Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Territoires contemporains


Ces femmes qui refusent d’enfanter
Infécondité féminine en Russie : projet de vie et de couple sous tension
Veronika Kushtanina
Résumé | Mots-clés | Sommaire | Texte | Auteur | Annexes | Notes | Références | Outils
RÉSUMÉ
Dans le contexte d’une fécondité basse depuis le début des années 1990 et d’un renouveau des politiques pro-natalistes depuis le milieu des années 2000 en Russie, l’infécondité des femmes constitue à la fois un phénomène croissant et à contre-courant. J’analyse l’infécondité non liée aux causes médicales comme un projet de vie (les enquêtées sont encore en âge reproductif), tout d’abord à travers les représentations des conséquences de la maternité éventuelle. En effet, paradoxalement, même les femmes n’ayant pas l’intention de devenir mères supposent que la naissance d’un enfant aurait des répercussions existentielles positives sur leur vie. En revanche, les femmes ayant un projet non-procréatif supposent des conséquences néfastes de la maternité sur leur carrière et la possibilité de disposer de leurs temps. Ensuite, je propose de saisir le projet de non-fécondité à travers le couple et j’observe que certaines femmes ayant un projet de non-fécondité ont atteint très vite un consensus avec leur conjoint à ce sujet, tandis que d’autres déploient des tactiques et des stratégies pour repousser les négociations autour de la fécondité. Enfin, du point de vue des temporalités biographiques, un projet de conception repoussé semble bien fragile car d’une part les données montrent une difficulté générale de projection au-delà d’un avenir proche, et d’autre part le projet d’enfant est plafonné par l’âge – les représentations de l’âge de fécondité et l’âge de la retraite (dont il faut déduire le temps de l’éducation).
MOTS-CLÉS
Mots-clés : infécondité sociale (non-fécondité) ; parcours de vie ; projet de vie ; négociations conjugales ; Russie post-soviétique
Index géographique : Russie
Index historique : Russie post-soviétique
SOMMAIRE
I. Introduction
II. Injonctions contradictoires : carrière et famille
1) Représentations des effets de la maternité
2) Maternité vs carrière
II. Projet de non-fécondité au prisme du couple : parcours et négociations conjugaux
1) Parcours et projets conjugaux
2) Consensus non-procréatif
3) Moratoires sur la fécondité : tactiques et stratégies
III. De la perspective temporelle
1) Intentions reproductives et âge
2) Horizon d’attente limité
V. Conclusion

TEXTE

I. Introduction

L’infécondité représente un phénomène croissant en Russie. La descendance finale des femmes nées à la fin des années 1950 révèle que 10 % d’entre elles n’ont pas eu d’enfant [1]. Les générations suivantes ont approfondi cette tendance à tel point que les dernières données de fécondité font anticiper une descendance finale sans enfant pour 17 % des femmes nées dans les années 1980 [2].

Ce phénomène ne doit pas être mis au compte d’une infertilité (l’incapacité biologique d’engendrer), mais doit plutôt être regardé comme un fait social. C’est ce que tendent à montrer les données de la première vague de Generations and Gender Survey (2004) : parmi les femmes en âge reproductif désirant un enfant, seules 1,9 % ne sont pas sûres de pouvoir en avoir [3]. L’infécondité en Russie représente donc un phénomène largement social.

La perspective temporelle s’impose pour saisir le phénomène d’infécondité, ceci pour au moins trois raisons.

Tout d’abord, les intentions de (non-)fécondité sont connues pour évoluer au fil du temps. Ainsi, une étude longitudinale a révélé qu’un quart d’un échantillon d’Américains âgés de 19 à 39 ans sans enfant a changé ses intentions reproductives en espace de 6 ans. 16 % de ceux qui pensaient initialement avoir un enfant ont décidé de rester inféconds, et inversement 62 % de ceux qui envisageaient de demeurer sans enfant soit ont eu un enfant, soit avaient l’intention d’en avoir un en seconde vague [4]. De manière similaire, parmi les 30 entretiens réalisés (par la méthode de la « boule de neige »), mon équipe a rencontré deux cas pressentis pour cette recherche qui, le temps de prendre contact pour un entretien, ont cessé de faire partie de l’objet de cette étude. Il semble donc indispensable d’inscrire les intentions de (non-)fécondité dans le temps biographique.

En outre, ce temps biographique comprend trois versants – le passé, le présent et l’avenir, les trois étant articulés entre eux [5]. Ainsi, la taille de la descendance et le nombre d’enfants souhaités sont en partie liés à la taille de la fratrie d’origine [6]. J’utiliserai donc le binôme conceptuel de Reinhard Koselleck : « expérience » qu’il définit comme « passé actuel » et « attente » définie comme « futur actualisé » [7].

Enfin, la « police des âges » (Percheron, 1990) concerne avant tout les calendriers reproductifs [8]. L’article analysera donc l’infécondité au prisme du parcours de vie, en définissant ce dernier comme le cheminement d’une vie concrète (une séquence d’étapes et d’âges) d’une part, et comme les « modèles socioculturels qui organisent la trajectoire de la vie des individus dans une société et une période historique données » [9], d’autre part.

Dans cet article, je tenterai de saisir comment se construit un parcours de vie sans enfant pour les femmes en Russie post-soviétique. Je chercherai ainsi à comprendre les intentions de non-fécondité à partir des projets de vie et de couple, inscrits dans le temps biographique. Mon propos sera organisé en trois temps. Tout d’abord, j’analyserai les injonctions auxquelles sont soumises les femmes russes en âge reproductif et leur façon de gérer ces injonctions. Ensuite, je montrerai comment les intentions de non-fécondité s’inscrivent dans un parcours conjugal et se négocient ou pas au sein du couple. Enfin, je m’arrêterai sur la question du temps biographique : à travers le temps de parcours de vie et plus particulièrement des âges.

Méthodologie

Cet article s’appuie sur une recherche conduite en 2012-2013, à travers une double méthodologie. D’une part, des entretiens biographiques ont été effectués avec des hommes et des femmes qui n’avaient pas d’enfant et déclaraient ne pas avoir l’intention d’en avoir [10]. D’autre part, j’ai réalisé des analyses statistiques à partir du volet russe de la première vague de Generations and Gender Survey (GGS, ERFI en France), enquête internationale s’appuyant sur un échantillon de plus de 10 000 personnes, représentatif de la population âgée de 18 à 79 ans.

Pour cela, j’ai extrait de la base de données GGS un sous-échantillon de personnes âgées de 25 à 49 ans [11]. En ce qui concerne les entretiens, je m’appuierai sur les données biographiques recueillies auprès des femmes (12) et des hommes (7) âgés de 27 à 43 ans. Le terrain qualitatif a été construit par la méthode de la « boule de neige », d’où ce biais : il est composé de Moscovites diplômé-e-s du supérieur [12]. Malgré l’homogénéité apparente, ces récits comportent une diversité des parcours de formation (niveau bac +5 obtenu dans des universités de renommée variée, études de médecine, doctorat), des parcours professionnels (interprétariat, carrière ascendante dans le secteur privé, exercice d’un métier passionnant mais faiblement rémunéré dans le secteur public), des parcours conjugaux (mariage, union libre, couple non-cohabitant, absence d’expérience de conjugalité) ainsi que des parcours résidentiels (environ la moitié du corpus n’est pas native de Moscou).

II. Injonctions contradictoires : carrière et famille

En Russie post-soviétique, les questions de genre représentent un paysage plutôt contradictoire. D’une part, l’héritage soviétique des normes d’égalité des sexes et des femmes au travail se heurte aux politiques familiales « néo-familialistes » mises en place depuis le milieu des années 1980, incitant les femmes à interrompre leur carrière pour élever les enfants [13]. D’autre part, ces politiques conçues comme pro-natalistes [14] ont été mises en place dans un contexte de forte réduction de l’offre des modes de garde [15] et de fragilisation des parcours conjugaux [16].

Contexte démographique et politiques pro-natalistes en Russie post-soviétique

Si les politiques conçues comme pro-natalistes datent en Russie de l’époque soviétique [17], elles se renouvellent face à la situation démographique : depuis 1992, la population de la Russie décroît car la natalité diminue et la mortalité augmente [18]. L’indicateur conjoncturel de la fécondité descend en-dessous de 2 enfants par femme au début des années 1980 et oscille entre 1,2 et 1,4 dès le début des années 1990 et jusqu’en 2006 ; depuis, l’indicateur a augmenté sans pour autant atteindre le niveau de 1,8 enfant par femme en âge fertile [19].

En 2007, débute un nouveau dispositif proposant une somme conséquente (nommée « le capital maternel », équivalent d’environ 7 000 euros) dont peut bénéficier une fois toute femme pour la naissance d’un deuxième enfant ou plus, pour un achat immobilier, pour le financement des études des enfants, ou bien comme fond de pension pour elle-même [20]. En outre, cette mesure est accompagnée d’une campagne publicitaire massive vantant les joies de la maternité [21].

1) Représentations des effets de la maternité

Dans l’échantillon général de GGS (18-79 ans), on note une forte injonction à la fécondité : 85,5 % des répondants sont d’accord avec l’avis que « pour s’épanouir, une femme doit avoir des enfants » [22]. Cette opinion est affirmée même par la majorité (64,8 %) des femmes qui a priori dérogent à cette injonction – elles sont en âge de fécondité (25-49 ans) sans enfant et déclarent qu’elles n’ont pas d’intention d’en avoir. Cette injonction à la féminité épanouie acquise par l’intermédiaire de la maternité se heurte cependant aux représentations des autres conséquences supposées de la maternité.

Les données quantitatives révèlent des clivages importants, dans les représentations des changements éventuels liés à une naissance, entre les femmes avec enfant, les femmes sans enfants qui ont un projet de devenir mère et enfin celles qui ont un projet de non-fécondité [23]. Les femmes qui ont déjà des enfants sont celles qui prévoient le moins de changements dans leur vie si elles en ont encore un.

Les femmes sans enfant qui espèrent devenir mère un jour s’attendent à davantage d’effets positifs que celles qui n’envisagent pas de le devenir (cf. tableau 1). Ainsi, les premières pensent que la maternité pourrait consolider les relations avec leur entourage proche (leur conjoint (63,7 %) et leurs parents (62,7 %)) et avoir des retombées existentielles positives. Elles s’attendent à ce que la naissance d’un enfant leur apporte joie et satisfaction dans la vie (77,3 %), certitudes dans la vie (74,3 %) et leur assure soin et sécurité pour leurs vieux jours (82,4 %). On retrouve ici l’idée que dans une société où les liens conjugaux sont fragiles, ce sont les liens intergénérationnels qui deviennent les « lieux de permanence » [24] ; la naissance du premier enfant peut donc être perçue comme un investissement à long terme qui renforce le lien entre générations et donne une forme de sécurité à un parcours qui risquerait d’être précaire. Enfin, ce groupe de femmes semble être le plus sensible par rapport au regard que les autres portent sur elles : 60,0 % pensent que la maternité pourrait améliorer l’avis de leur entourage sur elles-mêmes (contre 25,8 % des femmes qui ont l’intention de non-fécondité).

Tableau 1. Représentations des potentiels effets positifs [25] de la naissance d’un enfant dans les 3 ans à venir chez les femmes âgées de 25 à 49 ans (GGS)
A un/des enfant/s (en %) Pas d’enfant, mais intention d’en avoir (en %) Pas d’enfant et pas l’intention d’en avoir (en %)
Joie et satisfaction que vous procure la vie 31,1 77,3 48,6
Vous sentir proche de votre conjoint 27,7 63,7 32,0
Vous sentir proche de vos parents 20,8 62,7 24,0
Certitude dans votre vie*  [26] 32,8 74,3 48,6
Aide et soutien quand vous serez âgé* 50,0 82,4 60,4
Opinion que votre entourage a de vous 12,7 60,0 25,8

Cependant, les données de GGS montrent aussi qu’une partie des femmes sans enfant qui n’ont pas d’intention d’en avoir supposent elles aussi que la maternité serait porteuse de changements positifs. La majorité d’entre elles pensent que la maternité pourrait assurer soin et sécurité pour leurs vieux jours (60,4 %), et presque la moitié (48,6 %) que la naissance d’un enfant leur donnerait joie et satisfaction ainsi que certitude dans la vie. Presque un tiers de ces femmes suppose que l’arrivée d’un enfant pourrait les rapprocher de leur conjoint et presque un quart, de leurs parents. Comment alors expliquer le fait que ces femmes n’envisagent pas de devenir mères ?

2) Maternité vs carrière

En même temps, en fonction de leur projet reproductif les femmes sans enfant ne voient pas de la même façon les risques pour leur carrière, leur situation financière et les possibilités de disposer de leur temps (cf. tableau 2). Parmi celles qui envisagent de devenir mère un jour, une moitié environ voit la maternité éventuelle comme un risque tandis que l’autre pense que celle-ci n’entraînerait aucun changement négatif, voire pourrait améliorer la situation sur ces trois aspects. Les femmes qui ont l’intention au contraire de demeurer sans enfant tendent à penser que la maternité dégraderait leur situation financière (82,3 %), leurs perspectives professionnelles (81,5 %) ainsi que la possibilité de faire ce qu’elles souhaitent au quotidien (82,8 %).

Tableau 2. Représentations de potentiels effets négatifs [27] de la naissance d’un (autre) enfant dans les 3 ans à venir des femmes âgées de 25 à 49 ans (GGS)
A un/des enfant/s (en %) Pas d’enfant, mais intention d’en avoir (en %) Pas d’enfant et pas d’intention d’en avoir (en %)
Situation financière 78,8 46,7 82,3
Vos perspectives professionnelles 75,7 48,0 81,5
Pour pouvoir faire ce que vous voulez au quotidien 69,6 50,7 82,8

Parmi les interviewées dans ce groupe d’âges, on retrouve la figure de la « femme orientée sur la carrière » [28] : « La perspective de rester sans carrière mais avec un enfant ne m’enchante guère. Je veux m’investir dans la carrière, l’autoréalisation » (Vera, 26 ans, enseignante, union libre). Ces récits relatent une implication plutôt extrême dans la carrière professionnelle ne laissant littéralement pas de place pour la famille et particulièrement pour les enfants. C’est une question de temps et de ressources physiques puisque pour certaines de ces femmes, même la sociabilité est réduite au domaine professionnel. D’autres aspirent particulièrement au succès, symbolique et financier.

La maternité est vue par ces femmes comme absolument impossible dans le cadre de ce mode de vie, que les narratrices n’ont aucune intention de changer (travailler moins ou voyager moins) :

J’ai calculé : l’année dernière, j’ai cumulé 35 jours de repos non utilisés. On travaille le week-end, on travaille tard le soir. C’est la vie. On est habitué à cette vie. À propos des enfants, on n’y pense même pas. On est là du lundi au dimanche, du matin au soir. On vit là-bas, on s’amuse là-bas, on fait la fête là-bas, on picole là-bas, on n’a plus de vie ailleurs. (Marina, 28 ans, cadre dans une agence publicitaire, couple non-cohabitant.)

Ce sont d’ailleurs les femmes fortement diplômées qui sont d’une part moins nombreuses à avoir déjà des enfants et d’autre part plus nombreuses à affirmer un projet de non-fécondité (chez les hommes la tendance est inverse).

Tableau 3. Situation vis-à-vis de la fécondité selon le niveau de diplôme (femmes de 25 à 49 ans)
Niveau de diplôme Pas d’enfant et pas d’intention d’en avoir (en %) Pas d’enfant, mais intention d’en avoir (en %) Ont un/des enfant/s (en %) Total (en %)
Inférieur au secondaire 4,2 2,5 93,3 100,0
Secondaire 3,9 3,4 92,6 100,0
Supérieur 6,2 7,5 86,3 100,0
Total 5,1 5,4 89,4 100,0

Les récits biographiques, recueillis auprès de femmes diplômées en âge de fécondité, révèlent des tensions importantes entre l’injonction sociale à devenir mère et le souci de préserver à la fois leur carrière et leur indépendance et l’égalité au sein de leur couple. Dans un contexte de forte division du travail genrée dans les couples avec enfants [29] et de grande fragilité des parcours conjugaux, ces femmes, quasiment toutes en couple, affirment avoir besoin d’une indépendance financière et donc professionnelle.

On voit ainsi que les intentions reproductives sont liées à un ensemble de représentations des conséquences de la maternité éventuelle. Pour les femmes qui n’ont pas l’intention d’avoir d’enfant, la maternité serait peu porteuse de changements positifs, mais davantage créatrice de risques.

III. Projet de non-fécondité au prisme du couple : parcours et négociations conjugaux

Du point de vue du modèle de famille nécessaire pour avoir un enfant, les femmes russes sont également soumises à des injonctions contradictoires. D’une part, dans la population générale (18-79 ans), on observe un consensus concernant l’affirmation « une femme peut avoir un enfant et l’élever seule si elle n’a pas envie d’avoir une relation stable avec un homme » : 72,9 % sont d’accord (« plutôt d’accord » ou « d’accord »). D’autre part, l’avis « pour grandir en étant heureux, un enfant a besoin d’un foyer avec un père et une mère » fait l’objet d’un consensus encore plus large : 95,1 %. Le fait d’être en couple ou pas n’a cependant pas d’effet statistiquement significatif sur les intentions reproductives des femmes âgées de 25 à 49 ans sans enfant.

1) Parcours et projets conjugaux

Parmi nos interlocutrices, une seule femme n’a connu aucune relation plus ou moins durable. Les autres femmes ont connu plusieurs relations et sont pour la plupart en couple au moment de l’entretien (9 sur 12, dont 3 mariées). Ces femmes en âge reproductif ayant répondu à l’appel à témoins se désignent donc comme « volontairement infécondes » [30], hormis Oksana (42 ans, chargée de communication) qui n’a jamais été en couple et explique que vu son âge, il est peu probable qu’elle se mette en couple et ait un enfant.

Presque tous les autres entretiens font référence à la norme sociale de division genrée du travail au sein des couples, promue par les politiques familiales en Russie depuis les années 1980 [31]. Toutes ces narratrices marquent une distance par rapport à cette norme dominante et expliquent qu’elles organisent leur vie de couple de manière à la contrecarrer :

J’ai observé des transformations de mes connaissances après l’arrivée d’un enfant… C’est sûr que je ne veux pas suivre leur exemple. Elles oublient tout de suite qu’elles ont des diplômes, qu’elles ont eu des projets, des objectifs… Il n’y a que cet enfant, le père qui n’aide pas vraiment avec l’éducation, et voilà, un retour à l’état sauvage… Bref, la femme est abandonnée face à ses problèmes qu’elle gère comme elle peut, et les hommes… Vous savez ce qu’on dit : si tu n’as pas mis un enfant au monde, la vie passe en vain… Ben, ce n’est pas mon avis. Je suis ravie d’avoir une vie bien remplie que j’ai de surcroît créée moi-même. (Ida, 33 ans, informaticienne, célibataire.)

Les narratrices relatent un souci d’investissement égalitaire dans les tâches domestiques et le bien-être financier de la famille. D’ailleurs, une part importante des narratrices ont grandi dans une famille de père militaire ou policier, des groupes professionnels marqués par une certaine image de masculinité [32] et une division stricte des rôles dans la vie privée. Les récits décrivent ainsi un père autoritaire et une mère plutôt effacée, les deux leur ayant servi de contre-exemple de la vie de couple.

Les « attentes » [33] conjugales des narratrices sont souvent forgées par une expérience antérieure de vie de couple qu’elles interprètent comme des tentatives de domination de la part du partenaire. Plusieurs des femmes interviewées ont déjà mis fin à une union avec un partenaire qui souhaitait qu’elles abandonnent leur carrière professionnelle pour l’épouser, avoir des enfants et devenir mère au foyer. L’envie du partenaire d’avoir des enfants est présentée par ces femmes comme un moyen de les contrôler car le statut de mère au foyer les mettrait dans la situation de dépendance financière. Elles utilisent des mots comme « contrôle », « pouvoir », « force » pour décrire ces relations qu’elles ont décidé de quitter ou, dans la négative, pour expliquer quelles relations avec le partenaire elles souhaitent avoir. Elles voient le couple comme une union de deux personnes financièrement indépendantes dont chacune a un métier qui représente un certain intérêt pour elle/lui. La qualité des relations constitue l’élément essentiel pour elles, plus important que la stabilité conjugale. La non-fécondité ne fait cependant pas toujours objet d’un accord explicite au sein du couple.

2) Consensus non-procréatif

Les données de GGS révèlent des tensions fréquentes dans les couples des hommes et des femmes sans enfant concernant les questions de (non-)procréation (cf. tableau 4). Les désaccords semblent particulièrement présents dans les couples de femmes sans enfant qui déclarent ne pas avoir d’intention d’avoir un enfant ni dans les 3 ans à venir, ni plus tard : 40 % de ces femmes (contre 8,0 % des hommes dans le même cas de figure) disent que leur partenaire souhaite avoir un enfant dans l’immédiat.

Tableau 4. Accords/désaccords procréatifs dans le couple des femmes et des hommes sans enfant âgés de 25 à 49 ans (en %)
Sexe Intentions procréatives Le partenaire veut un enfant tout de suite Total
Oui Non Le partenaire hésite
Féminin Pas d’enfant et pas d’intention d’en avoir 40,0 60,0 0,0 100
Pas d’enfant, mais intention d’en avoir 67,4 18,6 14,0 100
Masculin Pas d’enfant et pas d’intention d’en avoir 8,0 80,0 12,0 100
Pas d’enfant, mais intention d’en avoir 54,3 37,7 8,0 100

Au sein des couples, se rencontrent deux types de négociations [34] du projet non-procréatif.

D’une part, certains couples ont discuté ouvertement leur intention de ne pas avoir un (autre [35]) enfant ensemble, généralement au tout début de leur relation. Le consensus sur l’infécondité devient alors le fondement de leur mode de vie, qui peut être décrit comme des « relations pures » [36]  :

- Et si votre mari vous obligeait à faire le choix : enfant ou séparation ?

- J’ai beaucoup de mal à imaginer une telle situation. Nos relations sont si harmonieuses que je ne vois pas à quoi ça servirait de détruire tout cela. Nous faisons ce que nous voulons, nous sommes libres… (Larissa, 28 ans, chargée de communication, mariée)

Les membres de ces couples utilisent fréquemment des mots comme « liberté », « autoréalisation », « épanouissement ». Dans ces couples, se réunissent deux projets individuels de ne pas/plus avoir d’enfant. Le consensus concerne le mode de vie en général et les relations sont présentées comme égalitaires, par les femmes comme par les hommes. Ce sont par ailleurs souvent des couples « fusionnels » [37], qui passent leur temps libre ensemble, et « centripètes » – orientés largement vers des activités extérieures au foyer [38]. La fécondité est présentée dans ces récits comme ne pouvant pas s’inscrire dans le mode de vie acquis et souhaité.

3) Moratoires sur la fécondité : tactiques et stratégies

Cependant, dans à peu près la moitié des récits apparaît un moratoire [39] sur les discussions relatives à la fécondité. Ces couples reposent sur un équilibre fragile puisque l’un des partenaires est convaincu-e de sa volonté de ne pas avoir d’enfant tandis que l’autre hésite, voire espère pouvoir persuader le/la partenaire de changer d’avis. Ces personnes n’abordent généralement pas ouvertement la question de la fécondité avec leur partenaire car ce genre de discussion risque de mettre un terme à leur couple.

Ce sont généralement des couples ségrégés [40] dont chacun des membres a une vie professionnelle intense et des centres d’intérêt auxquels il s’adonne de son côté. Trois des femmes rencontrées qui recourent à ce type de tactique de moratoire sont en couple non-cohabitant tandis qu’une de ces unions a presque 10 ans. Ces trois femmes affirment que vivre à part est leur propre décision de mode de vie et une façon de préserver leur « espace privé » et leur « territoire ».

Le-la partenaire (dans le corpus, le plus souvent la femme, ce qui s’explique par le « recrutement » des interviewé-e-s par un appel à témoins) dont le projet de vie ne comprend pas d’enfant recourt à différentes tactiques pour retarder autant que possible cette discussion, en proposant à chaque fois à son partenaire un nouveau délai. Ce moratoire est prolongé par des objectifs professionnels de chacun des partenaires, des crédits immobiliers, etc. Ce sont des « tactiques » au sens de M. de Certeau, « un calcul qui ne peut pas compter sur un propre, ni donc sur une frontière qui distingue l’autre comme une totalité visible » [41] : la question de la non-fécondité n’est pas abordée directement, mais est retardée indirectement. Comme l’explique Vera (26 ans, enseignante, union libre) concernant son partenaire :

Sa position concernant les enfants… Le moment où il pourrait potentiellement les vouloir est étroitement lié à la possibilité financière de se les permettre. Et cela peut toujours être remis… à l’infini. […] Pour l’instant, ces questions sont gelées pour 3 ans. C’est sa vision personnelle du moment où il voudra se marier, donc du moment où il aura obtenu un tel poste et pourra se permette de voyager davantage.

Les stratégies au sens de Michel de Certeau, « le calcul de rapports de force » [42], semblent plus rares et reposeraient sur une domination sur plusieurs dimensions, par exemple celles des inégalités sur le marché matrimonial entre les hommes et les femmes divorcé-e-s ou encore entre les hommes et les femmes à partir d’un certain âge. Le couple marié Kira (30 ans, cadre) et Danila (31 ans, ingénieur) relate des conflits fréquentes autour des revenus car Danila a un travail très intéressant pour lui mais qui est jugé par les deux comme mal payé. Kira parle surtout de l’impossibilité financière d’avoir des enfants, pour le moment. Danila, de son côté, estime déjà qu’il « lui a fait une concession pour le mariage » et que le mariage et les enfants ne sont que des « dépenses inutiles ». Il se sent doublement en situation de force – en tant qu’homme en âge où il peut encore se remettre en couple face à une femme qui, au même âge, à ses yeux, aurait plus de mal à le faire. Ainsi, selon Danila, il serait impossible que sa femme lui pose un ultimatum séparation ou enfant : « Non, elle ne le fera pas. Elle a déjà 30 ans. […] Que fera-t-elle à 30 ans et divorcée de plus ? ».

Au prisme des récits recueillis, on pourrait relire les données quantitatives (tableau 4) et se demander si les écarts dans les déclarations des désaccords conjugaux autour de la (non-) fécondité ne seraient pas liés au fait que les « stratégies » semblent être plutôt masculines et les « tactiques », plutôt féminines et donc dissimulant les désaccords.

IV. De la perspective temporelle

Il me reste un aspect à aborder, celui du temps biographique. Ce temps comprend, d’une part, l’âge chronologique et les représentations qui y sont liées, d’autre part, le projet de vie – passé (conditionnel) ou présent (encore possible).

1) Intentions reproductives et âge

Il est évident que bien que le concept d’« âge reproductif » soit toujours utilisé au singulier, en réalité, il s’agit de plusieurs âges plus ou moins légitimes pour la reproduction [43]. C’est ce que confirment les données statistiques (cf. tableau 5) : si jusqu’à l’âge de 34 ans, les femmes sans enfant sont plus nombreuses à envisager la maternité que celles qui se projettent dans la non-fécondité, ensuite, la part des premières diminue (moins de 1 % parmi les 45-49 ans) et celle des dernières augmente (6,4 % parmi les 45-49 ans).

Tableau 5. Situation vis-à-vis de la fécondité en fonction du sexe et de l’âge (femmes) (en %)
Âge Pas d’enfant et pas d’intention d’en avoir A un/des enfant/s Pas d’enfant, mais intention d’en avoir Total
25 - 29 ans 8,0 76,1 15,9 100,0
30 - 34 ans 2,0 91,1 6,9 100,0
35 - 39 ans 4,8 91,7 3,5 100,0
40 - 44 ans 4,0 93,7 2,3 100,0
45 - 49 ans 6,4 92,8 0,8 100,0
Total 5,0 89,5 5,4 100,0

Curieusement, ce sont les femmes les plus jeunes dans le sous-échantillon (25-29 ans) qui sont les plus nombreuses (8,0 %) à affirmer ne pas planifier de naissance. Il est possible de faire ici deux hypothèses. Dans un premier temps, on peut supposer une évolution de normes entre les générations ou au moins une libération de la parole sur un projet à contre-courant. Mais dans un second temps, les narrations biographiques laissent supposer qu’il s’agit plutôt ici d’une infécondité temporaire : dans les récits, les exposés de projets de non-fécondité sont souvent accompagnés par des tournures comme « en tout cas, pour l’instant », « pour le moment », «  pas encore prêt-e », etc. Cette hypothèse serait confirmée par la difficulté générale à se projeter dans un avenir éloigné mise en évidence par les traitements statistiques.

En effet, chez les personnes âgées de 25 à 49 ans qui n’ont pas d’enfant, l’intention d’avoir un enfant ou pas dans les 3 ans à venir se trouve en lien statistique avec les projets reproductifs plus éloignés (au-delà de 3 ans) (Chi-2 valable à un seuil de risque de 0,005 pour les femmes). Cela veut dire que les projets de fécondité se font davantage dans la logique « maintenant ou jamais ». Exception faite du groupe 40-44 ans dans lequel, bien que la majorité des femmes affirment ne pas planifier une naissance dans les 3 ans à venir, la plupart de ces dernières admettent envisager la maternité dans une perspective plus éloignée – quasiment à la limite de l’âge reproductif. On pourrait lire ici la pression des injonctions à la maternité constatées plus haut ou encore la limite d’âge posée au moratoire dans les négociations conjugales.

Tableau 6. Question : « Souhaitez-vous avoir un enfant dans les trois années à venir ? » (femmes sans enfant) (en %)
Âge Non (« non » et « non, probablement pas ») Oui (« oui » et « oui, probablement ») Total
25 - 29 ans 26,9 73,1 100,0
30 - 34 ans 21,3 78,7 100,0
35 - 39 ans 60,5 39,5 100,0
40 - 44 ans 79,4 20,6 100,0
45 - 49 ans 89,7 10,3 100,0
Tableau 7. Question : « Supposons que vous ne souhaitez pas avoir d’enfant dans les trois années à venir. Souhaiteriez vous avoir un enfant plus tard ? »* (femmes sans enfant) (en %)
Âge Non (« non » et « non, probablement pas ») Oui (« oui » et « oui, probablement ») Total
25 - 29 ans 16,7 83,3 100,0
30 - 34 ans 50,0 50,0 100,0
35 - 39 ans 54,6 45,5 100,0
40 - 44 ans 44,5 55,5 100,0
45 - 49 ans 75,0 15,0 100,0

Encore une fois, les femmes sans enfant tendent à envisager la maternité jusqu’à l’âge de 34 ans ; à partir de 35 ans, elle tendent davantage à se projeter dans la non-fécondité.

2) Horizon d’attente limité

Si la maternité pourrait éventuellement être envisagée par certaines femmes interviewées, ce projet de vie doit répondre à un nombre de conditions, limitant forcément les temporalités de sa réalisation. La maternité est vue non pas comme un objectif en soi, mais une continuation improbable du couple, un projet commun. « Être prêts ensemble » [44] pour l’arrivée d’un enfant signifie ici des conditions financières nécessaires mais aussi la préservation du mode de vie habituel, même si le couple ne persiste pas à travers le temps.

Les statistiques indiquant que plus d’un mariage sur deux se solde par un divorce [45] sont totalement intégrées dans les représentations des femmes diplômées. De ce fait, bien qu’elle puissent percevoir leur union actuelle comme solide, lorsqu’elles abordent la question de la maternité, presque toutes ces femmes, même celles qui sont mariées, se voient potentiellement comme mères seules. Ainsi, même si les femmes interviewées peuvent imaginer avoir un enfant un jour, cette décision serait conditionnée par un succès professionnel et un revenu suffisant pour couvrir l’ensemble des dépenses même sans la participation du père : « Un enfant doit être d’emblée assuré du point de vue matériel et ce qui importe le plus – il doit s’agir de mes propres moyens financiers » (Vera, 26 ans, enseignante, union libre).

Cette condition peut être difficile à atteindre étant donné les écarts de salaire entre les femmes et les hommes sur le marché du travail en Russie depuis les années 1990 [46]. Selon les données de GGS, les hommes cadres gagnent en moyenne le double du salaire des femmes cadres. Pour les femmes diplômées, il semble ainsi difficile d’envisager de devenir mère jeune, avant d’avoir leur propre logement, avant d’avoir remboursé les crédits et avant d’avoir acquis un certain niveau professionnel avec un revenu stable et élevé.

Le logement en Russie

Pendant la période soviétique la propriété du logement n’existait pas, ceux-ci appartenant aux organes de l’État et aux entreprises. La privatisation gratuite se met en place avec la loi de 1992 sur simple preuve de domiciliation, ce qui fait que déjà en 1996, plus de la moitié des Russes sont propriétaires de leur logement [47]. Ainsi, les personnes qui étaient adultes au milieu des années 1990 deviennent propriétaires tandis que les générations plus jeunes se trouvent dans l’impossibilité d’accéder au logement propre autrement que par héritage car les prix de l’immobilier augmentent considérablement [48]. Mes interlocuteurs font partie d’une minorité privilégiée pouvant accéder aux crédits [49], à un taux d’intérêt de 11-13 % par an pour la période 2012-2013 [50].

Mais un tel projet de maternité retardée et largement remise en question est aussi limité par le haut – notamment par les perceptions d’âge :

À vrai dire… Premièrement, il faut payer les dettes. Donc, je calcule déjà mon âge à ce moment-là et donc je comprends que pour avoir des enfants cela sera un peu trop tard. Il faut que l’on se débrouille avec les questions financières, mais j’ai déjà un peu expliqué que ça sera un peu compliqué. Il se trouve donc que même en étant mariée, je ne peux compter que sur moi-même. Pour l’instant, je ne peux pas économiser pour tout cela. Pour l’instant, il faut faire les travaux, rembourser les dettes. (Kira, 30 ans, cadre, mariée.)

Si les données quantitatives laissent supposer que le seuil d’âge légitime pour avoir son premier enfant se situe vers les 35 ans, plusieurs récits permettent de penser qu’il pourrait se situer plus tôt – vers 30 ans :

J’ai un poste à responsabilité. Et il est déjà difficile d’imaginer comment je pourrais abandonner tout cela… […] Le temps de comprendre comment faire sur ce poste, j’ai fini par arriver à la conclusion que chacun a sa vie. Je pense que tout simplement, tout le monde n’est pas obligé d’avoir des enfants. Moi, par exemple, ce que je fais le mieux c’est le travail. Et puis, j’ai déjà l’âge… Peut-être, il faut tout faire en temps et en heure. (Nathalie, 31 ans, juriste, couple non-cohabitant.)

D’ailleurs, comme le montrent certains récits biographiques livrés par des femmes définitivement infécondes, la possibilité de réalisation d’un tel projet de maternité (potentiellement) solitaire est également limitée dans le temps par l’âge de la retraite. De l’âge de la retraite, elles déduisent souvent vingt ans environ d’éducation. En outre, l’autre limite par le haut est l’arrivée à l’âge où les femmes se retrouvent dans l’obligation de prendre soin de leurs parents âgés.

V. Conclusion

Les données qualitatives et quantitatives analysées ci-dessus témoignent d’une flexibilité des projets reproductifs à travers le temps, qui se double en Russie d’une difficulté générale à se projeter dans un futur plus ou moins éloigné. Il semble donc plus judicieux de ne pas aborder l’infécondité à travers la notion de « choix d’une vie » [51], mais plutôt comme un projet de vie et de couple sous tension d’injonctions contradictoires. Ces injonctions contradictoires sont créées par un retour vers une « culture de genre » [52] basée sur une division du travail conjugal à travers des politiques familiales conçues comme pro-natalistes [53]. Cependant, tout comme la vague des politiques pro-natalistes des années 1980 avait eu pour effet de ne pas augmenter la natalité mais plutôt de déplacer les calendriers des naissances [54], les politiques mises en place à partir de 2007 ne semblent pas avoir d’impact sur les intentions procréatives des femmes nullipares n’ayant pas de projet de maternité. Mes interlocutrices ne les mobilisent pas dans leur récit de projet de vie, mais construisent plutôt leur narration par opposition à l’injonction ressentie à avoir au moins un enfant. En revanche, l’ensemble de ces politiques adoptées depuis les années 1980 semblent avoir des « effets pervers » [55] puisqu’elles réduisent les limites temporelles dans lesquelles l’entrée en maternité peut être envisagée, en tout cas pour les femmes diplômées.

Dans une perspective internationale, cet article propose deux pistes de recherche. Tout d’abord, il suggère que les recherches françaises des dernières années s’intéressant uniquement à l’infécondité volontaire et même revendiquée [56] ne montrent probablement qu’un cas particulier dans un paysage plus hétérogène de parcours de vie sans enfants. Ensuite, le taux d’infécondité féminine augmentant en Russie post-soviétique comme en l’Allemagne [57], il serait possible d’interroger les effets des politiques publiques et du contexte normatif de manière transversale.

AUTEUR
Veronika Kushtanina
Maître de conférences
Université de Bourgogne Franche-Comté, Laboratoire de sociologie et d’anthropologie LASA-EA 3189

ANNEXES

NOTES
[1] Thomas Freijka, « Roždaemost’ v Rossii i Germanii: shodstva i razliiâ », Demoscop weekly [en ligne], n° 421-422, 2010, disponible sur : http://demoscope.ru/weekly/2010/0421/tema04.php.
[2] Anatoli G. Vishnevskiy (éd.), Naselenie Rossii 2009 (17th annual report), Moscou, Izdatel’skiy dom GU VSHE, 2011, p. 100.
[3] Viktoria Sakevich, « Ne preuvelicheni li masshtabi besplodiya ? », Demoscopeweekly [en ligne],  n° 283-284, 2007, disponible sur : http://demoscope.ru/weekly/2007/0283/reprod01.php.
[4] Tim B. Heaton, Cardell K. Jacobson et Kimberlee Holland, « Persistence and Change in Decisions to Remain Childless », Journal of Marriage and the Family, vol. 2, n° 61, 1999, p. 531-39.
[5] Reinhard Koselleck, Le futur passé, Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, EHESS, 1990 [1979].
[6] Arnaud Régnier-Loilier, « L’influence de la fratrie d’origine sur le nombre souhaité d’enfants à différents moments de la vie. L’exemple de la France », Population, vol. 61, n° 3, 2006, p. 193-223.
[7] Reinhard Koselleck, op. cit, p. 310-311.
[8] Marc Bessin et Hervé Levilain, Parents après 40 ans, Paris, Autrement, 2012.
[9] Pierre Lenel, « Parcours de vie : Constats et analyses sociologiques », Conseil d’orientation des retraites, Séance plénière du 13 février 2003. En ligne : http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-194.pdf.
[10] Je remercie I. Yakovleva pour son apport au recueil de ces récits.
[11] Ici, je ne retiens qu’en partie la définition de l’âge reproductif proposée par les démographes (15-49 ans). J’ai choisi de ne prendre pour les deux volets de la recherche que des personnes de 25 ans et plus car à cet âge, déjà deux tiers des femmes ont des enfants, et les hommes s’approchent de l’âge où la paternité devient la norme statistique (28 ans) (GGS). Ce choix semble justifié par le fait que de même qu’en France (Charlotte Debest, Choix d’une vie sans enfant, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014), l’infécondité en Russie peut être analysée comme une carrière déviante, et la difficulté à trouver des interlocuteurs en est bien un des indices.
[12] Caractéristique statistiquement majoritaire pour ces générations, surtout pour les Moscovites (www.gks.ru).
[13] Tatiana Teplova, « Welfare State Transformation, Childcare, and Women’s Work in Russia », Social Politics, vol. 3, n° 14 , 2017, p. 284-322.
[14] Svetlana Russkikh, « Illegal Uses of the Russian Maternity Capital », Mir Rossii, vol. 27, n° 3, 2018 [à paraître].
[15] Tatiana Teplova, « Welfare State Transformation, Childcare, and Women’s Work in Russia », Social Politics, vol. 3, n° 14, 2007, p. 284-322.
[16] Alexandre Surinov et Irina Zbarskaâ (dir.), Rossijskij statističeskij ežegodnik, Moscou, Federal State Statistics Service, 2017.
[17] Sergei V. Zaharov, « Demografičeskij analiz effekta met semeinoi politiki v Rossii v 1980-h gg. », SPERO, n° 5, 2006, p. 33-69.
[18] Anatoli G. Vishnevskiy, op. cit.
[19] Alexandre Surinov et Irina Zbarskaâ (dir.), op. cit.
[20] Svetlana Russkikh, « Illegal Uses of the Russian Maternity Capital », art. cit.
[21] Svetlana Russkikh, « The impact of mass media in the pro-natalist policy in Russia », The 16th Aleksanteri Conference Life and Death in Russia, 26-28 octobre 2016, université de Helsinki.
[22] Le consensus concerne également les hommes, mais à un degré légèrement moins important : 76,5 %.
[23] Ces femmes ont été repérées par l’intermédiaire de plusieurs questions. À travers les listes répertoriant les enfants co-résidents ou non, j’ai pu identifier les personnes qui ont des enfants biologiques. En ce qui concerne les intentions procréatives, elles ont été abordées par deux questions : 1) « Avez-vous l’intention d’avoir un (autre) enfant dans les 3 ans à venir ? » 2) « Supposons que vous n’avez pas d’intention d’avoir (encore) un enfant dans les 3 ans à venir, souhaitez-vous avoir (encore) des enfants un jour ? ». J’ai ainsi pu fabriquer deux autres catégories « personnes sans enfant, mais qui ont l’intention d’en avoir » et « personnes sans enfant qui n’ont pas d’intention d’en avoir ».
[24] Claude Martin, « Les solidarités familiales : bon ou mauvais objet sociologique ? », dans Danielle Debordeaux et Pierre Strobel (dir.), Les solidarités familiales en questions. Entraide et transmission, Paris, LGDJ, 2002, p. 41-71.
[25] Somme des réponses « mieux » et « beaucoup mieux ».
[26] J’ai repris les traductions du questionnaire ERFI (Arnaud Régnier-Loilier, « Présentation, questionnaire et documentation de l’“Étude des relations familiales et intergénérationnelles” (ERFI). Version française de l’enquête Generations and Gender Survey (GGS) », Paris, INED, Document de travail n° 133, 2006), sauf dans certains cas signalés par un astérisque où, confrontée au décalage entre la version française et la version russe, je propose une traduction plus proche du questionnaire russe.
[27] Somme des réponses « moins bien » et « beaucoup moins bien ».
[28] Catherine Hakim, « New Approach to Explaining Fertility Patterns: Preference Theory », Population and Development Review, vol. 29, n° 3, 2003, p. 349-374.
[29] Tatiana Teplova, « Welfare State Transformation, Childcare, and Women’s Work in Russia », Social Politics, vol. 3, n° 14, 2007, p. 284-322.
[30] Charlotte Debest, Choix d’une vie sans enfant, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
[31] Tatiana Teplova, art. cit., p. 284-322.
[32] Geneviève Pruvost, « Enquêter sur les policiers. Entre devoir de réserve, héroïsation et accès au monde privé », Terrain, n° 48, 2007, p. 131-148.
[33] Reinhard Koselleck, op. cit.
[34] Anselm Straus, La trame de la négociation, Paris, l’Harmattan, 1992.
[35] Trois de ces femmes sont en couple avec un homme ayant déjà un enfant.
[36] Anthony Giddens, Modernity and Self-Identity, Stanford, Stanford University Press, 1991.
[37] Elizabeth Bott, « Urban Families: Conjugal Roles and Social Networks », Human Relations, vol. 8, n° 4, 1955, p. 345-384.
[38] Vincent Caradec, « Les transitions biographiques, étapes du vieillissement », Prévenir, Formes et sens du vieillir, n° 35, 1998.
[39] Erik Erikson, Adolescence et crise : La quête de l’identité, Paris, Flammarion, 1968.
[40] Elizabeth Bott, art. cit., p. 345-384.
[41] Michel de Certeau, L’invention du quotidien, 1. Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. XLVI.
[42] Michel de Certeau, ibid.
[43] Marc Bessin et Hervé Levilain, op. cit.
[44] Magali Mazuy, « Avoir un enfant : être prêts ensemble », Revue des sciences sociales, n° 41, 2008, p. 30-41.
[45] Alexandre Surinov et Irina Zbarskaâ (dir.), op. cit.
[46] Olga M. Zdravomyslova, Sem’â i obŝestvo : gendernoe izmerenie rossijskoj transformacii, Moscou, Editorial URSS, 2003.
[47] Hélène Richard, « Du troc au marché : le marché immobilier à Moscou », Autrepart, 2008/4, n° 48, p. 87-99.
[48] Jane R. Zavisca, Housing the New Russia, Ithaca, Cornell University Press, 2012.
[49] Hélène Richard, ibid.
[51] Charlotte Debest, op cit.
[52] Birgitt Pfau-Effinger, « Gender cultures and the gender arrangement – a theoretical framework for cross-national gender research », Innovation: The European Journal of Social Science Research, n° 11-2, 1998, p. 147-166.
[53] Svetlana Russkikh, « Illegal Uses of the Russian Maternity Capital », art cit.
[54] Sergei V. Zaharov, « Demografičeskij analiz effekta met semeinoi politiki v Rossii v 1980-h gg. », SPERO, n° 5, 2006, p. 33-69.
[55] Raymond Boudon, Effets pervers et ordre social, Paris, PUF, 1977.
[56] Charlotte Debest, op cit ; Anne Gotman, Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 2017.
[57] Anne Salles, « L’infécondité : une nouvelle normalité dans les parcours de vie en Allemagne aujourd’hui ? », XVIIIe colloque international de l’AIDELF, Trajectoires et âges de la vie, Bari, 2014.

RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Veronika Kushtanina, « Infécondité féminine en Russie : projet de vie et de couple sous tension », dans Ces femmes qui refusent d’enfanter, Maud Navarre et Georges Ubbiali [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 17 décembre 2018, n° 10, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Veronika Kushtanina.
Droits : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC/credits_contacts.html
ISSN : 1961-9944

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