux » au sens de « l’homme total » de Marcel Mauss [59] (1995) étant capables de s’adapter à toutes ces différentes idéologies ?

AUTEUR
Émilie Auger
Docteure en sociologie, chercheure associée au Centre Émile Durkheim
Université de Bordeaux

ANNEXES

NOTES


[1] Henri Mendras, La fin des paysans. Suivi d’une réflexion sur la fin des paysans vingt ans après, Paris, Acte Sud, 1967.
[2] Germain Bonnel, « Les salariées agricoles en sociologie : un objet d’étude ignoré, une littérature marginalisée. » Revue de l’école doctorale Sciences des Sociétés, 2022, ED 624, 12, p. 177-201.
[3] Bertrand Hervieu, François Purseigle, Sociologie des mondes agricoles, Paris, Armand Colin, 2013.
[4] Germain Bonnel, op. cit..
[5] Frédéric Décosse, Emmanuelle Hellio, Bétrice Mésini, « Le travail détaché : 25 ans après son instauration, état des lieux et perspectives ». Immigrations et société, 2022, n° 190, p. 15-27.
[6] Hervé Marchal, « La transaction sociale incertaine : une audace anthropologique bienvenue », Pensée plurielle, 2022, n° 55, p. 21-30.
[7] Ibid, p. 27.
[8] Ibid, p. 25.
[9] François De Singly, Le soi, le couple, la famille, Paris, Nathan, 1996 ; Vincent Kaufmann, Mobilité quotidienne et dynamiques urbaines. La question du report modal, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 200 ; Michel Parazelli, La rue attractive. Parcours et pratiques identitaires des jeunes de la rue, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 2002.
[10] Hervé Marchal [dir.], Initiation à la sociologie. Questions pour apprendre à devenir sociologue, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, 2021.
[11] Michel Parazelli, op. cit., 2002, p. 141. 
[12] Hervé Marchal, op. cit., 2022.
[13] Norbert Elias, Théorie des symboles. Paris, Le Seuil, 2015, p. 20.
[14] Baudouin Descharneux, Luc Nefontaine. Le symbole, Paris, PUF, 1998, p. 19.
[15] Ibid., p. 69.
[16] Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, 1912.
[17] Descharneux et Nefontaine, op. cit., 1998.
[18] Ibid., p. 69.
[19] Émilie Auger, « Mon camion, c’est ma maison. » L’expérience d’un mode de vie alternatif et les remaniements identitaires de jeunes saisonniers nomades. Thèse soutenue à l’Université de Bordeaux, 2024.
[20] Georg Simmel, « Comment les formes sociales se maintiennent », L’année sociologique, T.1 (1896-1897), p. 71-109, p. 81.
[21] George Herbert Mead, Laurent Perreau, « Un compte-rendu behavioriste du symbole significatif », Philosophie, 2012, n° 115, p. 7-12.
[22] Georg Simmel, Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Paris, PUF, 1999.
[23] Michel Parazelli, 2002.
[24] Philippe Descola, L’écologie des autres. L’anthropologie et la question de la nature, Versailles, Quae, 2020.
[25] Ibid.
[26] Marc Augé, Le sens des autres, Paris, Fayard, 1994.
[27] Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
[28] Frédéric Keck, « Le point de vue de l’animisme. A propos de Par-delà nature et culture de Philippe Descola », Esprit, 2006, p. 34.
[29] Philippe Descola, 2005, p. 223.
[30] Émilie Auger, 2024.
[31] Marc Boutet, Ghislain Sansom, Julie Myre Bisaillon, « La construction d’une citoyenneté environnementale au sein des programmes d’insertion socioprofessionnelle de jeunes en grandes difficultés d’apprentissage ou d’adaptation », Revue des sciences de l’éducation, vol. 35 (n°1), 2009, p. 111-132.
[32] Émilie Auger, « “Mon camion, c’est ma maison” : Quand le véhicule habitation vient questionner la norme d’habitat », Revue Française des affaires sociales, 2023, n° 1, p. 89-108.
[33] Chantal Crenn, Marion Demossier, Boris-Mathieu Petric, « Anthropologie du vin : un objet singulier, entre subjectivation et circulation », Ethnologie française, vol. 51, 2021, n° 3, p. 491-501 ; Renaud Hetier, « Le temps compté de l’anthropocène », Revue française d’éthique appliquée, 2020, n° 10, p. 42-56. DOI 10.3917/rfeap.010.0042
[34] Émilie Auger, 2023 ; Gilbert Hottois, « Éthique de la responsabilité et éthique de la conviction », Laval théologique et philosophique, 1996, 52(2), p. 489-498.
[35] Émilie Auger, 2023 ; 2024.
[36] Marc Augé, 1994.
[37] Max Weber, Économie et société 1, Paris, Pocket, 1995.
[38] Marcelo Frediani, Sur les routes. Le phénomène des New Travellers, Paris, Imago, 2009.
[39] Émilie Auger, op. cit., 2023 ; 2024.
[40] Serge Paugam, Le lien social, Paris, PUF, 2008.
[41] Ibid.
[42] Marcelo Frediani, op. cit., 2009.
[43] Serge Paugam, op. cit., 2008.
[44] Charles Horton Cooley, Groupes primaires, nature humaine et idéal démocratique. Revue du Mauss, 2002, n° 19, p. 97-112.
[45] David Le Breton, L’interactionnisme symbolique, Paris, PUF, 2004.
[46] Émilie Auger, 2024.
[47] Georg Simmel, 1999.
[48] Marcel Mauss, Essai sur le don, Paris, PUF, 2007.
[49] Paul Ricoeur, Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004.
[50] Émilie Auger, 2024.
[51] Philippe Descola, 2005.
[52] Émilie Auger, 2024.
[53] Anselm Strauss, Miroirs et masques, Paris, Métailié, 1992.
[54] Ibid.
[55] Céline Travesi, « Savoirs écologiques et construction de soi. L’apprentissage des savoirs liés à l’environnement maritime chez les Aborigènes Bardi (Australie) », Journal de la Société des Océanistes, 2020, n° 150, p. 17-28.
[56] Ibid.
[57] Philippe Descola, 2005.
[58] David Hugo, « Entretien avec Philippe Descola », Le philisophoire, 2011, n° 35, Hors Thème, p. 161-206.
[59] Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1995.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Émilie Auger, « Le territoire du Médoc comme espace symbolique pour les jeunes saisonniers nomades », dans Les déclinaisons contemporaines de l’identité vues d’ici et d’ailleurs, Alain Chenevez et Hervé Marchal [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], fevrier 2026, n° 23, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteure : Émilie Auger
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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