23 janvier 2020 - uB – 2 bd Gabriel – Salle 319 (3e étage du bâtiment droit) de 14 h. à 18 h. (accès/informations pratiques ici)


Transversales : Journée d'étude doctorale du CGC :
Conflits et démocratie


Organisation : Estelle Colombo (doctorante en histoire, CGC UMR CNRS uB 7366) et Godefroid Nzila (doctorant en philosophie, CGC UMR CNRS uB 7366)


InvitéHervé Guineret  (professeur de philosophie, CGC UMR CNRS uB 7366)

 

 

« La démocratie n’est pas un régime politique sans conflits, mais un régime dans lequel les conflits sont ouverts et négociables selon des règles d’arbitrage connues. Dans une société de plus en plus complexe, les conflits ne diminueront pas en nombre et en gravité, mais se multiplieront et s’approfondiront. »
(Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, éditions du Seuil, 1990, p. 300)

L’homme, en tant qu’animal social et politique (Aristote), est un être foncièrement relationnel. Certes, il s’associe naturellement aux autres, mais sa rencontre avec ses semblables le met dans une dimension de coopération et de concurrence. Cette confrontation vitale engendre parfois des situations de conflits, phénomène que l’on observe en tout temps et en tout lieu. Soulignons de prime abord qu’il existe plusieurs sortes de conflits et multiples manières de les résoudre. Le champ de la recherche consacré à la notion de conflits étant vaste, notre propos se focalisera sur les conflits sociopolitiques observés au sein des institutions démocratiques.

Pourquoi réfléchir sur un sujet qui a déjà fait l’objet de plusieurs analyses, débats et commentaires ? Les face-à-face gouvernés-gouvernants et le succès ou l’échec des revendications étant fonction de facteurs socio-culturels changeants et ne pouvant être prévus à avance, la thématique continue de donner matière à réflexion. En outre, les concepts et outils mobilisés par les SHS et les travaux des chercheurs comme Jacques Rancière, Pierre Bourdieu ou Gérard Noiriel nous aident à en appréhender et analyser les rouages et codes culturels.

Somme toute, interrogeant l’histoire et la vie des humains, force nous est de constater que les conflits sont inévitables en démocratie, et, qu’il n’y a pas de démocratie sans conflits. Autrement dit, penser un monde sans conflit est utopique, même en démocratie. Fort de cette affirmation, nous nous posons d’emblée cette question : si les conflits et la démocratie sont indissociables, pouvons-nous affirmer que les conflits sont constructifs pour un système démocratique ?

 


Programme



  • Godefroid Nzila (doctorant en philosophie, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    Quelques théories sur l’origine des conflits et démocratie au regard de la sapientielle africaine

À travers les médias, nous assistons çà et là à un climat social tendu, un climat électrique dû aux injustices et fractures sociales ; nous assistons aux revendications des droits humains (droits de l’homme), revendications identitaires, culturelles et cultuelles (religion), aux mouvements contestataires, mieux aux mécontentements de certaines classes sociales qui dégénèrent en soulèvement et violences populaires caractérisées par des pillages et dégradation des biens publics. Point n’est besoin de rappeler que depuis un certain temps, les images des gens dans la rue font partie intégrante du quotidien de notre société. Bref, un climat sociopolitique qui donne à penser d’autant plus qu’il suscite d’énormes inquiétudes et interrogations. Ce malaise et cette anarchie s’observent plus et pire encore dans une Afrique en marche vers la démocratie qui, malheureusement, demeure jusqu’à ce jour, le théâtre des conflits entretenus et des guerres géopolitiques, économiques, interethniques ou fratricides, durant des années interminables. Or, il n’y a jamais de sujet sans monde ou qui vit dans un monde isolé et peut se dire être à l’abri de ce qui se passe ailleurs.

Cela étant, si et seulement si la philosophie consiste aussi à « penser son temps » ; et qu’elle vit de la réflexion des penseurs sur ce qui donne à penser et de la discussion avec d’autres penseurs ; questionner le passé à partir du contexte actuel des situations de crise que traverse particulièrement l’Afrique contemporaine, nous semble une urgence pour revisiter quelques théories sur l’origine des conflits et démocratie, afin de cerner, à la lumière de la tradition sapientiale africaine, les conditions de possibilité pour bâtir véritablement un État de droit et un espace public en Afrique imprégné des valeurs républicaines et démocratiques.

Cependant, le contexte sociopolitique africain nous plonge dans une vaste zone de turbulence. Étant donné la diversité des contextes des pays africains, et par souci de circonscrire notre sujet, le cas de figure de la République démocratique du Congo restera en toile de fond de notre communication.



  • Julien Garry (doctorant en histoire, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    Au sabre ou au feu, quelle forme pour les conflits de la Troisième République ?

Alors que la République reprend ses droits sur le Second Empire, après la défaite de 1871 face à la Prusse, la scène politique et culturelle française s’empare d’une question pourtant d’apparence toute militaire : quelle forme prendront les guerres de la Troisième République, et plus particulièrement, quelle y sera la place des armes blanches ? Journalistes, escrimeurs, politiciens du sport, duellistes acharnés et nostalgique d’une image chevaleresque du conflit « épée en main » vont s’emparer de cette discussion tactique, empiétant sur les analyses stratégiques et militaires d’une évolution de paradigme jusqu’alors acquise.

Dans un pays où les duels défraient encore les chroniques, où les politiciens règlent parfois leurs conflits armes en main, où les productions romanesques ou théâtrales vantent les valeurs viriles des héros de capes et d’épée, peut-on réellement envisager la disparition du corps à corps dans la guerre « moderne » ?

Et comment se construire face à l’Empire Allemand, et son armée d’inspiration prussienne, dont le spectre se penche sur l’épaule du français, qui cherche, au-delà de la logique, à s’opposer corps et âme. Après tout, il possède la « Furia Francese », le meilleur atout des français, sabre ou baïonnette en main ! Alors que se construit le mythe de la race française, les théories racistes s’insinuent dans la culture française. Et le tir, dont la place est si importante dans l’armée allemande, se retrouve questionné, critiqué, délaissé au profit de la charge au corps à corps.

Une question anachronique, même dans les premières années du xxe siècle, et qui pourtant recevra un engouement surprenant, y compris de la part d’autorités militaires. Car derrière la naïveté de ces fantasmes populaires se retrouve une opposition de valeur : la France contre l’Allemagne, la République contre l’Empire : l’escrimeur civilisé contre le tireur, bête et méchant.



  • Jérémy Sauvineau (doctorant en anthropologie, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    Prendre appui sur le pragmatisme pour renouveler notre conception de la citoyenneté et de la démocratie. À propos d’une mobilisation autour de l’expulsion d’un « squat de migrants »

Au début du mois de septembre 2019, la préfecture de Côte d'Or a ordonné l'expulsion de 80 migrants, pour la plupart subsahariens, qui avaient trouvé refuge dans l'ancienne Caisse Primaire d'Assurance Maladie de Chenôve au début de l'automne 2018. À la surprise générale ils ont été expulsés la veille du jugement devant le tribunal de Grande Instance. L’indignation des militants a rapidement laissé place à diverses formes de mobilisation. Manifestations non autorisées, camping sauvage, concert de casseroles ou encore prises de parole en public sont autant de moyens mis en œuvre pour s'opposer à une expulsion et à un traitement « indignes ».

Peut-on vraiment considérer que, lors de micro-événements comme un concert de casseroles durant une cérémonie officielle ou un camping improvisé sur une place dijonnaise, « du » politique émerge ? Si oui, que nous apprennent ces mobilisations quant à la citoyenneté et à la démocratie ? Plus globalement, en quoi l’ethnographie peut-elle nous aider à affiner nos concepts scientifiques ?

Pour répondre à ces questions nous proposons de nous appuyer sur des observations participantes et des entretiens relatifs à l'expulsion du 9 septembre 2019, ainsi que sur les écrits politiques rédigées par la sociologie pragmatique – héritière de la philosophie de John Dewey. Considérer que le politique n'est pas un domaine d'activités circonscrites à des professionnels de la chose publique (Céfaï, 2011), saisir la citoyenneté « comme un ensemble de ressources mobilisables dans une série d'activités et de contexte d'expériences » (Bidet A., Gayet-Viaud E. Le Méner, 2019, 23), voir dans la démocratie un mode de vie et non un mode de gouvernement (Dewey, 2001 [1927]) nous semblent trois points de départ idoines pour répondre à nos questions.


 

Entrée libre, gratuite, sans inscription,
dans la limite des places disponibles

 

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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