20 février 2015 - Salle des séminaires de la MSH de Dijon - 14 h. - 17 h. (plan d'accès ici)


Séminaire « Patrimoine et anthropologie, quoi de neuf ? Actualité d’un domaine de recherche » :
Les patrimoines à l’heure du numérique
Avec le soutien de la MSH


Organisateur
: Jean-Louis Tornatore (CGC)

 

En 1996, l’historien Jean Chesneaux pointait les limites de l’histoire historienne : à n’être tournée que sur le seul passé et à oublier que celui-ci « n’a de réalité que dans le mouvement du temps », elle risquait de se rendre aveugle au fait même d’habiter le temps. En ce sens, estimait-il, « le passé et l’histoire sont bien trop importants pour être laissés aux seuls historiens ». Cette critique participait chez Chesneaux d’une réflexion sur le droit au temps, sur le déni dont il était l’objet et sur la nécessité de sa reconquête : il invitait à travailler l’épaisseur du présent plutôt qu’à céder aux sirènes d’un « présentéisme » « qui tronçonne le temps en dissociant passé, présent et avenir », de telle manière à faire du temps un lieu fort de notre culture politique. [Lire la suite]

 

  • Michel Rautenberg (Université de Saint-Etienne, Centre Max Weber) et
    Sarah Rojon (Centre Max Weber)

    La production du patrimoine par les amateurs à l'heure du numérique

L’écriture de l’histoire n’est plus seulement l’apanage des historiens, de même que la mise en scène du patrimoine n’est plus le privilège exclusif des conservateurs de musées. À l’heure du numérique, des amateurs interconnectés prennent part aux circuits culturels du patrimoine à travers la production d’images automatisées. Dans ces circuits, le patrimoine et la mémoire se transforment en ressources pour le tourisme et le commerce, mais aussi pour l’action collective, l’engagement social et la production culturelle. Des acteurs ordinaires que nous qualifions d’amateurs s’engagent ainsi dans des loisirs comme la généalogie, l’histoire locale, la photographie, la balade urbaine, la navigation sur Internet, l’auto-édition, etc. Associant pratiques en ligne et hors ligne, ces activités hédonistes – qui mêlent production et consommation, création et transmission – tendent à faire apparaître, aux yeux de l’ethnologue, un nouveau genre de communauté patrimoniale. D’un point de vue épistémologique, cette communication vise à discuter de la mise à/au jour, par l’usage qualitatif d’outils et d’interfaces numériques, de réseaux d’attachements patrimoniaux qui ne se donnent jamais à voir en tant que tels, c’est-à-dire de manière « immédiate », puisque c'est l'appareillage technique qui permet de les percevoir. À partir d’un travail de terrain dans des contextes urbains post-industriels et selon un cadre d’analyse phénoméno-technique, nous verrons comment les images numériques pistées rendent visibles du collectif et révèlent de la sorte un phénomène contemporain : « la patrimonialisation de l’urbanité ».

Sarah Rojon est doctorante en sociologie et anthropologie politique à l’Université Jean Monnet (Saint-Étienne) et membre du Centre Max Weber et du LabEx IMU (Intelligences des Mondes Urbains). Elle s’est initialement intéressée à la problématique des transformations socio-urbaines et des dynamiques mémorielles dans le cadre d’une recherche-action menée au sein d’un quartier d’habitat social lyonnais en cours de rénovation. Ses recherches actuelles portent sur la question des attachements patrimoniaux contemporains qu’elle explore en contexte urbain post-industriel, à partir d’un travail de terrain ethnographique en ligne et hors ligne. Elle prépare une thèse sur la production d’images mises en circuit par des amateurs en réseaux rencontrés dans les villes de Saint-Etienne et de Swansea.
Michel Rautenberg, est anthropologue, professeur de sociologie à l’Université Jean Monnet (Saint-Etienne) et directeur adjoint du Centre Max Weber (UMR 5283 du CNRS). Après avoir été conseiller à l’ethnologie à la Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, il a enseigné à l’université de Lille 1, puis à l’université de St. Etienne depuis 2006. Ses travaux ont porté sur l’habitat, le patrimoine culturel et la mémoire collective, les imaginaires sociaux en privilégiant depuis quinze ans les terrains urbains et industriels en France, en Bulgarie et depuis peu au Pays de Galles.



  • Laurier Turgeon (Université Laval, Québec, Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique)
    La médiation du patrimoine culturel (immatériel et matériel) à l'aide des nouvelles technologies : à propos de l'application mobile « Découvrir Québec »


 

Les technologies numériques (digital heritage) offrent d’énormes potentialités pour la médiation du patrimoine parce qu’elles permettent de rendre le patrimoine encore plus vivant et d’accroître l’expérience de visite. Dans cette présentation, nous souhaitons explorer les manières de rendre le patrimoine plus vivant, riche et complet de deux manières. Premièrement, nous proposons d'intégrer le patrimoine immatériel au patrimoine matériel. Si pendant longtemps l’interprétation du patrimoine culturel a porté sur des éléments du patrimoine matériel (sites, bâtiments, ensembles architecturaux, paysages culturels), les citoyens et les visiteurs veulent aujourd’hui accéder aux éléments vivants de la culture, soit le patrimoine culturel immatériel (savoir-faire traditionnels, traditions orales, fêtes et festivals, rites et rituels, chansons, musiques, danses). Deuxièmement, nous souhaitons explorer les potentialités des applications mobiles multimédia et voir comment elles peuvent favoriser grandement ce type d’expériences immersives riches et novatrices. Nous partirons d’une réflexion critique de notre propre expérience de l’application mobile « Découvrir Québec », lancée le 4 septembre 2013. L’usage de plusieurs médias dans une même application mobile (6 dans le cas de « Découvrir Québec ») accroît évidemment les possibilités d’interprétation du patrimoine mais, en même temps, rend plus exigeante la construction de narrations d’interprétation (storytelling). D'une part, pour éviter les recoupements et répétitions et créer des récits riches en contenu, cohérents et attractifs, nous présenterons les potentialités des différents médias (texte, son, vidéo, photo 2D, photo 3D, etc.) et leur capacité à communiquer diverses dimensions du patrimoine. D'autre part, nous étudierons les moyens de construire des micro-récits liant chacun des éléments patrimoniaux d’un même site, afin d’inciter l’utilisateur à migrer d’un média à un autre pour développer une vision large, complète et riche du patrimoine matériel et immatériel du site mis en valeur. Pour développer ces narrations « transmédia », nous nous inspirons des travaux pionniers réalisés par Henry Jenkins à partir des jeux vidéo et des médias de masse.

Laurier Turgeon est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique et professeur d’ethnologie et d’histoire à l’Université Laval, Québec, Canada (2003-2018). Il a été chercheur invité au Media Lab du Massachussetts Institute of Technology à Boston pour mener des recherches sur les narrations transmédia dans le domaine du patrimoine pendant le trimestre d’automne 2013. Il a occupé en 2006 la Chaire d’études canadiennes au Weatherhead Center for International Affairs à Harvard University où il a dirigé un séminaire sur les enjeux politiques et sociaux du patrimoine culturel immatériel. Il co-dirige actuellement avec Yves Bergeron (UQAM) une encyclopédie multimédia en ligne, l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française (www.ameriquefrancaise.org). Il a réalisé une application mobile du patrimoine matériel et immatériel de l’arrondissement historique de Québec, Découvrir Québec, pour laquelle il a obtenu deux prix : The Summit International Awards for Creative Media—Visionnary Award Category (2014) et le Prix de l’Office de la langue française du Québec dans la catégorie « solutions mobiles » (2014).


 

Entrée libre, sans inscription

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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