Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Territoires contemporains


Varia
Édouard Bouyé, L’archiviste dans la cité. Un ver luisant, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2017, 107 p. [1]
Jacques Berlioz
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MOTS-CLÉS
Mots-clés : archives ; archivistique ; patrimoines ; action culturelle
Index géographique : France ; Bourgogne ; Côte d’Or ; Jura
Index historique : xxe-xxie siècle
SOMMAIRE

TEXTE

Le titre de cet essai est tiré du roman de Balzac, Ferragus, où l’archiviste du ministère des Affaires étrangères, Jacquet, est traité de « ver luisant qui jetait la lumière à ses heures sur les correspondances secrètes ». On a connu pire pour désigner les archivistes. Et elle n’est pas si fausse que cela, Édouard Bouyé disant que l’archiviste travaille le plus souvent dans l’obscurité, qu’il illumine à l’occasion, éclairant dans l’opinion publique une partie du présent et du passé. Ce livre procède d’une excellente démarche : il est bon qu’un professionnel des archives (Édouard Bouyé, archiviste paléographe, dirige depuis 2013 les Archives départementales de la Côte d’Or) livre son expérience et s’interroge sur son métier et sa pratique. Ayant moi-même dirigé, il y a bien longtemps (entre 1979 et 1982), le service d’Archives départementales du Jura, et utilisateur régulier de ces mêmes archives, j’ai retrouvé dans ce livre des constances et bien des changements. Dès le premier chapitre (« La dernière roue du carrosse ? ») Édouard Bouyé tient à rappeler que les services d’archives ont une grande utilité : au quotidien quand les citoyens veulent établir leurs droits, et dans le domaine de la recherche, même si les étudiants sont (réforme du master oblige) de moins en moins nombreux (Bouyé note qu’ils sont peut-être plus motivés, acceptons-en l’augure). Il y voit aussi une utilité dans le domaine psychologique : en un temps de déracinement, les archives permettent de s’ancrer dans le temps et l’espace, par des études portant sur les familles ou les lieux. L’auteur en vient au métier de l’archiviste, et notamment au travail de tri et de classement, admirablement décrit. Avec au passage un hommage appuyé à l’École des chartes dont la formation lui sert tous les jours (l’ancien directeur de cet établissement, qui signe ces quelques lignes, en a frémi d’aise). En revanche, il est sans doute un peu sévère envers l’enseignement du latin médiéval ou de la paléographie à l’université. Au Centre de recherches historique (EHESS-CNRS), nous avons ouvert un atelier de latin médiéval, adapté aux divers niveaux des étudiants, et un cours de paléographie médiévale fonctionne depuis des années. Mais il faut l’avouer, Édouard Bouyé place Paris à part. J’avais il y a quelques années réalisé pour le compte de la Société des médiévistes de l’enseignement supérieur public (SHMESP) une enquête sur l’enseignement des sciences auxiliaires dans les universités et grandes écoles. Elle serait à reprendre. Édouard Bouyé aborde aussi la difficile question des versements en vrac, et donc du traitement physique des documents, et de leur tri (dans le Jura, j’avais été chercher dans quelque château une malle que l’on m’avait présentée comme pleine de parchemins et de papiers anciens ; elle me semblait légère. Arrivée en salle de tri, nous l’ouvrîmes : des souris s’en échappèrent et se mirent à trotter partout…). Bref, il vaut mieux anticiper et préparer les versements, et l’archiviste être un pédagogue et avoir une belle réserve d’anecdotes (l’éducation par les récits exemplaires, fort utilisée par la prédication médiévale, se voit là réhabilitée).

L’auteur ne pouvait éviter la question épineuse du numérique, et c’est l’objet du deuxième chapitre. Il met en valeur les sites web des archives départementales, fers de lance du web culturel, très visités, qui offrent inventaires et documents numérisés. Édouard Bouyé insiste sur les inventaires ou index collaboratifs qui permettent au public d’être des partenaires scientifiques privilégiés des archives départementales. Mais, malgré l’aide en ligne, l’archiviste et ses collaborateurs restent les principaux conseillers des chercheurs. Le lecteur lira avec intérêt les pages difficiles mais sûres sur l’archivage électronique, vrai miroir aux alouettes, et sur le traitement des archives électroniques. Édouard Bouyé donne à nos dirigeants des conseils qui sont trop de bon sens pour être un jour suivis… Et l’archiviste d’aborder ensuite la question des publics. Ou comment récupérer des archives privées, attirer un large public (service éducatif, formation) et lancer de grandes opérations, comme la collecte de documents sur la Première Guerre mondiale (beaux textes, quasiment en forme d’anthologie, offerts par l’auteur, p. 71-81). Édouard Bouyé débouche sur ce qui est (on le devine) sa passion : offrir les archives à un vaste public, non seulement par l’écrit, mais aussi par l’oral, en des lectures ou des émissions de radio. En marquant une certaine méfiance vis-à-vis de certaines « performances ». Là encore il livre un choix d’admirables documents d’un diplôme de Louis le Pieux au témoignage de Frédéric Lescure, fondateur de l’entreprise SEB, sur les grèves de 1936. L’action culturelle des archives s’impose donc, pour Édouard Bouyé, comme nécessaire : elle est un moyen premier de communication avec le public. Voici donc un petit livre (peu cher) mais un grand essai sur le sujet des archives, livré par un professionnel reconnu.

On se permettra toutefois quelques courtes remarques personnelles. Sans doute parce que la Bourgogne n’est pas une région de grande contestation sur le plan identitaire, Édouard Bouyé parle peu de la question de la mémoire. Certes, p. 105, il note que les Archives sont un laboratoire où, grâce aux chercheurs, la mémoire devient une histoire. Mais qu’en est-il de cette constitution de la mémoire qui tente souvent de remplacer l’histoire ? Les archives municipales de Villeurbanne portent le nom de Centre Mémoire et Société. C’est un signe, même si les archives départementales échappent encore à ce débat. Les expositions, souvent exigées par les présidents de conseils départementaux de leur directeur des archives, seraient à étudier : qu’est-ce qui est exposé, et quels thèmes sont-ils privilégiés ? Sans doute cette étude a-t-elle été réalisée. En un mot quel est le rôle des Archives dans la levée et l’affirmation de certaines identités régionales (Bretagne, Occitanie, Savoie) ? De plus, à quel point peut-il y avoir dialogue et réalisation commune avec les autres partenaires culturels locaux : bibliothèques, conservatoires, associations ?

AUTEUR
Jacques Berlioz
Directeur de recherches au CNRS
EHESS-CNRS, GAHOM-UMR 8558, Centre de recherches historiques

ANNEXES

NOTES

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Jacques Berlioz, « Édouard Bouyé, L’archiviste dans la cité. Un ver luisant, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2017, 107 p. », Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 11 janvier 2018, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Jacques Berlioz.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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