18-19 octobre 2018 – LARHRA - Lyon


Colloque :
Les marchés de la misère, XVIIIe-XXIe siècle


Organisateurs : Alain Bonnet (CGC, UMR 7366 CNRS-uB) et Natacha Coquery (LARHRA, UMR 5190)

[Colloque organisé par le Centre Georges Chevrier (UMR 7366 CNRS-uB 7366) et le LARHRA (UMR 5190)]



 

Jules Lermina, écrivain anarchiste, fit paraître à Paris, en 1869, une Histoire de la misère, sous-titrée Le prolétariat à travers les âges. Dans la conclusion de son récit, il affirmait l’universalité de cet état, le liait à la civilisation elle-même et annonçait sa disparition :
« L'histoire de la misère, c'est l'histoire du monde : il faudrait, interrogeant la carte universelle à chaque âge, à chaque période, décrire chez tous les peuples, dans toutes les régions, les accidents sociaux, les particularités vitales […] Qu'est-ce donc que cette civilisation dont le seul résultat est d'enfanter la misère ? Qu'est-ce que ce progrès qui dégrade, cette marche sociale en raison de laquelle tout recule ? Et enfin : A quel vice primordial, essentiel et continu, faut-il attribuer cette anomalie monstrueuse qui se formule en une équation : Civilisation égale misère […] O Misère, depuis quarante siècles, de tes doigts amaigris tu étreins le travailleur ! Mais l'heure est venue, ton règne hideux est fini, tu t’en iras où s'en sont allés l'inégalité, l'oppression, la hiérarchie, le bon plaisir, la foi, où s'en iront l'ignorance et l'improbité. Misère ! Tu as rencontré l’athlète qui te vaincra. Et cet athlète s’appelle la Révolution sociale. »

La prophétie de Lermina apparaît, presque un siècle et demi plus tard, exagérément optimiste. Loin d’avoir disparu grâce au développement des capacités productives, aux progrès technologiques ou aux luttes sociales, la misère semble étendre son empire. Tout au moins, la perception commune n’est plus à l’espoir d’un avenir meilleur. La crainte d’une extension continue des fléaux écologiques et des reculs économiques (crise, récession, précarisation) et les crispations identitaires jettent un voile sur le devenir de l’humanité.

L’objet de ce colloque est double. Il reviendra sur les discours qui ont été tenus sur la misère et sur les représentations qui en ont été faites, du XVIIIe siècle à nos jours. Il donnera également l'occasion de s'interroger sur l'inscription de la misère dans le système économique : comment la misère engendre une économie particulière, à la fois pour ceux qui la subissent et pour ceux qui en profitent ? A partir de cette double approche (culturelle, économique), il permettra de faire un point sur les différentes significations attachées à cet état particulier et à leur évolution historique, dans le temps et dans l'espace : la misère ressortit-elle à une expérience individuelle ou est-elle une calamité qui afflige un groupe social ? ; la misère est-elle identique au malheur, à la déchéance ou à la privation ? Peut-on constituer la misère en objet historique, c’est-à-dire en une réalité autonome susceptible d’une analyse critique ?

La rencontre vise à croiser les regards de spécialistes de différents espaces et disciplines, l’histoire et l’histoire de l’art, mais également la sociologie, l’économie ou l’anthropologie. Elle se déclinera selon les axes suivants :

  • Régulations de la misère ;
  • Économies de la misère ;
  • Représentations de la misère.

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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