Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
UMR 7366 CNRS-uB
Territoires contemporains


Histoire documentaire du communisme
Front national de la Police : les noces éphémères
Christian Chevandier
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RÉSUMÉ

Alors que la « haine du flic » avait été dès l'origine un élément structurant de l'identité communiste en France, un mouvement communiste de Résistance propre aux policiers a rassemblé plusieurs centaines d'entre eux. Surtout présent dans la région parisienne, implanté dans la plupart des services de police et des commissariats du département de la Seine, il a joué un rôle important lors de l'insurrection parisienne d'août 1944. La mémoire en est pourtant bien faible, aussi bien au sein de la corporation policière que du parti communiste. C'est ce paradoxe qui est interrogé dans un texte qui se demande notamment par une approche prosopographique quelles spécificités pourraient éventuellement être cernées.

MOTS-CLÉS
Mots-clés : Front national de la police ; police ; Résistance ; Libération ; communisme
Index géographique : France
Index historique : xxe siècle ; Seconde Guerre mondiale
SOMMAIRE
I. Les antagonismes des années 1920 et 1930
II. Un mouvement communiste de la Résistance policière, un mouvement policier de la Résistance communiste
III. Mémoire défiante, mémoire défaillante

TEXTE

« J’ai consenti à beaucoup de choses pour le parti, mais ça, ce n’était pas possible ! » C’est un cri du cœur lors d’un entretien au début du xxie siècle avec l’auteur de la notice biographique le concernant [1]. Le résistant communiste René Gilli évoque la proposition de son ami Jean Gaudillat – un des responsables FTPF de Marseille au printemps 1944, membre de l’état-major des Forces républicaines de sécurité d’octobre 1944 à janvier 1945 avant de devenir un des responsables des Compagnies républicaines de sécurité du Midi – d’être son adjoint. Singulière scène, somme toute, où s’affrontent une culture politique et une stratégie, voire un projet politique, celui de mettre en place une police républicaine qui maintiendrait un ordre démocratique, car tel était bien le dessein de Raymond Aubrac lorsqu’il a créé ces unités de police mobiles. En France, plus que police et communisme, policiers et communistes ne font pas bon ménage. Le cas du Front national de la police en est d’autant plus singulier.

I. Les antagonismes des années 1920 et 1930

La construction de l’opposition entre ces deux groupes est très étayée. Après la Grande Guerre, dans un contexte bien plus large de violences politiques, la période gauchiste du parti communiste a exacerbé une opposition déjà loin d’être négligeable lorsque l’on prend en compte la part des antiautoritaires issus du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarchisme dans le nouveau parti français, qu’il serait fallacieux de ne concevoir que comme une scission de la SFIO. Ce n’est donc pas seulement au gré des inflexions idéologiques du PC que les relations conflictuelles ont tourné sur le terrain à la bagarre avec les forces de l’ordre, mais aussi par le rapport à leurs espaces, à leur espace commun plutôt, qu’entretenaient policiers et militants, en une culture viriliste qui peut rappeler les rapports au xxe siècle entre gendarmes ruraux ou îlotiers et bandes de jeunes gens aux limites (souvent internes) de la délinquance. Cette dimension est d’autant moins négligeable que les dirigeants du parti se sont hasardés parfois au jeu de l’insurrection, un peu ridicule sous la Troisième République, comme lorsque Benoît Frachon* se procurait une carte d’état-major de l’agglomération parisienne avec « les garnisons militaires et les casernes de la garde mobile » [2].

Dans l’entre-deux-guerres, à Paris, deux policiers sont morts en partie des suites de blessures reçues lors de rixes ; dans les deux cas, fort différents, des communistes étaient parmi les manifestants. L’événement le plus notable fut la mort du brigadier Lucien Maillard, en février 1927, après qu’il fut blessé par Jacques Doriot* lors d’une bagarre vers la rue de la Grange-aux-Belles le 12 octobre 1925 [3]. Cette échauffourée a contribué à la construction du personnage et son aura a perduré après son départ du PC. Drieu La Rochelle l’a évoqué « seul, ten[ant] tête à 200 policiers, fon[çant] dans le tas » [4]. Cet épisode fut ensuite pour le PCF un prétexte pour voir en son dissident un indicateur qui aurait négocié l’impunité contre des services [5]. Aucun policier, en revanche, ne fut tué par un manifestant lors des courantes bagarres entre policiers et militants d’extrême-droite. L’émeute meurtrière du 6 février 1934, à laquelle ont également participé des militants communistes de l’Association républicaine des anciens combattants, en a été le point d’orgue, puis des manifestations (où ont également péri des manifestants) d’une opposition de gauche à ce qui était présenté comme une tentative de coup d’État ont eu lieu ensuite. En une semaine, une trentaine de personnes furent tuées dans l’agglomération parisienne par la police qui ne déplora aucun décès dans ses rangs [6].

Le tournant du PC en 1934, la politique de Front populaire, sa victoire aux élections et l’absence d’affrontement lors des grèves du printemps et de l’été 1936 ont semblé apaiser les rapports. Pourtant, moins d’un an après la constitution d’un gouvernement de gauche, une manifestation qui dégénère a réactivé le souvenir de l’opposition entre les forces de l’ordre et la classe ouvrière. La tenue le 16 mars 1937 dans une ville communiste, Clichy, d’une réunion du Parti social français, qui avait été formé par le colonel de La Rocque après la dissolution en juin 1936 des Croix-de-feu, fut considérée comme un défi. Les organisations de gauche manifestèrent contre ce rassemblement qui, se tenant dans une salle privée, ne pouvait être interdit [7]. Des gardiens de la paix et des gardes républicains avaient été déployés pour éviter que les militants des deux camps ne s’affrontassent, mais le dispositif fut débordé, des coups de feu tirés [8]. Parmi les manifestants de gauche, cinq ouvriers furent tués et il y eut plus d’une centaine de blessés, beaucoup par arme à feu. Plus de 200 policiers et gendarmes le furent également ; deux ne survécurent pas à leurs blessures.

Je n’insisterai pas sur l’usage qui en était fait pour discréditer les opposants à la ligne du Parti communiste français, régulièrement accusés d’être des policiers, mais l’obsession de l’espionnage et du complot était assez partagée. Même le ministre socialiste de l’Intérieur Marx Dormoy* présenta dans un article de février 1938 « l’affaire de Clichy » comme une provocation du Comité secret d’action révolutionnaire, la « Cagoule » [9]. La défiance envers la police faisait partie de la culture communiste. Oscar Mériaux*, auquel son petit-fils Renaud Séchan a consacré une chanson, mineur de fond et militant communiste, rédigea pour le parti en 1932 des textes autobiographiques dans lesquels il déplorait avoir un frère « brigadier de police […] avec lequel d’ailleurs [il a] déjà eu maille à partir » ainsi qu’« un beau-frère flic à St-Denis » pour en conclure : « Avec l’un comme avec l’autre, j’ai toujours eu la haine qui ne peut manquer de s’exprimer de la part de tout exploité contre tout ce qui est soutien et force de protection du régime [10]. » La haine du flic était bien dans l’entre-deux-guerres un élément structurant de l’identité communiste et elle se perpétua lorsque, du fait de son soutien au pacte germano-soviétique, le PC fut l’objet de poursuites judiciaires.

Après la défaite, la confusion fut à son comble car, si l’État de Vichy s’acharnait sur les communistes, l’occupant se montra jusqu’en 1941 plus pusillanime et en libéra même un certain nombre [11]. Cela n’inhiba pas une certaine conscience de la part des policiers d’être, même en zone non occupée, au service des Allemands ni éventuellement ne les dissuada d’aider ceux qu’ils étaient chargés de pourchasser. C’est parce qu’il était considéré comme « communiste militant bien connu de la police parisienne » par une administration préfectorale peu au fait des subtilités du surréalisme que René Char subit en décembre 1940 une perquisition [12]. Un policier en civil qui contrôlait ses livres dissimulait le titre de ceux qui pouvaient sembler subversifs avant de prévenir subrepticement le poète : « Partez pendant qu’il est temps. Nous reviendrons dans quelques jours pour vous arrêter [13]. » Le tournant de juin 1941, s’il se révéla crucial pour les rapports déjà très dégradés du PCF avec l’occupant, fut donc très relatif pour la police française, ce qui permet aux communistes de présenter leur politique en une continuité (qui parfois remonte jusqu’en 1939, comme en témoigne la chronologie de certains ouvrages, articles, voire de plaques commémoratives). La répression contre la Résistance, et pas seulement contre la Résistance communiste quand bien même c’est celle-ci qui en fut la principale victime, était en partie le fait de la police française, particulièrement à Paris de policiers en civil des brigades spéciales des Renseignements généraux, créées en 1940 par la préfecture de police [14]. Il y aurait une étude à faire sur les auteurs des arrestations de résistants, en déterminant la part de la police de Vichy et celle de l’occupant (ainsi que, lors des derniers mois d’occupation, celle des différentes officines collaboratrices) ; il n’en reste pas moins que, dans le cas des résistants policiers, la plupart des arrestations furent opérées par les Allemands (du Sipo-SD mais aussi de l’Abwehr ou de la Feldgendarmerie).

Pour Vichy, ce fut une aubaine que cette opposition qui permettait de mieux mobiliser les policiers, notamment les troupes en uniforme, contre les communistes et l’ensemble de la Résistance. Quelques jours après le décès d’un agent novice mort de ses blessures après la riposte de résistants qui venaient de commettre un attentat au bureau d’embauche pour l’Allemagne de la rue Clisson et sur lesquels il avait tiré, le chef des policiers en uniforme du département de la Seine avait un argument facile pour les motiver : « Une lutte à mort est engagée entre le corps des gardiens de la paix et le parti du désordre [15]. » Cela explique également les réticences de jeunes communistes incités à noyauter les organes de répression. Quand les « copains » du « bataillon de la jeunesse » que dirige Albert Ouzoulias* suggérèrent au jeune postier Roger Belbéoch* d’entrer la police, il se récria : « Écoutez les gars, vous plaisantez ou quoi ? Après tous les coups qu’on a reçus ? Mais j’aurais honte de me regarder dans la glace si je devais entrer dans la police [16]. »

II. Un mouvement communiste de la Résistance policière, un mouvement policier de la Résistance communiste

Dès les premiers mois de 1943, trois mouvements de Résistance prirent de l’ampleur parmi les fonctionnaires de la préfecture de police. Ils regroupaient de nouvelles recrues, mais aussi des résistants qui avaient échappé au démantèlement d’organisations précédentes. Dans la plupart des professions qui se trouvaient au cœur du système d’oppression et de répression, actrices ou témoins, la Résistance chercha à recruter. L’historien François Marcot dénomme ce processus « fonctionnalité » [17], et c’est une des raisons pour lesquelles les policiers, comme les cheminots ou le personnel de santé, furent particulièrement sollicités et parfois appelés à rester à leur poste malgré d’indéniables risques. Il est bien sûr impossible de connaître avec précision le nombre des membres d’organisations qui se déployèrent dans un contexte de clandestinité : il n’y a pas eu de déclaration déposée en préfecture et la réalité des effectifs a évolué en fonction de nombreux critères. L’auteur d’un livre très informé paru quelques mois après la libération de Paris évaluait les trois mouvements de la Résistance policière parisienne à 1 500 membres pour Honneur de la police, 1 000 pour le Front national de la police et 200 pour Police et Patrie. « Aussi modestes que soient ces chiffres […], ils représentent plus du dixième des fonctionnaires de la préfecture de police et des gardiens de la paix [18]. » Ces trois mouvements s’inscrivaient dans un cadre plus large, qui dépassait la profession policière. Dans la mouvance du Mouvement de libération nationale, Honneur de la police était la principale organisation, la seule à avoir concerné une partie non négligeable de la hiérarchie policière, dont le commissaire Edmond Dubent, arrêté fin 1943, déporté, mort au camp de Dora. Le mouvement Police et Patrie fut créé par des résistants de Libération Nord et les socialistes y ont jouèrent un rôle réel.

Moins présent hors de la région parisienne, quand bien même l’on en trouve des membres à Vitré, Compiègne, Boulogne-sur-Mer, Nantes [19], le Front national de la police était l’une des organisations spécifiques du Front national (FN), créé par le parti communiste clandestin au milieu de l’année 1941 pour élargir le recrutement au-delà de ses militants. D’autres FN professionnels ont existé dans le milieu judiciaire, comme le Front national des juristes, actif à partir de l’automne 1942 et dont des membres participèrent avec les policiers dès le premier matin à l’insurrection d’août 1944 en investissant le Palais de Justice, sur l’île de la Cité [20]. L’on sait à quel point il est difficile de dater les premiers pas d’une organisation clandestine, mais il semble que dès le printemps 1942 il ait été question de mettre en place une branche du FN destinée aux policiers. Elle s’était d’abord intitulée « France combattante » mais ce n’est qu’un an plus tard qu’elle fut véritablement effective : d’après les documents de liquidation du mouvement, les premières activités du FN de la police datent du début de l’année 1943 [21]. Ses membres, qui se rencontraient avec régularité (parfois chaque semaine), faisaient le point sur leurs actions et s’initiaient à la clandestinité avec d’autant plus de prudence qu’ils étaient bien placés pour prendre conscience des menaces. Leur activité consistait en une propagande menée auprès de leurs collègues mais aussi au « sabotage contre l’ennemi et les collabos », c’est-à-dire une action de renseignement afin de prévenir d’autres résistants de ce qui se tramait à leur encontre. Serge Lefranc*, qui en fut un des dirigeants, témoigne dans un texte autobiographique paru un demi-siècle plus tard d’une implantation « dans les vingt arrondissements de Paris, dans les compagnies de circulation, au garage, à la musique, et jusqu’au judiciaire » [22] ; les archives à la disposition de l’historien le confirment.

Sur les 152 fonctionnaires de la PP tués en se battant contre les Allemands lors de l’insurrection et dont j’ai étudié le dossier, la part des membres d’organisations de Résistance qui y sont entrés avant le mois de mai 1944 est de 59 % [23]. Pour certains d’entre eux, le mouvement est précisé dans les documents. Honneur de la police a déploré la mort de 34 des siens et Police et Patrie celle de 2 policiers, tandis que 5 membres de réseaux ont été tués. Quatre membres (exclusifs) du Front national de la police ont trouvé la mort, deux gardiens de la paix, un brigadier et un ouvrier (des services techniques de la PP). Ce dernier a été victime d’un tir intempestif au moment de la descente des Champs-Élysées le 26 août dans l’après-midi ; il avait auparavant combattu aux côté des agents, notamment en défendant la porte de la caserne de la Cité qui donne sur le parvis de Notre-Dame, et participé à des expéditions menées contre des Allemands, dont l’attaque de péniches qui descendaient la Seine [24]. Parmi les autres membres connus du FN de la police morts ces jours-là, deux gardiens de la paix l’ont été en se battant, l’un pendant un accrochage avec des motocyclistes allemands et l’autre lors d’une bataille sur les toits d’un immeuble où avec quelques collègues il pourchassait des tireurs. Un brigadier du 19e arrondissement, arrêté par un barrage allemand place de la Nation, fut fusillé comme 13 de ses collègues au fort de Vincennes [25]. Parmi les autres suppliciés, un brigadier du 11 e arrondissement, ancien ajusteur à Decazeville, était sergent dans un groupe FTP et fut capturé en tentant avec des camarades (qui n’étaient pas policiers) de récupérer des armes au début de l’insurrection. Deux policiers tués, un brigadier d’une compagnie de circulation (un des bastions de la Résistance policière [26]) et un gardien de la paix du 11e arrondissement, furent à la fois (ou successivement) membres d’Honneur de la police et du Front national de la police, double appartenance significative d’un engagement à la fois d’opportunité (l’on résistait au sein du premier mouvement dans lequel on avait l’occasion d’entrer, et c’est ainsi que l’on a pu retrouver des policiers francs-maçons dans cette organisation pilotée par le parti communiste) mais aussi d’une synergie qui explique que des actions, comme la libération d’Airaud*, ont associé différents mouvements.

Mais il n’y avait pas que des policiers dans le FN de la police. Comme beaucoup de mouvements corporatifs, il admettait des membres d’autres professions. Parmi ceux du Front national de la police, un fort des halles fut mortellement touché le deuxième jour de l’insurrection vers l’église Saint-Eustache alors qu’il se trouvait au sein d’un groupe de gardiens de la paix. Plus significatif est le fait que les principaux dirigeants du FNP n’étaient pas policiers. Sous les pseudonymes de « Montigny », « Artur », « Poirrier », Arthur Airaud y joua un rôle décisif. Ancien combattant revenu de la Grande Guerre pacifiste et révolté, ce jeune paysan fut embauché en 1919 par une compagnie de chemins de fer. Communiste à partir de 1922, syndicaliste à la CGTU puis à la CGT après la réunification, il fit partie sous l’Occupation de la direction clandestine de la fédération syndicale des cheminots [27]. Puis ce sont ses rapports avec des policiers résistants l’ayant aidé dans le cadre de ses activités qui l’auraient conduit à être chargé en 1943 d’organiser le Front national de la police. Arrêté par les inspecteurs d’une brigade spéciale de la PP le 22 février 1944, il subit de la part des policiers français un interrogatoire si poussé qu’il fallut l’hospitaliser à la salle Cusco de l’Hôtel-Dieu, en face de la préfecture de police. C’est pour le délivrer qu’eut lieu le 3 juillet une opération spectaculaire [28]. Après son arrestation, le cheminot Airaud fut remplacé par le marchand de volailles Serge Lefranc (« Gérard »), ancien combattant de 1939-1940 plongé dans la clandestinité peu de temps après son retour à la vie civile, responsable interrégional du Front national depuis 1943, qui n’était donc pas, lui non plus, policier. En revanche, un adjoint de Lefranc, Léon Pierre (« Dupuy », « Dupuis », « Serge », « Nicolas »), dans la Résistance depuis 1941, ou Roger Herlaut qui joua un rôle important après l’arrestation d’Airaud, étaient bien gardiens de la paix, tandis que les cadres intermédiaires de l’organisation, au moins 117 responsables répartis dans les divers services parisiens, étaient policiers [29]. Les archives du dossier de liquidation du FNP indiquent qu’il était implanté parmi les gardiens de la paix dans la plupart des services, commissariats d’arrondissements et de communes de banlieue. Le fait que les principaux dirigeants n’étaient pas policiers n’en signe pas moins la défiance de la Résistance communiste envers le groupe social. Remarquons que c’est également, dans une moindre mesure, le cas de Police et Patrie, mais pas du principal mouvement, Honneur de la Police. Il est vrai que la hiérarchie policière se trouvait surtout présente au sein de la principale organisation, mais le commissaire Favart, d’Aubervilliers, était bien membre du FNP [30].

La question que l’on ne peut éviter de se poser est celle de leur activité professionnelle avant la Libération, c’est-à-dire lorsque leur administration était mise par Vichy au service de l’occupant. À l’évidence, ils n’ont pu que faire leur travail de policier, n’ont sans doute pas su éviter de participer aux rafles et à des arrestations d’opposants. Leurs dossiers témoignent d’un zèle dans les situations au cours desquelles ils sont au service de la population (comme les sauvetages à l’occasion des bombardements), mais dans les années 1940 des sanctions révèlent un mauvais esprit qui n’était pas le leur avant l’Occupation [31]. Nous savons à quel point il est par nature malaisé de cerner l’aide discrète apportée aux victimes de la persécution ou de la répression par ceux-là même qui en étaient chargés, et il est impossible de faire l’inventaire de la part des policiers ayant permis à des personnes poursuivies de s’échapper. Nous ne connaissons qu’un cas d’aide aux personnes considérées comme juives par les nazis apportée clandestinement et collectivement par l’ensemble d’un service de police [32], et nous savons qu’il est des cas où les policiers ont effectué leur tâche sans manifester de scrupules [33] ; nous connaissons le zèle criminel que d’autres, policiers [34] ou gendarmes [35], ont manifesté en telle situation. Mais il est indéniable que le secours apporté par certains policiers s’inscrit dans la common decency de la population française, révulsée par ces opérations [36] et qui a permis de sauver nombre de ces personnes que les nazis vouaient à la mort [37]. L’un des fusillés de Vincennes, membre du Front national de la police et résistant depuis au moins mai 1942, le brigadier Marius Démoulin, avait demandé à son épouse de prévenir des voisins qui auraient dû être arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv ; puis le couple les avait cachés une semaine à son domicile avant, en plus de son propre fils, de garder leur fille jusqu’à la fin de la guerre [38].

Tandis que la répression se faisait plus implacable, le débarquement en Normandie accéléra les processus d’opposition à l’occupant. À l’occasion des manifestations patriotiques du 14 juillet 1944, le FNP diffusa un tract : « Quelles que soient les circonstances, les policiers parisiens refuseront une fois de plus obéissance au tueur Darnand et à ses complices et feront cause commune avec l’immense majorité des Français restés dignes de ce nom [39]. » La perspective proche du combat décisif comme les risques accrus conduisit les 8 et 9 août des policiers à passer dans la clandestinité sur la consigne des différentes organisations de la Résistance (notamment du FNP) tout en conservant leur tenue et leur arme de poing alors que l’armement de la Résistance se révélait insuffisant. Le 13 août, le comité directeur du Front national de la police était en réunion dans un appartement du 13e arrondissement lorsqu’il apprit que les agents d’au moins deux commissariats de banlieue venaient d’être désarmés par les Allemands. Il décida sur-le-champ d’appeler à la grève pour le 15. Puis deux responsables du FNP partirent rencontrer un des dirigeants de Police et Patrie, qui approuva l’initiative. Lefranc sollicita également André Carrel*, membre du comité parisien de Libération en tant que représentant du Front national, qui, sans être enthousiaste, l’appuya : « Il faut bien dire qu’à l’époque, poser le problème d’une grève générale dans la police n’était évidemment pas quelque chose de courant. C’est donc après deux heures de réflexion que je lui ai répondu : “Pousse, pousse, pousse”. » Le matin du 14, dans le 3e arrondissement, les responsables des trois mouvements résistants policiers se réunirent pour la première fois, mirent sur pied le Comité de libération de la police et débattirent de la perspective de la grève. Le chef des FFI de la région, « Rol* », sollicité par le FNP, refusa d’abord de donner un avis avant de préciser : « Mais si vous décidez la grève, je vous appuie de toutes mes forces [40]. » Le 15 août, le mouvement se révéla un succès et la question se posa vite, dans un contexte insurrectionnel très perceptible dans la banlieue ouvrière, d’aller plus loin. Ce fut Honneur de la police qui en eut l’initiative, prenant de court les communistes en jouant sur le retard de transmission des informations inhérent aux précautions qu’ils prenaient, à tel point que Rol découvrit par hasard, au matin du 19, que la caserne de la Cité venait d’être investie par les agents insurgés. Il confia le commandement militaire de la défense du grand bâtiment de la préfecture de police à Jean Chassagnette, inspecteur principal adjoint d’une compagnie de circulation, dans la police depuis plus de 20 ans et très tôt militant du Front national de la police. Les semaines qui suivirent furent celles de l’épopée, les « beau[x] jour[s] de la police » comme devait le résumer l’un des acteurs un demi-siècle plus tard [41].

Avant même que les derniers Allemands ne se soient rendus, Arthur Airaud déclarait que « l’épuration dans la police sera[it] impitoyable » [42]. Les policiers du Front national jouèrent un rôle de premier plan dans l’épuration de l’administration policière, le groupe social des policiers ayant été le plus touché par les mesures aussi bien administratives que judiciaires entamées après la Libération [43]. Airaud, placé à la tête de l’Inspection générale des services de la PP fut nommé président de la commission d’épuration, tandis que le commissaire Auguste Lelièvre (dans la Résistance communiste dès octobre 1942, il fut responsable du FN pour la PJ et les RG et avait été arrêté par ses collègues en février 1944, puis délivré de la Santé lors des combats de la Libération) en était rapporteur et le commissaire Georges Clergeot (qui, après sa révocation en septembre 1941 pour son appartenance à la franc-maçonnerie, avait été responsable d’un groupe du FNP avant de devenir membre du réseau Zadig et de faire la liaison entre ces deux organisations) y joua un rôle essentiel et modérateur [44]. Tous avaient été confrontés à la répression : Airaud et Lelièvre furent tous deux arrêtés par les policiers des brigades spéciales de la préfecture de police et le fils de Clergeot avait été fusillé pour fait de Résistance. L’épuration ne fut pas négligeable et, contrairement à d’autres corporations, les sanctions frappèrent fort en haut de la hiérarchie. Un millier de gardiens furent révoqués, soit un sur 40, alors que ce fut le cas de plus d’un sur trois parmi le personnel de direction, un sur six parmi les commissaires, et que dix inspecteurs et commissaires, membres des brigades spéciales, furent passés par les armes à l’issue de la procédure judiciaire.

III. Mémoire défiante, mémoire défaillante

La période qui s’ouvrait fin août 1944 se révéla pour le moins complexe. La concurrence entre gaullistes, s’appuyant sur l’appareil d’État qu’ils contribuaient à renouveler, et communistes, qui ménageaient (sans aller très loin) la possibilité d’une situation de double pouvoir, prit fin trois mois plus tard lorsque Maurice Thorez revint de Moscou pour impulser la nouvelle politique (« Un seul État, une seule armée, une seule police. »). Il confirma ce tournant lors de la réunion du 12 février 1945 du comité central du PCF : « La sécurité publique doit être assurée par les forces régulières de police constituées à cet effet. » La dissolution des « groupements armés » par le Conseil des ministres le 28 octobre 1944, qui visait des organisations du PC (les Milices patriotiques notamment) était ainsi entérinée et la police acceptée comme seule force de maintien de l’ordre. Rien de surprenant alors à ce qu’Airaud ait participé en grand uniforme place de la Nation à la manifestation du Premier Mai 1945. Il est vrai que, dès le premier numéro de la nouvelle série, le 21 août 1944, les lecteurs de l’Humanité des années 1930 auraient eu de la peine à reconnaître leur journal, notamment l’éditorial où il était question du « beau mouvement de la police parisienne, les policiers cessant tout service à l’appel de leurs organisations de résistance, Front national de la police en tête. Le Comité parisien de libération a pu, avec juste raison, afficher sur les murs de Paris : “Policiers, nous sommes fiers de vous !” » C’est toujours dans l’éditorial que, le 22, l’on pouvait lire : « Il faut souligner ce fait que les agents de la Police parisienne se sont battus en héros, côte à côte avec les FTPF et les Milices patriotiques. Si des canailles sadiques ont torturé et tué les patriotes français dans les prisons et dans les camps, ont abattu nos militants dans la rue jusque dans les églises, la police parisienne, par son attitude en ces journées de lutte libératrice, s’est lavée de la souillure dont l’ont salie les policiers à la solde des Boches et obéissant aux ordres criminels des traitres Pétain, Laval, Darnand. » Le 23, il était question dans un article de « la courageuse police parisienne » et un autre avait comme titre « La belle attitude de la Police dans le 10e  ». Le 24, un titre annonçait : « Le CNR félicite les défenseurs de la Préfecture de Police », tandis qu’un article évoquait le « courage exemplaire de la valeureuse police parisienne et des forces FFI qui l’appuient », plaçant ainsi les insurgés en auxiliaires de la police. Le 25, Jacques Duclos développait : « La bataille du peuple de Paris contre les Boches a commencé par un magnifique mouvement de grève des cheminots […]. Et la police parisienne elle-même est entrée dans la grève [45]. » Marcel Cachin, cinq jours plus tard, insistait : « C’est la prise mémorable de la Préfecture de police par 4 000 agents courageux qui marqua la journée [du samedi 19 août]. Puissent toujours les hommes du peuple et les agents de la force publique se trouver du même côté de la barricade pour déjouer les menées des ennemis de la démocratie avec la même unanimité, la même abnégation, le même élan admirable ! » Quant à Georges Cogniot, il écrivait : « Le peuple de Paris sait qu’il peut compter sur la police municipale. La police s’est bien battue dans les journées glorieuses », tout en souhaitant des sanctions contre les hommes qui, « dans les rangs de la police […], sont des ennemis du peuple camouflés [46] ».

Même une résistante battue par les policiers des brigades spéciales (après avoir été torturée par la police allemande : les méthodes n’étaient pas semblables), témoignait à peine deux semaines après être sortie des geôles allemandes : « Les agents, eux, étaient très chics, très gentils [47]. » Les communistes ne percevaient alors plus les policiers comme des ennemis et esquissaient une autre approche de l’ordre public. Elle passait notamment par la mise en place d’unités mobiles de maintien de l’ordre, les Forces républicaines de sécurité [48], créées en Provence dès août 1944 par Raymond Aubrac. Pour les encadrer, il avait sollicité des officiers FFI sans passé policier, parmi lesquels des communistes, comme l’ouvrier mécanicien Fernand Barrat*, lieutenant-colonel FFI qui prit la direction des FRS d’Ollioules puis fut nommé le 1 er janvier 1945 commandant de la CRS 155. À Paris, les policiers résistants, dont certains furent promus, laissèrent de côté la spécificité de leur organisation d’origine, les trois mouvements de Résistance de la police se fondant pour former le Front unique des résistants de la préfecture de police dont les très riches archives ont été déposées au Musée de la Résistance nationale, à Champigny.

Vint, trois ans plus tard, la rupture de la guerre froide, qui dans la société française se manifesta lors des mouvements sociaux de l’automne 1947 qui commencèrent par une grève à Marseille au cours de laquelle les autorités s’inquiétèrent du peu d’enthousiasme des forces de police, notamment des CRS dont deux compagnies, celles de Marseille et d’Ollioules, furent désarmées puis dissoutes [49]. La violence des affrontements fit vite oublier la proximité des lendemains de la Libération et c’est durant ces mois-ci que le slogan « CRS=SS » fut crié, notamment par les mineurs du Nord qui savaient de quoi ils parlaient. Le climat de haine à l’égard des policiers permet de comprendre l’épisode tragique du sabotage d’une voie ferré dans le Nord, qui fit 16 victimes : le train qui dérailla avait été annoncé comme transportant des unités de maintien de l’ordre [50]. À la fin de l’année 1947 et au début de l’année 1948, les responsables policiers communistes furent écartés, Fernand Barrat révoqué et Arthur Airaud mis en disponibilité sans traitement (à l’âge de 52 ans, il reprit un emploi à la SNCF). L’opposition entre policiers et communistes pouvaient alors être rejouée ; elle connut son acmé lors de la manifestation du 28 mai 1952 contre la venue à Paris du général américain Ridgway [51]. La mémoire de la Résistance policière communiste est dès lors restée très partielle, construite en fonction des oppositions du moment. Ainsi, les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’épuration de la police parisienne, la légalité douteuse de certaines démarches, le fait que de nombreuses injustices aient été commises à cette occasion ont souvent été mis en avant par les policiers qui évoquent cette période et cela constitue un argument pour discréditer les communistes. Certes, quelques-uns d’entre eux demeuraient bien dans la police, mais ils devaient se montrer fort discrets, à tel point que leur existence même inquiétait : c’est parce qu’une couronne avait été déposée au monument aux morts de la cour de la préfecture de police avec le bandeau : « Offert par des policiers communistes » que le gouvernement proposa en avril 1951 une autre fonction au préfet de police Roger Léonard [52].

Lorsque le leader socialiste Daniel Mayer, secrétaire général du parti socialiste clandestin et membre du CNR, a écrit dans les années 1960 Les socialistes dans la Résistance, il a abordé la question de la police, particulièrement le rôle du mouvement Police et Patrie. Percevant l’histoire à l’aune des années de rédaction, il sous-estima les effectifs du Front national de la police et considéra contre toute évidence que les rapports entre le FNP et les deux autres mouvements étaient exécrables [53]. L’absence de mémoire communiste de ces policiers, de ses policiers, est de son côté impressionnante, tant elle correspond à une construction politique qui pourrait sembler quelque peu désuète. Pour ne prendre qu’un exemple, lorsque j’ai publié Été 44, l’insurrection des policiers de Paris, le périodique d’une association d’anciens résistants communistes aurait pu y trouver d’abord le fait que le parti a joué un rôle important dans la Résistance et l’insurrection, à tel point qu’il était présent et actif parmi les policiers insurgés. Le rédacteur du compte rendu a cru bon de souligner qu’il n’était pas convaincu du « patriotisme d’individus d’autant plus résistants en 1944 qu’ils ne le furent pas avant et avaient tant de choses à se faire pardonner » [54], reprenant avec un changement de date le reproche de l’entrée tardive du Parti communiste dans la Résistance. Au demeurant, c’était la principale préoccupation de l’ouvrage que de comprendre comment des policiers que Vichy avait mis au service de l’occupant ont pu se battre contre les Allemands au prix de leur vie.

 

La mémoire est demeurée bien peu vive du Front national de la Police. Les communistes l’ont évacuée, ceux qui s’intéressent à l’histoire au sein de la corporation ont insisté sur le caractère exogène des dirigeants, voire sur leur rôle dans une épuration qui s’est vite emballée. Mais cette occultation est en elle-même un discours. S’ils ne furent pas les seuls, policiers et communistes ont eu au sein de la Résistance des rôles cruciaux qu’une réciproque animosité rend d’autant plus intéressants. Les uns comme les autres ont manifesté le patriotisme qui était celui de la population française qui, très vite, a marqué son hostilité à Vichy [55], mais tous devaient se faire pardonner la faute originelle de ceux qui les dirigeaient, le choix de la collaboration par un régime installé par la défaite qu’a si bien relayé la hiérarchie policière, mais aussi le pacte germano-soviétique à l’origine d’un des nombreux virages du PCF. Dans les deux cas également, la très forte acceptation de l’autorité hiérarchique, au moment le plus fort de ce que l’historien Yves Cohen a caractérisé comme le « siècle des chefs » [56], a marqué un groupe professionnel dont la culture de l’obéissance est consubstantielle et un groupe de militants pour lequel le parti ne pouvait être qu’infaillible. En une subtile alchimie, tout s’est conjugué pour qu’apparaisse incongrue l’existence d’un mouvement policier de la Résistance communiste et disparaisse son souvenir.

Mais ces policiers étaient-ils différents des autres policiers ? Étaient-ils différents des résistants communistes ? Entrés dans la police aux environs de l’âge de 24 ans [57], les membres du FN de la police morts lors des combats de la Libération avaient donc eu une vie active pendant une dizaine d’années avant de rejoindre les rangs des forces de l’ordre. Plusieurs avaient été ouvriers (tourneur, ajusteur, ouvrier du cuir), employé aux écritures ou agriculteur (l’un d’eux quittant l’école à 12 ans pour la ferme alors que son père était dans les tranchées). Comme leurs collègues tombés ces jours-là, ils venaient de tout le pays. Le corpus est trop réduit pour que l’analyse quantitative ne soit pas biaisée, mais le caractère peu atypique de ces hommes comparés à l’ensemble des leurs collègues n’en est que plus significatif. Or, les policiers parisiens de 1944 sont des citoyens dont les caractéristiques démographiques et économiques ne les distinguent pas vraiment des milieux populaires parisiens. Somme toute, c’est le même peuple qui, dans les rangs de la police comme dans ceux des autres FFI, s’est levé contre l’occupant. Tous partageaient une culture virile qui faisait qu’on se bat ordinairement à coups de poings, et le fait qu’ils se trouvèrent côtes-à-côtes dans les combats d’août 1944 conduit à poser en d’autres termes les farouches rapports qu’ils entretinrent. Et peut-être se demander si, plutôt que d’opposition, il ne serait pas opportun de parler de concurrence.

AUTEUR
Christian Chevandier
Professeur des universités
Université du Havre, IDEES-UMR 6266

ANNEXES

NOTES
[1] Pour la biographie des militants signalés par un astérisque dans cet article, voir le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (DBMOF). En ligne : http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/.
[2] Jan Valtin, Sans patrie ni frontière, Paris, Jean-Claude Lattès, 1975, p. 469.
[3] Voir son dossier individuel de Archives de la préfecture de police de Paris (APPo), carton VDD/Ma ; rien ne permet d’avoir une certitude sur le rapport entre les coups au bas-ventre qu’il a reçus et la maladie de la vessie dont il est mort.
[4] Pierre Drieu La Rochelle, Doriot, ou la vie d’un ouvrier français, Paris, Éditions populaires françaises, 1936, p. 20.
[5] Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, Paris, Balland, 1986, p. 65-67.
[6] Pierre Pélissier, 6 février 1934, Paris, Perrin, 2000 ; pour une mise en perspective des massacres de 1934, 1953, 1961 et 1962 à Paris, voir Christian Chevandier, Policiers dans la ville. Une histoire des gardiens de la paix, Paris, Gallimard, 2012, p. 682-719.
[7] Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France 1918-1968, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 424-426.
[8] L’historien parvient rarement à établir d’où sont partis les premiers tirs. Sur un tout autre événement, voir Guy Pervillé, Oran, 5 juillet 1962. Leçons d’histoire sur un massacre, Paris, Vendémiaire, 2014.
[9] Le Combat social de l’Allier, 27 février 1938.
[10] RGASPI 495/270/1260 ; Régis Chevandier, Renaud, foulard rouge, blouson de cuir, etc. Construction d’un personnage social, Paris, L’Harmattan, 2007.
[11] Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, Paris, Éditions de l'Atelier, 2006.
[12] Note du chef de cabinet du préfet du Vaucluse, 27 février 1941, citée par Antoine Coron (dir.), René Char, Paris, Bibliothèque nationale de France-Gallimard, 2007, p. 71.
[13] Laurent Greilsamer, L’éclair au front. La vie de René Char, Paris, Fayard, 2004, p. 145.
[14] Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski, « La police parisienne face à la lutte armée (1941-1944) », dans Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski (dir.), Pouvoirs et polices au xxe siècle, Bruxelles, Complexe, 1997, p. 137-176.
[15] Ordre du jour du directeur de la police municipale de la préfecture de police Paris, 5 août 1942.
[16] Roger Belbéoch, Je n’ai fait que mon devoir. 1940-1944 : un Juste dans les rangs de la police, Paris, Robert Laffont, 2007, p. 63.
[17] François Marcot, « Pour une sociologie de la Résistance : intentionnalité et fonctionnalité », Antoine Prost (dir.), La Résistance. Une histoire sociale, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997, p. 21-34.
[18] D’après Adrien Dansette, qui est prudent (« il semble que »), Histoire de la libération de Paris, Paris, Fayard, 1946, p. 64.
[19] Ainsi, Luc Rudolph, qui y consacre plusieurs pages et de nombreuses mentions dans son livre sur la police parisienne, met en évidence une place moindre en province dans Policiers contre Policiers 1940-1945. Gestapo et Cie contre Police Nationale, Paris, Éditions FPE, 2015.
[20] Sur la Résistance en milieu judiciaire, voir Liora Israël, Robes noires, années sombres. Avocats et magistrats en résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Fayard, 2005.
[21] Sur le FN de la police, voir Luc Rudolph, Policiers rebelles. Une Résistance oubliée : la Police parisienne, Paris, Éditions SPE, 2014, p. 93-114.
[22] Serge Lefranc, La Longue Route, Étampes, chez l’auteur, 1993, p. 82.
[23] Croisement des dossiers des victimes du devoir des APPo (qui comportent parfois la mention de l’appartenance à un réseau ou à un mouvement) avec le Fond FURPP du MNR et les archives du bureau « Résistance et Seconde Guerre mondiale » du Service historique de la Défense.
[24] APPo, note du directeur du personnel, 9 octobre 1944.
[25] Plus de 50 policiers parisiens ont été victimes ces jours-là d’exécutions extra-judiciaires, soit un tiers des victimes des combats.
[26] Parmi les gardiens d’une compagnie de circulation qui ont combattu les nazis, Émile Le Pen, membre du Front national de la police, dirigea lors de l’insurrection le groupe de FFI « du Pont-Neuf ». Il a ensuite, en dépit des consignes de son administration, poursuivi le combat au sein des FFI et fut tué en septembre par les Allemands. En absence irrégulière, il fut placé en congé sans traitement ; lorsque la préfecture de police apprit les circonstances de sa mort, elle le réintégra très vite.
[27] Sans que cela semble assez notoire pour lui valoir une notice dans le DBMOF spécifique des cheminots. En revanche, la biographie dans le DBMOF en ligne est illustrée par son portrait en uniforme d’inspecteur de la préfecture de police.
[28] Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers parisiens, Paris, Vendémiaire, 2014, p. 27-28.
[29] Liste nominative établie en décembre 1946, Carton 25, MRN, fonds du Front unique des résistants de la préfecture de police.
[30] Luc Rudolph, Policiers rebelles, op. cit., p. 97 ; il fut révoqué en septembre 1942 puis réintégré à la Libération.
[31] On retrouve ces caractéristiques dans des dossiers de policiers résistants – y compris bien sûr d’autres organisations –, mais pas dans ceux de leurs collègues qui n’ont pas eu de tels engagements.
[32] Jean-Marie Muller, Désobéir à Vichy. La résistance civile des fonctionnaires de police, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1994.
[33] Nicolas Mariot et Claire Zalc, Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre, Paris, Odile Jacob, 2010.
[34] Sur Louis Sadosky, le tortionnaire qui dirigea le « rayon juif » des Renseignements généraux de la Préfecture de police, Louis Sadosky  (présenté par Laurent Joly), Berlin, 1942. Chronique d’une détention par la Gestapo, Paris, CNRS Éditions, 2009.
[35] Didier Epelbaum, Obéir. Les déshonneurs du capitaine Vieux, Drancy 1941-1944, Paris, Stock, 2009.
[36] Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy, Paris, Seuil, 2001.
[37] Jacques Sémelin, Persécutions et entraides dans la France occupée. Comment 75 % des Juifs en France ont échappé à la mort, Paris, Seuil-Les Arènes, 2013.
[38] Luc Rudolph, Policiers rebelles, op. cit., p. 222.
[39] Tract « 14 juillet 1944 » du Front national de la police, MRN.
[40] Christine Lévisse-Touzé (dir.), Paris 1944. Les enjeux de la Libération, Paris, Albin Michel, 1994, p. 261 et p. 192.
[41] Sur la police parisienne en août 1944, voir Christian Chevandier, Été 44, op. cit.
[42] Ce Soir, 25 août 1944.
[43] Jean-Marc Berlière (en coll. avec Laurent Chabrun), Les policiers français sous l’Occupation d’après les archives inédites de l’épuration, Paris, Perrin, 2001.
[44] Luc Rudolph, Policiers rebelles, op. cit., p. 98-99 et p. 105-106 ; Lelièvre et Clergeot furent nommés commissaires divisionnaires en 1944.
[45] « Paris se bat », L’Humanité, 25 août 1944.
[46] Pour une approche plus large de la libération de Paris, Christian Chevandier, La libération de Paris. Les acteurs, les combats, les débats, Paris, Hatier, 2013.
[47] Madeleine Riffaud dans un article de Claude Roy, « Une petite fille aux joues rondes et aux yeux noirs », Action, n° 1, 9 septembre 1944.
[48] Robert Mencherini, La Libération et les années tricolores (1944-1947). Midi rouge, ombres et lumières, tome 4, Paris, Syllepse, 2014, p. 123-124.
[49] Robert Mencherini, Guerre froide, grèves rouges. Parti communiste, stalinisme et luttes sociales en France. Les grèves « insurrectionnelles » de 1947-1948, Paris, Syllepse, 1998 ; Maurice Agulhon et Fernand Barrat, CRS à Marseille, 1944-1947, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1971.
[50] Christian Chevandier, Cheminots en grève, ou la construction d’une identité (1848-2001), Paris, Maisonneuve et Larose, 2002, p. 255-257.
[51] Michel Pigenet, Au cœur de l’activisme communiste des années de guerre froide. « La manifestation Ridgway », Paris, L’Harmattan, 1992.
[52] Gérard Monate, Flic ou gardien de la paix ?, Paris, Seuil, 1980, p. 26.
[53] Daniel Mayer, Les socialistes dans la Résistance, Paris, PUF, 1968, p. 126-127.
[54] Le Patriote, novembre 2014.
[55] Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Paris, Bayard, 2011.
[56] Yves Cohen, Le Siècle des chefs. Une histoire transnationale du commandement et de l’autorité (1890-1940), Paris, Amsterdam, 2013.
[57] Moyenne et médiane.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Christian Chevandier, « Front national de la Police : les noces éphémères » dans Histoire documentaire du communisme, Jean Vigreux et Romain Ducoulombier [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 3 mars 2017, n° 7, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Christian Chevandier.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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