28 février 2019– uB – 2 bd Gabriel – Salle 319 (3e étage du bâtiment droit)
de 14 h. à 17 h. (accès/informations pratiques ici)


Séminaire de l'atelier « Penser la/les transition(s) » :
Pas de transition sans transe. Vers une écologie des savoirs

 

Une approche critique voire radicale de la notion de transition consiste principalement dans la critique de la raison « adaptative »[1]. Si celle-ci ne saurait s’accommoder de croissance « douce », « durable » ou « verte », elle ne saurait non plus se satisfaire d’une allégeance non questionnée à la fonction de l’intellectuel ou du scientifique précisément… critique. À réfléchir à « comment changer de monde » (et non le monde), il importe d’indexer cette réflexion sur la saisie de toutes les formes de domination, au rang desquelles celles relevant de la production et de la diffusion du savoir – ou plutôt d’interroger ce qui serait « la part obscure » de la science, à laquelle nous pouvons machinalement contribuer par notre positionnement épistémologique indiscuté.
Les réflexions sur les positions d’engagement, d’implication ou de collaboration, en sciences sociales particulièrement, ne sont pas nouvelles même si elles restent sinon marginales toujours à reformuler et à réaffirmer, avec plus ou moins de force selon les traditions épistémologiques, selon la prégnance des doxa académiques nationales. Ce questionnement s’est fortement renouvelé, a gagné en intensité et en acuité avec la problématisation ontologique des différences : l’identification de l’ontologie naturaliste ou dualiste sous nos latitudes européennes permet de saisir ensemble les processus historiques d’objectivation et d’occupation du monde (une occupation « unimondiste »), et de colonisation épistémique. A contrario, sa critique ouvre la voie à des perspectives de pensée et d’action en termes « d’ontologies relationnelles » et qui font des transitions le moyen et la fin d’une « décolonisation épistémique » et de l’invention d’une « condition pluriverselle » : la déconstruction des cadres de pensée ethnocentrés issus du savoir scientifique occidental, qu’opère Arturo Escobar[2] autour de la notion de « sentirpenser » rejoint pleinement le plaidoyer de Boaventura de Sousa Santos[3] pour une « écologie des savoirs » permettant de « dépasser la monoculture [de ce] savoir » et de valoriser les savoirs non-scientifiques comme alternative aux savoirs scientifiques.
Inviter les « épistémologies du Sud » à la table de la connaissance implique de sortir de nos habitudes, de nos certitudes et de nos dogmes de faire science. Sans doute l’anthropologie l’a-t-elle senti, par delà la diversité de ses courants et les contradictions qu’ils ont encourus. Sans doute a-t-elle été au plus près, sinon la plus à même, par une capacité ou une volonté revendiquée « d’empaysement », d’être sujette à « la transe », c'est-à-dire au passage, au basculement, à la transformation qu’entraîne « le processus d’accompagnement actif qui consiste à se mettre en chemin avec ce [ceux] que l’on cherche à connaître »[4]. Non seulement ce/ceux que l’on cherche à connaître, mais ceux avec qui, ici ou ailleurs, on s’engage, avec qui on partage les causes, les luttes, et les convictions quant à la nécessité de changer de monde. Peut-on faire de la transe, une expression concrète et physique du sentirpenser, une notion provocatrice qui viendrait bousculer jusqu’à nos manières radicales de penser les transitions ? Pas de transition sans transe, sans tremblements pour (nous) agiter, secouer, éveiller et transformer ?


[1] Felli Romain, La grande adaptation. Climat, capitalisme et catastrophe, Paris, Le Seuil, 2016.
[2] Escobar Arturo, Sentir-penser avec la terre. Une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Le Seuil, 2018.
[3] Santos Boaventura de Sousa, Épistémologies du Sud. Mouvements citoyens et polémique de la science, Paris, Desclée de Brouwer, 2016.
[4] Ingold Tim, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Paris, Éditions Dehors, 2018.

 

 

Intervenants

 

  • Barbara Glowczewski (CNRS, LAS, Paris),
    Transes rituelles et transversalités transocéaniques

  • Nastassia Martin (anthropologue, LAS, Paris), 
    Choisir la forêt. Parcours animistes en Béringie :

    Les sociétés indigènes du Grand Nord sont aujourd’hui confrontées à des métamorphoses sans précédent. En Alaska et au Kamtchatka, Gwich’in et Even font face à des dérèglements climatiques drastiques, ainsi qu’à des politiques étatiques brutales. Pourtant, certains clans familiaux résistent. Dans la réponse qu’ils proposent au monde tel qu’il advient, ils restaurent un animisme que l’on croyait perdu : en repartant en forêt, ils choisissent reprendre le dialogue avec les êtres de la forêt, et questionnent en ce sens notre propre relation à la terre.

  • Jean-Louis Tornatore (CGC UMR CNRS uB 7366),
    Un art de transe

 

 

Toutes les séances du séminaire 2018-2019 ici

 

 

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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