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Colloque : La fin d’une évidence : la peine de mort et ses alternatives à l’époque moderne - juin 2010

Appel à contributions

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Ce Colloque organisé par Luigi Delia (post-doctorant en Philosophie) et Fabrice Hoarau (MCF d’Histoire du droit) (Centre Georges Chevrier) se déroulera en juin 2010 et sera ouvert aux chercheurs en sciences humaines susceptibles de s’intéresser à la question de « la peine de mort et ses alternatives à l’époque moderne » sans exclure aucune approche : philosophique, juridique, historique, politique, sociologique, ou encore artistique ou littéraire.

 

Les historiens s’accordent aujourd’hui à le dire, le débat sur la peine de mort naît véritablement au siècle des Lumières. La peine capitale avait certes soulevé quelques réticences parmi les théologiens, qui la considéraient comme une peine exceptionnelle ; certaines « sectes » (les Vaudois, les Quakers) l’avaient condamnée. Quelques philosophes (Thomas More) l’avaient remise en cause pour certains délits. Et nombreux sont les juristes qui, par leur réflexion sur la responsabilité pénale, ou les circonstances atténuantes, avaient trouvé le moyen de faire échapper un condamné à la peine capitale.

 

Cependant, jusqu’au XVIIIe siècle, elle apparaît à beaucoup d’égards comme une nécessité sociale. Pour prendre le cas de la France, le XVIIe siècle se caractérise par un accroissement de la sévérité du juge, ainsi que du législateur (l’ordonnance criminelle de 1670). La peine capitale et l’« éclat des supplices », pour parler comme Foucault, y apparaissent alors comme une condition sine qua non de l’intimidation du corps social, dont une notable partie était jugée potentiellement dangereuse. Il serait toutefois abusif de considérer que le débat naît ex nihilo. Ce que Paul Hazard a désigné comme « la crise de la conscience européenne » s’accompagne également d’une réflexion sur certains aspects de la peine capitale (la cruauté des châtiments, la mise en scène), qui prépare la réflexion sur la légitimité même de la peine de mort au XVIIIe siècle.

 

À ce propos, la publication de l’ouvrage Des délits et des peines de Cesare Beccaria en 1764 marque un clivage : ni utile, ni nécessaire, la peine de mort ne relève pas du droit, mais de la force, affirme le philosophe milanais. À l’encontre de la plupart des grands penseurs modernes (Hobbes, Locke, Montesquieu, Diderot, Rousseau) et en prenant le contre-pied de la tradition jusnaturaliste, Beccaria dénonce à la fois l’illégitimité et l’inutilité de la peine capitale et propose de la remplacer par les travaux forcés. Il s’ensuit un vif débat en Europe entre partisans (Voltaire, Brissot de Warville, Bentham) et détracteurs (Carli, Gorani, Facchinei en Italie, Morellet, Linguet, Marmontel, Mably, Roquefort, en France) de l’adoption de l’esclavage public comme sanction alternative. Pour les uns, il s’agit de la peine la plus à même de se substituer à la condamnation à mort : elle est davantage exemplaire et dissuasive, donc plus efficace ; pour les autres, au contraire, il s’agit d’une solution cruelle et humiliante, qui viole les droits naturels et inaliénables de l’homme. Sauver la vie d’un homme pour l’exploiter jusqu’à la mort, est-ce légitime ? S’agit-il d’une proposition humanitaire ou d’un froid calcul économique ? Quel rôle les nouvelles conditions économiques ont joué dans le projet de remplacer la peine de mort par la déportation des condamnés ? Et encore, quelles chances de réhabilitation et de réinsertion offre au délinquant une sanction dégradante qui s’éternise ?

 

Au-delà des ambiguïtés et des corollaires troublants qui accompagnent un tel projet de réforme, il ne fait pas de doute qu’en s’interrogeant sur les peines de substitution qui peuvent remplacer la peine de mort, le XVIIIe siècle finit par fragiliser une certitude que Kant tenait encore pour inébranlable : si le criminel a commis un meurtre, il doit mourir, sans qu’aucune autre peine ne puisse satisfaire la justice. Étudiant la différence des approches et des contextes, l’objectif du Colloque consiste à répondre à la double question de savoir comment une réflexion sur la légitimité de la peine capitale a pu se former dans l’Europe des Lumières et en quoi les projets de substitution de la condamnation à mort par l’enfermement et les travaux forcés ont contribué à faire reculer l’idée, tenue comme acquise jusqu’au XVIIIe siècle, que le châtiment suprême constitue un impératif de justice.

 

Organisateurs : Luigi Delia (luigidel@gmail.com) - Fabrice Hoarau (fabrice.hoarau2@wanadoo.fr)

Les propositions de communication, comportant un titre, et 10 lignes de présentation, doivent être adressées avant le 15 février 2010.

 

 

 

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