Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Territoires contemporains


Histoire documentaire du communisme
Le PCF et les maquis
Fabrice Grenard
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RÉSUMÉ

La question des rapports entre le PC et les maquis a donné lieu à de nombreuses controverses. Parce qu’il aurait exclu après la guerre plusieurs personnalités qui s’étaient illustrées dans les maquis, le PC aurait été opposé à cette forme armée particulière, préférant la guérilla urbaine et l’action menée en direction des masses ouvrières plutôt que la création de camps militaires en milieu rural. Le discours anticommuniste de son côté n’a cessé d’alimenter la théorie d’une tentative d’utilisation des maquis FTP à des fins révolutionnaires à la Libération. Contre ces représentations qui ont été développées a posteriori, cette étude s’efforce au contraire de s’intéresser aux réalités de terrain et à la façon dont les choses ont pu réellement se passer localement, en montrant notamment un certain pragmatisme dont a su faire preuve le PC au sujet des maquis, qui constituèrent un instrument essentiel pour que le parti puisse inscrire sa lutte dans un cadre patriotique en 1943-1944, tout en élargissant son audience.

MOTS-CLÉS
Mots-clés : Parti communiste français ; Résistance ; Libération ; maquis
Index géographique : France
Index historique : xxe siècle ; Seconde Guerre mondiale ; Libération
SOMMAIRE
I. Un terreau favorable à la constitution des maquis
II. Les maquis : une opportunité pour le parti communiste
III. Quelle organisation et quelle stratégie pour les maquis FTP ?
IV. Quel rôle pour les maquis FTP lors de la Libération (printemps-été 1944)

TEXTE

L’événement se déroule fin avril 1942. Alors qu’il est membre du trio de direction du parti pour le département de la Corrèze depuis plusieurs mois, Georges Guingouin tente, avec un certain succès, de reconstituer des cellules clandestines du parti dans le nord du département et de mettre sur pied des petits commandos chargés d’opérer des sabotages. Il est convoqué par son supérieur hiérarchique au niveau de l’inter-région, Gabriel Roucaute. Il n’existe aucun compte rendu de cette réunion. La seule certitude, c’est qu’à la fin de celle-ci, Guingouin fait l’objet d’une sanction importante puisqu’il est privé de ses responsabilités de cadre et connaît un « retour à la base » dans le jargon du parti [1]. Guingouin a donné sa version de cette sanction dans ses différents écrits : le parti le sanctionnait car il était défavorable à une action, a fortiori armée, menée dans les campagnes. Les communistes ne devaient agir que dans les villes, là où se trouvaient les classes ouvrières. Guingouin expliquait pourtant avoir eu raison contre le parti, comme allait le prouver par la suite l’importance de son maquis et son rôle dans la libération de la Haute-Vienne [2].

De très nombreux auteurs se sont ensuite appuyés sur ces explications de Guingouin pour expliquer que le parti communiste était initialement opposé au développement des maquis, en raison de leur implantation rurale, et qu’il n’avait fait ensuite que récupérer un phénomène qui s’était développé à la base en dehors de lui [3]. Cette vision des choses nécessite pourtant de nombreux correctifs. En avril 1942, il n’est nullement question de maquis. Aucune organisation de la Résistance à ce moment précis, communiste ou non communiste, n’est favorable à la constitution de bandes de partisans susceptibles d’agir militairement. Guingouin lui-même, lorsqu’il souhaitait développer des commandos armés, cherchait à le faire avec des « légaux » (ouvriers et paysans le jour se livrant à des sabotages la nuit). Il ne pouvait donc avoir été sanctionné parce qu’il avait été un précurseur en matière de maquis. Il faut peut-être aussi nuancer le fait que Guingouin ait été sanctionné en raison d’une action considérée mauvaise car menée uniquement en secteur rural. Car à la même période, dans d’autres départements, des cadres locaux du parti effectuent le même travail que lui dans des milieux ruraux (Yonne, Cher) et ne font l’objet d’aucune sanction [4]. En réalité, mais cela il ne pouvait le dire, Guingouin a fait l’objet d’une convocation de la part de son supérieur, suivie d’une sanction, car il était soupçonné d’avoir été trop imprudent dans son travail, provoquant la chute de Germain Auboiroux, le responsable politique du parti en Corrèze [5].

Il convient de nuancer fortement l’idée selon laquelle il y aurait eu un a priori défavorable du parti à l’égard des maquis, alors qu’elle s’est pourtant largement imposée par la suite sur le plan historiographique, en grande partie du fait de cette fameuse « affaire Guingouin ». Une étude attentive de la chronologie et des situations locales montrent au contraire le rôle déterminant du PC dans l’essor du phénomène maquis. D’autres idées reçues se sont imposées après la guerre, notamment dans le contexte particulier de la guerre froide où s’affrontèrent les mémoires communistes et gaullistes autour de la Résistance. Les communistes n’ont ainsi cessé de critiquer la stratégie des maquis « mobilisateurs » pratiquée par l’Armée secrète (AS) et de l’opposer à   l’organisation de leurs maquis FTP, reposant sur la dispersion et la mobilité, qui se serait avérée beaucoup plus efficace sur le plan de la guérilla et aurait évité les drames des Glières ou du Vercors. Les gaullistes de leur côté, ripostèrent en expliquant que l’action des maquis FTP à la Libération ne relevait pas seulement de motivations patriotiques mais s’inscrivait également dans le cadre d’une stratégie insurrectionnelle destinée à permettre au parti communiste de s’emparer du pouvoir par la force. Contre ces représentations qui ont été développées a posteriori et une histoire le plus souvent écrite « par en haut », cette étude s’efforce au contraire de s’intéresser aux réalités de terrain et à la façon dont les choses ont pu réellement se passer localement.

I. Un terreau favorable à la constitution des maquis

La question des maquis ne se pose en France qu’après la loi de février 1943 sur le STO, qui marque un tournant déterminant vers la constitution de camps armés organisés par la Résistance. Aucune organisation résistante n’avait envisagé la possibilité de tels camps avant février-mars 1943 [6]. Le fait que le parti communiste privilégie des actions de guérilla en milieu urbain et se montre jusqu’à cette date opposé à des rassemblements de combattants dans des lieux fixes n’apparaît donc pas comme une spécificité. Si cette position du parti peut s’expliquer par des éléments idéologiques (les villes comme fer de lance de la révolution), elle résulte aussi tout simplement du contexte militaire du moment (absence de troupes importantes, qui ne viendront qu’avec les réfractaires, absence de perspectives également dès lors que la possibilité d’une libération de la France reste encore très incertaine). Pour le parti communiste en revanche, il existe dès 1942 un terreau certainement plus favorable pour que les futurs camps puissent par la suite prospérer.

Plus que les autres mouvements de la Résistance, le parti communiste a été confronté à la nécessité de trouver des caches à ses militants grillés. Il lui est impossible de les exfiltrer vers l’Angleterre, contrairement aux militants des autres mouvements. Et il apparaît également plus difficile aux membres du PC de garder une couverture légale en raison de la répression anticommuniste. Or, si la majorité des caches se trouvent dans les villes, des militants « grillés » ont aussi été mis au vert à la campagne, notamment dans les zones rurales où le parti était enraciné avant guerre et pouvait compter sur des soutiens. Des membres du parti se cachent ainsi en Corrèze, en Haute-Vienne, dans l’Yonne, et font l’expérience de la vie clandestine dans les fermes, dès 1941 et 1942. Le plus connu de ces militants est évidemment Guingouin, qui mène une vie clandestine dans les fermes et les forêts autour du mont Gargan, et y gagnera le surnom de « premier maquisard de France [7] ». Mais son exemple n’est pas le seul. D’autres cadres ou militants du parti ont également pu trouver des caches en milieu rural pour échapper aux recherches les concernant, comme Georges Marrane, qui séjourne régulièrement dans une ferme en Corrèze, ou certains militants « grillés » de la région parisienne effectuant des séjours dans le département proche de l’Yonne [8].

Déjà, certains commencent à entrevoir la possibilité de constituer des groupes de partisans en milieu rural, même si cela reste très marginal. En Corrèze, les premiers commandos armés, développés dans le cadre de l’OS (organisation spéciale) commencent à se développer dans le nord du département, depuis leurs bases rurales du plateau de Millevaches, au printemps 1942 [9]. En Seine-et-Marne, un campement d’une dizaine d’hommes dirigé par un ancien des Brigades internationales, Maurice Le Berre, est installé à l’initiative d’Ouzoulias en juin 1942 près de Moret-sur-Loing afin de servir de base à la constitution d’une unité de partisans [10]. Ce genre d’initiatives provient toutefois davantage d’initiatives à la base que de directives émanant de la direction centrale du parti, davantage favorable en 1942 à la constitution de petits commandos agissant au cœur des villes. Elles n’en constituent pas moins des précédents qui n’ont pas d’équivalent au sein des autres organisations de la résistance à la même période.

La reconstitution des cellules clandestines à partir des groupes de trois a aussi permis au parti de reconstituer sa toile dans les zones rurales, lui assurant un meilleur enracinement à la base que la plupart des mouvements. Cela sera déterminant lorsque les maquis auront besoin de solidarités locales, qui viendront d’abord des « légaux » du parti, les personnes apportant leur soutien à la lutte tout en restant « sédentaires ». Les futurs maquis pourront ainsi s’appuyer sur tout un substrat de complicités locales, indispensables pour leur survie (ravitaillement notamment), qui n’a cessé de se développer dans le cadre de la reconstitution clandestine du parti dans les régions  du centre et du sud de la France depuis la fin 1940. L’exemple du maquis Guingouin illustre parfaitement ce processus puisque la plupart des familles qui apporteront leur aide aux maquisards en 1943-1944 étaient des militants qui avaient accepté de rejoindre l’organisation clandestine du parti en 1940 [11].

Depuis le début de l’année 1942 ont été mis sur pied les FTP afin de renforcer la branche militaire, avec l’objectif de développer des actions de sabotages et de guérilla contre l’occupant. Cette initiative dépasse le seul cadre de l’hexagone puisqu’il s’agit aussi de soutenir les « camarades » soviétiques dans leur lutte contre la Wehrmacht, obligeant les Allemands à maintenir des garnisons importantes en France. Au cours de la seconde moitié de l’année 1942, notamment après l’invasion de la zone sud, les FTP intensifient leur action en zone sud. Si les commandos qui agissent sont alors composés de « légaux » et qu’ils n’appartiennent donc pas à un maquis, ce développement des FTP amène toutefois le parti à développer une certaine logistique qui allait s’avérer précieuse lorsqu’apparaitront les maquis : caches et récupération d’armes, réquisitions de véhicules, structuration d’une hiérarchie militaire. Dès la fin de l’année 1942, la possibilité d’aménager des camps pour servir de base à ces commandos FTP a été envisagée. L’exemple de la Corrèze le montre parfaitement puisque le responsable militaire du département, Léon Lanot, se livre à des repérages dans le nord, là où le relief (moyenne montagne) s’avère le plus propice pour l’implantation de caches [12]. En Haute-Savoie, quelques camps FTP se développent également dès la fin 1942, autour d’un chalet ou d’une cache naturelle, comme le montre la naissance de ce qui deviendra par la suite le maquis des Dents de Lafon, au dessus d’Annecy [13].

II. Les maquis : une opportunité pour le parti communiste

Lorsque la loi sur le STO pose la question des réfractaires et la possibilité d’en intégrer une partie dans des camps organisés et armés, le PCF ne semble pas connaître les mêmes tergiversations que les mouvements, confrontés à une véritable crise interne en raison d’un phénomène qui n’avait nullement été ni prévu ni anticipé (« nous avons été pris de court » reconnaît Freynay dans ses Mémoires [14]). Il faudra plusieurs mois pour qu’un consensus se développe au sein des mouvements sur le fait d’intégrer les réfractaires dans des camps militarisés, sous l’égide de l’Armée secrète.

En ce qui concerne le parti communiste, le développement des camps intégrés aux FTP constitue au contraire une opportunité formidable, aussi bien sur le plan militaire que sur le plan politique [15]. Depuis la création du Front national, le PC cherche à sortir de l’isolement politique qui avait été le sien entre septembre 1939 et le printemps 1941 et à élargir son audience au-delà de ses simples soutiens traditionnels. Le développement des camps FTP, accueillant de nombreux réfractaires qui ne sont pas militants communistes, s’intègre parfaitement dans cette stratégie. Le développement des premiers camps coïncide aussi avec le moment ou des contacts s’établissent entre le parti communiste et les gaullistes, la mission de Fernand Grenier à Londres, incarnant le ralliement du PC à la France combattante. Or, dans les discussions avec Londres, l’essor des camps FTP et l’intensification de leurs actions met les communistes en position de force, démontrant qu’ils se situent à l’avant-garde de la lutte armée en France.

Plus globalement, l’essor des premiers maquis où s’engage une partie de la jeunesse française refusant de partir en Allemagne constitue aux yeux du parti les bases d’une nouvelle armée populaire, fonctionnant sur un modèle différent d’une armée traditionnelle totalement discréditée par la défaite de 1940 et son ralliement à Vichy. Ils permettent aussi au PCF de renforcer son rôle en tant que fer de lance de la Résistance intérieure à une période ou de grandes manœuvres politiques s’engagent en son sein (création du CNR dans lequel seront intégrés en mai 1943 les communistes, ce qui semblait exclus quelques mois plus tôt seulement).

C’est donc ce contexte particulier qui explique que les premiers camps de réfractaires à être encadrés en février et début mars 1943 l’ont été par les FTP, alors que l’AS et les MUR hésitaient à le faire. Les deux principales « terres de maquis », celles où les camps se sont constitués le plus rapidement et ont été les plus nombreux, la Corrèze et la Haute-Savoie, le montrent parfaitement. Les premiers camps qui se développent et se structurent en Corrèze, dans le secteur du plateau de Millevaches, sont d’obédience FTP [16]. De même, en Haute-Savoie, dans le Chablais, ce sont les FTP qui encadrent plusieurs centaines de réfractaires dans le secteur du mont Draillant, où interviennent les forces de l’ordre vichystes à la mi-mars 1943, à l’occasion de la première grande opération de « ratissage » menée contre des camps de réfractaires [17]. À la même période, les responsables départementaux de l’AS, qui allaient plus tard diriger le rassemblement des Glières, se montraient opposés à l’encadrement de réfractaires qui n’avaient aucune expérience militaire.

III. Quelle organisation et quelle stratégie pour les maquis FTP ?

Ayant immédiatement saisi, au printemps 1943, l’opportunité que pouvait représenter la création des maquis, le Parti communiste ne va cesser ensuite d’encourager leur développement, en essayant de faire des maquis FTP la base d’une future armée de la Libération et en se servant du Front national, implanté dans toute la France, comme base de recrutement. Il convient de rappeler toutefois, sur cette question des rapports entre la direction du PC et les maquis, que le contexte particulier de la guerre clandestine fit qu’un processus de décentralisation des décisions, assez unique dans l’histoire du parti communiste, se développa en 1943-1944. En raison de la difficulté et de la lenteur des liaisons, alors que les directives devaient être prises rapidement, ce sont le plus souvent les directions de zone, directions régionales et départementales qui eurent  à prendre des décisions dans l’urgence, mettant ensuite quelque peu devant le fait accompli le « centre » basé en zone nord [18], où la question des maquis ne se posait pas dans les mêmes termes que dans la zone sud. Le contexte de la clandestinité et de la guerre menée par les maquisards obligeait ainsi souvent des chefs de secteur à prendre des initiatives sans avoir l’accord du centre. Ce fut le cas par exemple pour le chef des maquis FTP, Georges Guingouin, décidant de détruire dans son secteur les batteuses du ravitaillement général au cours de l’été 1943 avant d’en avoir reçu l’accord de ses supérieurs, qui risquait de n’arriver qu’après que la moisson ait pu avoir lieu [19].

Tout en s’efforçant d’élargir l’audience des FTP, dans la lignée de l’usage qui était fait du Front national, et avec un certain succès (une majorité de combattants FTP n’étaient pas des militants communistes), le parti s’efforce de garder un contrôle à la fois discret mais aussi efficace, pour éviter que cette force en puissance ne lui échappe. Cela explique la fameuse règle des 20 % (chaque unité devait avoir 20 % de militants du parti dans ses rangs) et le fait que les fonctions de commandement soient réservées à des cadres du parti. Mais en même temps, pour éviter que ces commandements ne donnent une puissance et une autonomie trop fortes à l’égard de l’appareil, les chefs de maquis FTP font l’objet de mutations régulières, très peu restant à la tête de la même unité tout au long de la période, et lorsqu’ils le feront, ce sera contre les directives du parti. La plupart des responsables de maquis FTP étaient donc des cadres du PC, mais beaucoup manquaient d’expérience militaire. Le parti communiste semble ainsi avoir cherché à « débaucher » certains responsables de l’AS, en désaccord avec la stratégie quelque peu « attentiste » adoptée par cette organisation, pour leur confier des commandements, comme le montre l’exemple de Jean-Jacques Chapou, nommé en mars 1944 chef départemental des FTP de Corrèze après avoir été le responsable des maquis de l’AS pour le Lot en 1943.

L’organisation de base des maquis FTP se précise au cours de l’été 1943, après certaines déceptions liées à l’illusion au moment de l’adoption du STO qu’une mobilisation des masses était possible, ce qui avait entraîné la constitution de quelques camps « mobilisateurs » aux effectifs importants, mais qui furent trop facilement attaqués par les forces de l’ordre [20]. Cette organisation reposait à la fois sur la dispersion des camps, leur petite taille et leur mobilité. Ces camps s’intégraient dans une hiérarchie militaire très pyramidale, formée de détachements (une trentaine d’hommes, correspondant à deux ou trois camps) de compagnies (trois détachements, soit une centaine d’hommes) et de bataillons (trois compagnies, soit environ 300 combattants), qui apparaissait toutefois quelque peu théorique, notamment au regard de la répartition des effectifs. Au début de l’année 1944, cette organisation se précisa avec la création dans chaque région de secteurs et de sous-secteurs [21], permettant notamment de développer les liens entre les groupes armés et les « sédentaires », c’est-à-dire les personnes qui tout en gardant une « couverture » et ne vivant donc pas dans la clandestinité, apportaient leur aide aux maquis, notamment en matière de ravitaillement ou d’hébergement.

Conformément à la pratique du triangle de direction propre au parti, chaque niveau de commandement dans les états-majors FTP comprend trois responsables : le commissaire aux opérations (COR), plus spécifiquement chargé des opérations militaires, le commissaire aux effectifs (CE), chargé du recrutement et de l’organisation des unités, le commissaire technique (CT) enfin, chargé de l’armement et du renseignement. On observe ainsi au sein des FTP une volonté de militarisation importante, même si elle prenait une forme quelque peu différente des maquis de l’AS ou de l’ORA dès lors qu’il y avait une volonté manifeste de rompre avec le fonctionnement de l’armée traditionnelle au niveau du cérémonial et des comportements (pas de lever des couleurs, tutoiement entre officiers et combattants). Parce qu’ils étaient peut-être plus enclins à être considérés comme indisciplinés, les maquis FTP firent régner dans leurs rangs une discipline de fer, puisque la moindre petite dérive était susceptible de la peine de mort. Dans la région de Toulouse, un combattant FTP fut exécuté pour l’exemple simplement pour avoir dérobé lors d’une réquisition un vélo qu’il souhaitait donner à ses parents [22]. Comme dans le cadre d’une armée régulière, toute tentative pour quitter le maquis était considérée comme une désertion, punissable de la peine de mort [23].

Dès l’été 1943, malgré des moyens souvent dérisoire en matière d’armement, les maquis FTP multiplient les actions de guérilla, se montrant indéniablement plus actifs en la matière que les maquis de l’AS, même si ces derniers n’ont pas fait preuve d’un attentisme total jusqu’au 6 juin 1944 comme tentera de le développer après la guerre le discours communiste. Ces actions s’inscrivent dans le cadre de directives du parti destinées à saboter l’effort de guerre ennemi. Il s’agit donc le plus souvent d’opérations de sabotages de voies ferrées, d’entreprises industrielles ou de matériel agricole. Certaines de ces actions sont développées de façon concertées, à l’échelle d’un département ou d’une région, à l’occasion de journées symboliques, comme le 14 juillet 1943 ou le 11 novembre, afin de lancer un véritable défi aux autorités vichystes et de créer un impact sur l’opinion. Dès 1943, les maquis FTP mènent également des actions épuratrices contre des collaborateurs, miliciens, mais aussi trafiquants du marché noir, illustrant ainsi qu’il ne plaçait pas uniquement leur combat sous un plan militaire (lutter contre la présence d’une armée étrangère d’occupation), mais aussi sous un angle politique et idéologique (commencer une épuration qui devait aussi être l’un des enjeux de la Libération), sans que cela ne signifie pour autant jeter les premières pierres d’une future révolution, comme tenta de le faire croire la propagande vichyste.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur l’opposition entre les maquis de l’AS et ceux des FTP, avec des modèles qui ont été figés dans la littérature d’après-guerre opposant deux conceptions différentes des maquis : celle des maquis mobilisateurs de l’AS d’un côté, encadrés par des officiers d’active, plutôt passifs dans leurs actions de guérilla avant le débarquement. Celle de la stratégie dite de la « boule de mercure » de l’autre, définie par Tillon après la guerre pour les maquis FTP, prônant la dispersion et la mobilité et s’avérant plus efficace en terme de guérilla [24]. L’étude des réalités locales montre pourtant que les choses ne furent nullement figées de la sorte au cours des mois qui précédèrent la Libération. Si après la guerre les communistes ne cesseront de présenter le rassemblement des Glières comme une « erreur stratégique [25] », deux bataillons FTP, « Liberté Chérie » commandé par Marcel Lamouille, et le groupe « Franquis » par Marius Cochet, n’en sont pas moins montés au plateau en février-mars 1944, avec l’accord de la direction régionale, pour se placer sous le commandement du lieutenant Tom Morel, et participer à ce qui apparaît comme la première grande expérience de maquis militarisé en France occupée [26].

Sur le plan de la coopération des maquis FTP avec ceux de l’AS, l’exemple de Tulle, souvent cité pour montrer les désaccords entre les deux organisations [27], ne doit pas occulter que dans de nombreux cas, l’entraide et la coopération l’ont plutôt emporté. À chaque fois qu’elles ont été sollicitées, les directions régionales du parti ne se sont jamais opposées à ce qu’une coopération se développe entre maquis FTP et maquis de l’AS. Même si elle disposait de « corps francs » qui ont pu être particulièrement actifs dans certaines régions, bien avant le débarquement [28], dans d’autres, l’AS n’avait pas toujours les moyens de procéder à des opérations de sabotages demandées par Londres, afin notamment d’éviter des bombardements susceptibles de provoquer d’importants dommages collatéraux. À plusieurs reprises, des commandos FTP ont ainsi opéré des sabotages pour le compte de l’AS : ce fut le cas par exemple pour l’usine du Palais-sur-Vienne, au nord de Limoges, principal fournisseur de caoutchouc de la zone sud pour les besoins de l’armée allemande[29]. Dans d’autres cas, une répartition et une coordination des actions était instituée, comme pour le sabotage des voies ferrées en Corrèze : l’AS se chargeait des lignes Brive-Capdenac, Brive-Toulouse et Ussel-Eygurande, les FTP des lignes Brive-Limoges, Brive-Nexon, Brive-Tulle-Ussel et Limoges-Meymac [30].

IV. Quel rôle pour les maquis FTP lors de la Libération (printemps-été 1944)

La direction du parti communiste a souvent été accusée d’avoir donné des directives irréfléchies aux maquis FTP, leur demandant notamment, dans le cadre d’une stratégie d’insurrection nationale, de s’emparer de plusieurs villes au lendemain du débarquement allié, ce qui allait conduire à de nombreux drames, le plus connu étant celui de Tulle. Ayant alimenté de nombreuses polémiques, cette idée de l’utilisation des maquis et de leur forces armées par les communistes dans le cadre d’une prise de pouvoir par la force ne résiste plus aujourd’hui aux différentes avancées historiographiques sur le sujet [31]. L’affaire de Tulle elle-même ne doit pas être analysée en dehors d’un contexte tout à fait particulier, qui empêche en fait d’en faire la première pierre d’une possible prise du pouvoir communiste. À la mi-mai 1944, la direction de la zone sud du parti communiste fut démantelée par la répression allemande à la suite d’une trahison, entraînant une période de transition qui allait se traduire par une rupture des liaisons entre le centre et les directions régionales. La décision d’attaquer la ville de Tulle ne fut nullement imposée par le centre mais relève uniquement de la direction du parti en Corrèze, soucieuse de passer à l’action le jour J en s’attaquant à un objectif prenable, ce qui était initialement le cas de Tulle, avant que la division Das Reich, basée à Montauban, ne se mette en marche vers la Corrèze.

Un autre élément à prendre en compte est que si les FTP sont effectivement les seuls à attaquer à Tulle, d’autres opérations de ce genre ont également pu être menées par l’AS ou de façon conjointe. Dans toutes les régions de la zone sud, on assiste ainsi à des tentatives de libérations anticipées de petits bourgs, voire de sous-préfecture, comme à Guéret ou Saint-Amand-Montrond par exemple, où c’est l’AS qui dirige les opérations. Ces tentatives de « libérations anticipées » s’inscrivent dans le contexte particulier des 7 et 8 juin 1944, avec les débuts de la bataille de France et les appels à l’insurrection nationale lancée depuis Londres même (le général Koenig demandera de freiner les opérations le 9 juin, alors que de nombreux drames ont déjà eu lieu). Les FTP n’ont donc pas été les seuls à commettre des erreurs au cours de ces journées particulières, estimant que le débarquement du 6 juin 1944 marquait la libération de la France, alors que celle-ci allait prendre plusieurs mois et que dans la plupart des régions françaises, la situation militaire restait très largement favorable aux Allemands en juin 1944.

À partir de la mi-juin, pour éviter de nouvelles erreurs, les directives émanant des états-majors appellent clairement à privilégier la guérilla et le harcèlement plutôt que l’affrontement direct. Les directives de l’état major FTP pour la région R5 (SHAT) précisent par exemple qu’il est nécessaire de : « garder la dispersion des unités », organiser le « blocus des garnisons avec isolement complet », « mener des tentatives de reddition et de démoralisation » mais d’éviter des attaques frontales [32]. Chef départemental des FTP puis des FFI pour la Haute-Vienne, Georges Guingouin, qui préféra encercler Limoges plutôt que d’affronter la garnison allemande, n’a donc pas fait preuve de dissidence par rapport aux ordres du parti, comme on le dit parfois,  mais n’a fait que les appliquer [33].

On ne peut pas nier en revanche qu’une certaine « compétition » s’était installée entre FTP et AS pour obtenir des succès de prestige et apparaître comme le fer de lance de la Résistance intérieure, compétition susceptible d’amener des opérations quelque peu risquée. Mais pour les FTP, il n’a jamais été question de profiter de ce genre d’opérations pour s’emparer du pouvoir par la force. À chaque fois d’ailleurs qu’une ville sera libérée par des unités majoritairement FTP, il n’y aura jamais d’obstacles pour que se mettent en place les pouvoirs de transition prévus par le GPRF (CDL, commissaire de la République, nouveaux préfets). S’il était bien dans l’intention du PCF d’acquérir des positions de pouvoir localement en vue des échéances politiques futures, il n’a donc jamais été question bien sûr de faire des maquis FTP l’instrument d’une révolution en France en 1944.

 

Les maquis FTP ont indéniablement été un des facteurs importants de la popularité du PC en France après la Libération, expliquant ses très bons résultats électoraux lors des premières élections de l’après-guerre. Ils ont ainsi indéniablement rempli l’une des missions qui leur avait été confiée par la direction du PC à leur création : élargir l’audience des communistes au sein de la société française après la période difficile 1939-1941 et enraciner l’idée que les communistes avaient été le fer de lance d’une résistance intérieure populaire.

En revanche, les maquis FTP ne pourront servir de base à la création d’une nouvelle armée populaire après la Libération, comme le souhaitait le parti, en raison de la rapidité avec laquelle de Gaulle imposa l’amalgame et du sort souvent plutôt défavorable réservé aux anciens FTP qui s’étaient enrôlés dans l’armée (rétrogradation de grade, mise à l’écart, etc.).

Enfin, une comparaison avec les Balkans montre clairement que les maquis FTP en France n’ont pas mené une « guerre de partisans » de la même nature que celle développée en Grèce ou en Yougoslavie. Dans ces deux pays, les maquis communistes imposent à la population dans les zones où ils se développent de nouveaux pouvoirs bien avant la Libération, alors qu’en France les maquis FTP se sont fondus dans la lutte patriotique (si des chefs de maquis ont pu imposer des directives ou réglementations, elles n’avaient d’autres buts que de gêner l’effort de guerre allemand). Il n’y a ainsi jamais eu en France de tentative de « Laocratie » comme ce qu’a décrit Mark Mazower pour l’ELAS en Grèce, où les maquis communistes développaient dans les secteurs qu’ils contrôlaient de nouvelles législations mais aussi de nouvelles formes de vie politique [34]. En France, les maquis FTP se sont contentés d’inscrire leur lutte dans le seul cadre patriotique, acceptant d’ailleurs au début 1944 la fusion avec les FFI.

AUTEUR
Fabrice Grenard
Professeur agrégé d'histoire-géographie

ANNEXES

NOTES
[1] Outre les deux principaux participants en personne, deux autres acteurs ont livré leur témoignage sur cette réunion particulière, Léon Lanot, qui accueille à son domicile Guingouin et Roucaute, Georges Cueille, lieutenant de Guingouin. Voir le témoignage de Georges Ceuille dans Pascal Plas (dir.), Genèse et développement de la Résistance en R5 (1940-1943), Brive-la-Gaillarde, éditions les Monédières, 2003, p. 313 sqq.
[2] Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, Hachette, 1974, p. 61.
[3] Voir par exemple la notice biographique consacrée à Georges Guingouin dans François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006, p. 437.
[4] Robert Loffroy, Mémoires d’un résistant et militant communiste de l’Yonne, AERI, 2014. Cadre local du parti dans l’Yonne, Robert Loffroy, futur responsable départemental des FTP en 1944, mène dès 1941 un travail en milieu rural conformément à ce que lui demande la direction régionale du parti. Le fait d’agir dans un milieu qui n’est pas urbain n’amène dans ce cas précis aucune sanction, ce qui démontre bien la nécessité de ne pas faire des critiques qui ont été adressées à Guingouin par ses supérieurs une généralité.
[5] Fabrice Grenard, Une légende du maquis, Georges Guingouin, du mythe à l’Histoire, Vendémiaire, 2014 (chap. 4, « L’exil correzien »).
[6] Pour le contexte dans lequel naisse les premiers maquis au printemps 1943 et la « crise » interne que cela provoqua au sein de la Résistance, qui n’avait pas prévu le phénomène, Stéphane Simmonet, Maquis et maquisards, Paris, Belin, 2015 (chap. 1).
[7] Pour échapper à la police venue perquisitionner chez lui, Georges Guingouin entre en clandestinité en février 1941, se cachant jusqu’à la création de son premier camp en avril 1943 dans des fermes ou des caches aménagées dans les bois.
[8] Robert Loffroy, Mémoires d’un résistant et militant communiste de l’Yonne, op. cit. Dans l’Yonne se cachait également en 1941 dans une ferme René Froissart, membre de la commission de contrôle financier du Comité central du Parti, qui possédait avec lui une partie importante des fonds qui avaient été cachés au moment de l’interdiction du PC en 1939.
[9] Le premier sabotage opéré par l’un de ces commandos a lieu le 20 juin 1942 aux usines Montupet d’Ussel.
[10] Albert Ouzoulias, Les fils de la nuit, Paris, Grasset, 1975.
[11] Fabrice Grenard, Une légende du maquis, op. cit. (les principales familles qui apportèrent leur aide ont fait l’objet d’une notice biographique en annexe).
[12] Paul et Mouny Estrade, Léon Lanot, premier maquisard de Corrèze, Saint-Paul, Le Puy Fraud, 2011, p. 77.
[13] R I 3, Francs-tireurs et partisans de la Haute-Savoie, Annecy, 1977, p. 28.
[14] Henri Frenay, La nuit finira : mémoires de résistance 1940-1945, Paris, Michalon, 2006. Le témoignage de Daniel Cordier est également particulièrement explicite sur les tensions provoquées au sein même des MUR et avec la France libre au sujet de l’encadrement des camps de réfractaires en février-mars 1943 (Alias Caracalla, Paris, Gallimard, 2009, chap. XIV).
[15] Pour une présentation générale des enjeux qui se posent a début de l’année 1943 pour le Parti communiste, Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, De Gaulle, la Résistance, Staline, Paris, Ramsay, 1980, p. 358 sqq.
[16] Pour l’essor des premiers camps en Corrèze, Maquis de Corrèze, ouvrage collectif, Tulle, 1971.
[17] Les « événements de Haute-Savoie » de la mi-mars 1943 (développement des premiers camps de réfractaires dans le Chablais) ont été largement médiatisés à travers la presse et la radio suisses (AN, 72 AJ 608, les maquis vus par les presses de Suisse et d’AFN).
[18] Ce sont ces prises d’initiatives assez inhabituelles au regard du fonctionnement du parti communiste qui expliquent que l’appareil se soit ensuite méfié après la guerre de nombreux chefs de maquis, dont certains furent exclus du parti.
[19] Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, op. cit., p. 90.
[20] Au départ, il n’y avait ainsi que quatre camps assez importants qui avaient été constitués en Corrèze, en mars-avril 1944, rassemblant chacun des effectifs assez nombreux. Ils durent être dispersés fin avril à la suite de plusieurs attaques lancées par les forces de l’ordre, qui portèrent des coups très durs aux premiers maquis FTP du département. (Fabrice Grenard, Tulle, enquête sur un massacre, op. cit., chap. 1, « La Corrèze, terre de maquis »).
[21] Le département de la Corrèze, appartenant à la région 3 (R3) dans l’organisation du parti, est ainsi divisé en trois sous-secteurs au début de l’année 1944, correspondant au nord du département (Ussel), à la région de Tulle au centre et celle de Brive au sud. Ce département est lui-même intégré dans l’interrégion « B » qui englobe tout le sud-ouest (on trouvera une carte de cette organisation dans Fabrice Grenard, Tulle, enquête sur un massacre, Tallandier, 2014, p 82. Voir également l’ouvrage collectif Maquis de Corrèze, op. cit., détaillant l’organisation des maquis FTP dans le département. On trouvera l’équivalent pour la Haute-Savoie avec l’ouvrage R.1.3, Francs-tireurs et partisans de la Haute-Savoie).
[22] Jean-Yves Boursier, La guerre des partisans dans le Sud Ouest de la France, L’Harmattan, 1992, p. 164.
[23] Guingouin fit ainsi exécuter deux membres de son maquis pour « indiscipline ». Le premier avait tenté de déserter. Le second avait enfreint les règles de sécurité en quittant régulièrement son camp pour rendre visite à sa petite amie (Fabrice Grenard, Une légende du maquis, op. cit.).
[24] Charles Tillon, Les FTP : témoignage pour servir à l’histoire de la résistance, Paris, Julliard, 1962, « soldats de plomb et boule de mercure ».
[25] R.1.3, Francs-tireurs et partisans de la Haute-Savoie, op. cit., p. 89.
[26] Constant Paisant, J’étais franc-tireur et partisan, Combattant des Glières, Curandera éditions, 1994. Tom Morel aurait déclaré à l’un des responsables FTP lui demandant de pouvoir passer sous son commandement : « il n’y a plus ici ni AS ni FTP, il y a l’armée française ».
[27] Fabrice Grenard, Tulle, 9 juin 1944 : enquête sur un massacre, Paris, Tallandier, 2014.
[28] Ce fut le cas en Haute-Savoie du corps franc Simon par exemple, agissant depuis le secteur de Thorens, et qui, bien qu’appartenant à l’AS, multiplia les opérations de guérilla et les éliminations de collaborateurs.
[29] Fabrice Grenard, Une légende du maquis, op. cit., p. 141.
[30] Maquis de Corrèze, op. cit., p. 346.
[31] Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent : le Parti communiste français à la Libération, Paris, FNSP, 1993.
[32] SHD, 13 P, Corrèze, « consignes d’action du 15 août 1944 », R5/1/2/EM.
[33] Fabrice Grenard, Georges Guingouin, une légende du maquis, op. cit., p. 267 sqq.
[34] Mark Mazower, Dans la Grèce d’Hitler, 1941-1944, Paris, Les Belles lettres, 2002.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Fabrice Grenard, « Le PCF et les maquis » dans Histoire documentaire du communisme, Jean Vigreux et Romain Ducoulombier [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 3 mars 2017, n° 7, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Fabrice Grenard.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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