12 juin 2015 - Salle des séminaires de la MSH de Dijon - 14 h. - 17 h. (plan d'accès ici)


Séminaire « Patrimoine et anthropologie, quoi de neuf ? Actualité d’un domaine de recherche » :
Art, mémoire et patrimoine
Avec le soutien de la MSH


Organisateur
: Jean-Louis Tornatore (CGC)

 

En 1996, l’historien Jean Chesneaux pointait les limites de l’histoire historienne : à n’être tournée que sur le seul passé et à oublier que celui-ci « n’a de réalité que dans le mouvement du temps », elle risquait de se rendre aveugle au fait même d’habiter le temps. En ce sens, estimait-il, « le passé et l’histoire sont bien trop importants pour être laissés aux seuls historiens ». Cette critique participait chez Chesneaux d’une réflexion sur le droit au temps, sur le déni dont il était l’objet et sur la nécessité de sa reconquête : il invitait à travailler l’épaisseur du présent plutôt qu’à céder aux sirènes d’un « présentéisme » « qui tronçonne le temps en dissociant passé, présent et avenir », de telle manière à faire du temps un lieu fort de notre culture politique. [Lire la suite]

 

  • Octave Debary (Université de Paris Descartes, IIAC-LAHIC)
    Jochen Gerz ou l’art de se passer des objets

Cette intervention se propose de présenter un travail en cours d’écriture autour de l’œuvre de l’artiste allemand Jochen Gerz. Gerz est né à Berlin en 1940. Il fait partie d’une génération d’artistes dont le travail porte sur la mémoire et l’espace public. Cette génération s’est construite en cultivant une sorte de colère face à la prétention des objets (des musées et des mémoriaux) à pouvoir tenir lieu de mémoire à la place des hommes. Contre cela, cet art préfère le recouvrement, la compression, la recomposition ou la disparition… Dans ces mises en abyme de l’objet, dans la performance de leur disparition, il s’agit de prendre le contre-pied de l’idée que l’objet peut être porteur à lui seul de mémoire. Comme à Harburg (1986), à Sarrebruck (1993) ou à Biron (1996), l’art donne à voir ce qui échappe au regard en construisant des objets qui contiennent leur propre débordement. Une part manquante comparable à un reste dont la présence est signifiée à partir de la perte. La disparition des œuvres est à la base d’un processus qui invite les spectateurs à prendre la place de l’objet manquant. L’objet disparu pose question et le spectateur de l’art est invité à répondre, à prendre la parole.

Octave Debary est anthropologue, maître de conférences à l’université Paris Descartes. Membre du LAHIC (EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la mémoire et sur les restes. Il s’intéresse en particulier à l’anthropologie de l’art et à la muséologie.


  • Ariela Epstein (Labex CAP, IIAC-LAHIC)
    De la peinture murale à la ruine industrielle, une lecture politique de deux « 
    paysages patrimoniaux » uruguayens

Les processus de patrimonialisation de quartiers populaires impliquent une mise en scène du passé dans l’espace public, la fabrication d’un paysage historique ou mémoriel auquel les habitants s’identifient plus ou moins. À travers l’étude de deux quartiers uruguayens, l’un devenu représentatif de la « culture afro-montévidéenne », l’autre, en province, caractéristique de l’histoire industrielle et ouvrière, il s’agit d’interroger des manières dont ces processus redessinent les lieux. Dans les deux cas présentés, les fresques murales, les défilés et l’architecture sont des matériaux privilégiés de la transmission de la mémoire. Je ferai l’hypothèse que l’inscription d’une histoire dans l’espace de la ville fait souvent ressurgir d’autres moments historiques, restés hors champs du processus patrimonial, mais ayant eux aussi, laissé des traces dans l’espace urbain. Ainsi, en observant ces petites choses qui « clochent » dans les paysages lisses du patrimoine, on se confronte à d’autres enjeux, politiques, de l’épaisseur historique du présent.

Ariela Epstein est docteure en anthropologie. Ses premiers travaux portent sur les cultures politiques uruguayennes à travers l’étude des inscriptions et des fresques murales. Elle travaille aujourd’hui sur un autre terrain urbain et politique, observant le processus de patrimonialisation d’un ancien quartier ouvrier de la ville de Fray Bentos (Uruguay). Par ailleurs, dans le cadre d’un post-doctorat (ANR La Vie Savante), elle s’intéresse à l’émergence de l’anthropologie visuelle dans le cône sud de l’Amérique latine.

 

Entrée libre, sans inscription

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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