Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Territoires contemporains


Varia
Aurélien Aramini et Elena Bovo (dir.), La pensée de la race en Italie. Du romantisme au fascisme, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2018, 278 p. [1]
Carole Reynaud-Paligot
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MOTS-CLÉS
Mots-clés : fascisme ; romantisme ; race ; racialisation
Index géographique : Italie
Index historique : xixe-xxe siècle
SOMMAIRE

TEXTE

Cet ouvrage est une contribution bienvenue à l’étude de la racialisation des identités en Italie. Plusieurs ouvrages ont déjà montré la plasticité du terme de race et ses multiples usages politiques dans l’Europe des années 1850-1950. La racialisation des identités collectives a ainsi donné lieu, en France, à deux principaux usages, le premier usage nationaliste consistait à affirmer la supériorité de la race alpine/gauloise sur les autres races notamment, germanique, dans un contexte de rivalités entre puissances européennes, le second, colonial, affirmait la supériorité de la « race blanche » sur les « races de couleur » dans un contexte de domination coloniale. Ces usages politiques ne furent pas les seuls présents en Europe, la racialisation des identités nationales a répondu aux enjeux politiques rencontrés par les anciens États-nations, mais aussi par les jeunes nations en formation telles que l’Allemagne ou, quelques décennies plus tard, la Turquie kémaliste [2].

Comme le soulignent les deux initiateurs de cet ouvrage collectif dans leur introduction, l’opposition Aryens/Sémites ne résume pas toutes les formes de pensées raciales en Italie. Si l’on y retrouve les usages présents dans d’autres nations européennes, en l’occurence l’usage colonial et l’usage nationaliste autour des identités Aryenne et Sémite, s’ajoute, en Italie,  une opposition interne Nord-Sud, entre l’Italien du Nord et l’Italien du Sud et des îles, entre Aryens et Méditerranéens, un dualisme qui fragilise la jeune nation et qui s’installe durablement dans la vie politique du pays. C’est principalement à cette dichotomie que sont consacrés plusieurs articles en lien avec l’émergence de l’anthropologie criminelle qui a acquis, grâce aux travaux de Lombroso, une renommée internationale.

Après un premier article consacré à la période Romantique, plusieurs études présentent les contributions des penseurs italiens au mythe aryen, celles du philologue Gaspard Gorresio, du poète Carducci, du médecin philologue et professeur de latin, Paolo Marzolo. Les représentation raciales du  criminologue Lombroso, qui a consacré l’un de ses premiers livres au sujet, L’uomo bianco e l’uomo di colore, sont conformes aux représentations extrêmement dépréciatives des populations africaines dans la littérature scientifique de l’époque. Ses théories sur les « races criminelles » reposent sur un solide déterminisme racial. Il se distingue, en revanche, en manifestant un otpimisme, rare à l’époque, à propos de la perfectibilité des races. En mobilisant « la loi de la tendance à la transformation des races », il affirme que certaines races peuvent « s’élever » et cite en exemple l’amélioration morale qu’aurait connu la diaspora juive par rapport à ses ancêtres sémites.

Le racisme antiméridional fait l’objet de plusieurs articles. Le poids des facteurs économiques, notamment la répartition inégale des terres, cède le pas au déterminisme racial sous la plume de plusieurs penseurs italiens. Alfredo Niceforo défend ainsi l’existence de deux lignées ethniques, une germanique au Nord, une latine au Sud, et présente les Italiens du sud comme des hommes indisciplinables, inéducables, souvent rebelles, tout en soulignant leur infériorité somatique qui se manifesterait dans plusieurs caractères : la taille, la circonférence du crâne, le poids, la largeur du front. Infériorité physique et infériorité morale caractériseraient ces « dégénérés » et  la mauvaise qualité de la race méridionale en ferait une « race maudite ».

Les derniers articles du volume reviennent sur la question controversée du racisme mussolinien. Alors que pour certains historiens, le racisme et l’antisémite seraient présents dès la jeunesse de Mussolini, pour d’autres ils ne seraient motivés que par un opportunisme politique au moment du rapprochement de l’axe Rome-Berlin dans la seconde moitié des années 1930.

Un seul article évoque le racisme colonial. Il montre la présence de représentations raciales dans certains manuels jusque dans les années 1970 mais aussi la permanence des stéréotypes dépréciatifs à l’égard des Africains dans les décennies suivantes.

AUTEUR
Carole Reynaud-Paligot
Chargée de cours à l’Université de Bourgogne
CRHXIX - Centre d’histoire du xixe siècle (EA 3550)

ANNEXES

NOTES
[2] Nous nous permettons de renvoyer à nos ouvrages : De l’identité nationale. Science, Race et politique en Europe et aux États-Unis. xixe-xxe siècles, Paris, PUF, 2011 ; Races, racisme et antiracisme dans les années 1930, Paris, PUF, 2007 et La République raciale 1860-1930. Paradigme racial et idéologie républicaine, préface de Christophe Charle, Paris, PUF, 2006.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Carole Reynaud-Paligot, « Aurélien Aramini et Elena Bovo (dir.), La pensée de la race en Italie. Du romantisme au fascisme, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2018, 278 p. », Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 13 mai 2019, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Philippe Poirrier.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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