10 juin 2021 - uB – 2 bd Gabriel – Salle 319 (3e étage du bâtiment droit)
de 14 h 00 à 18 h 00 (accès/informations pratiques ici)


Transversales : Journée d'étude doctorale du LIR3S :
Violence et transitions : ruptures ou continuités ?

Organisation : Harmonie Mariette (doctorante en histoire contemporaine, LIR3S UMR CNRS uB 7366) et Víctor Aparicio Rodríguez (doctorant en histoire contemporaine, Université du Pays Basque (UPV/EHU))

 

 

 

APPEL À COMMUNICATIONS

 

 

 

Norbert Elias disait il y a près d’un siècle que l’une des caractéristiques de l’ère contemporaine (la modernité) était l’expansion de la rationalité de l’individu et de la maîtrise psychogénétique de soi (auto-contrainte) sur certaines coutumes et comportements, certaines passions et émotions. En complétant la théorie wébérienne du monopole de la violence par l’État, Elias décrit un processus (celui de la civilisation) qui se développe parallèlement à l’antérieur, au travers duquel se transforme l’habitus des individus, leur vie quotidienne la plus intime, et qui réprime les pulsions les plus violentes et agressives. Ainsi, plus une société est intégrée, interdépendante, cohésive et centralisée, plus grande est le contrôle de soi de l’individu et plus réduits les niveaux de violence. Pour Walter Benjamin, qui était contemporain d’Elias, « toute violence est, en tant que moyen, soit fondatrice, soit conservatrice de droite. Lorsqu’elle ne prétend à aucun de ces deux attributs, elle renonce d’elle-même à toute validité[1] ».

Ce sont là deux manières de comprendre la modernité et la violence, d’un point de vue social et d’un point de vue politique. La complexité de cette question a attiré l’intérêt des nombreuses disciplines du domaine social. Sociologues, politologues, philosophes, juristes, anthropologues, psychologues, historiens, etc., tous ont abordé la problématique de la violence. Certains, comme Charles Tilly, ont affirmé que « les caractéristiques de la violence collective constituent, à un moment donné, l’un des meilleurs indicateurs de l’état de la vie politique d’une société. La nature de la violence et la nature de la société sont intimement liées[2] ». En raison de l’importance particulière que la violence politique a eu dans l’histoire récente, nous avons l’intention d’aborder avec une attention spéciale ce phénomène concret et comment les différentes disciplines s’en sont approchées. Quels problèmes épistémologiques soulève-t-il pour chacune d’elles ? Quelles sont les approches méthodologiques utilisées pour faire face au phénomène ? Sur quelles dimensions de la violence politique les différents domaines de recherche ont-ils plus dirigé leur analyse ?

L’énorme importance que la violence politique a eu pour les sociétés contemporaines, dont beaucoup ont souffert dans certaines de ses expressions – guerres civiles, guerres mondiales, génocides, dictatures, répression, révolutions, terrorisme, etc. –, nous offre un large éventail de possibilités pour des études de cas spécifiques. Pour finir, il est également pertinent de réfléchir sur les transformations qualitatives que ce phénomène peut connaître à l’heure actuelle ; par exemple, dans quelle mesure pouvons-nous accepter comme valables aujourd’hui les approches d’Elias ou de Benjamin, expliquées ci-dessus ? Comment adapter les approches théoriques classiques de la violence à une situation comme l’actuelle, marquée par le « paradigme postmoderne », dans lequel le monde fonctionne avec des logiques différentes de celles du siècle antérieur ? Si le XXsiècle a été le plus violent de l’histoire de l’humanité[3], comment la violence politique peut-elle influencer le siècle actuel ?

Par ailleurs, nous souhaitons réfléchir à un autre concept fondamental pour les sciences sociales : la transition.  Qu’est-ce que l’on entend par « transition » ? On peut faire référence à de multiples phénomènes et processus historiques et sociaux. Le passage du féodalisme au système économique capitaliste et, en conséquence, les différentes transitions dans les modèles de relations de travail, les modèles associatifs de la classe ouvrière, le passage de la « classe en soi » à la « classe pour soi » (Marx), la conformation de la classe au travers de l’expérience (Thompson)[4], ou d’autres transformations qui se déroulent à l’intérieur des organisations et cultures politiques. On peut parler aussi des différentes vagues de transitions à la démocratie pendant les XIXe et XXe siècles. « Transition » peut également faire référence à l’un des défis les plus immédiats auxquels les sociétés contemporaines doivent faire face, c’est à dire, la transition écologique – une transformation en profondeur des modèles de production et de consommation, tout en s’adaptant aux conditions matérielles et aux ressources limitées de la planète Terre. On peut aussi évoquer la transition technologique, l’assimilation par la société des changements engendrés par la troisième révolution industrielle ; et même les effets de l’éventuelle quatrième révolution industrielle, la révolution du « big-data », de l’Internet, du cyber-monde et de certains des défis que cela implique (par exemple le transhumanisme).

Quel est le rapport entre ces types de transitions et la violence ? Sont-ils des processus dans lesquels il serait impossible d’éviter des éclats de violence ? La violence est-elle inhérente à tout type de changement politique ou sociétal, ou n’apparaît-elle que dans des cas très concrets ? Quelles sont les conditions pour éviter la violence ou, au contraire, pour qu’elle entre en scène ? Nous espérons répondre à ces questions et à d’autres soulevées par des doctorants intéressés à participer à cette nouvelle journée de Transversales.


[1] Walter Benjamin, Pour une critique de la violence, Allia, Paris, 2019 ; de la traduction espagnole : Crítica de la violencia, Biblioteca Nueva, Madrid, 2006, p. 102.

[2] Charles Tilly, « Collective Violence en European Perspective », dans I.-K. Feieraben et al. Anger Violence and Politics : Theories and Research, Englewood Cliffs, N.-J., 1972, p. 342.

[3] Eric Hobsbawm, L’Empire, la démocratie, le terrorisme, Andé Versaille Éditeur/Le Monde Diplomatique, Paris, 2009 ; issu de la traduction en espagnol, Guerra y paz en el siglo XXI, Diario Público, Madrid, 2009, p. 2.

[4] E.-P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Points, 2017.

 

 

 

 

Modalités de soumission des propositions de communications

 

  • Journée ouverte à tous et à toutes les doctorant(e)s, docteur(e)s, susceptibles d’être intéressé(e)s par le sujet.

  • Date limite de proposition (titre de l’intervention ainsi qu’un bref résumé d’une quinzaine de lignes), le mercredi 31 mars 2021 ;

  • Adresse d’envoi des propositions : victor.aparicio@ehu.eus, h.mariette@hotmail.fr;

  • Réponse aux propositions de communications mi-avril 2021 ;

  • Cette communication donnera lieu à une publication dans la revue électronique Transversales.

 

[Télécharger l'appel à communications complet]

 

 

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Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
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