15 mars 2018 - MSH de Dijon - salle des séminaires - 14 h. - 18 h.
(accès/informations pratiques ici)


Transversales : Journée d'étude doctorale du CGC :
Crises, précarité/fragilité

Organisatrices : Pauline Gomont (doctorante en histoire de l'art, CGC UMR CNRS uB 7366) et Katia Mazalovich (doctorante en sociologie, CGC UMR CNRS uB 7366)

 

Invité : Xavier Vigna, professeur d'histoire contemporaine, CGC UMR CNRS uB 7366

 

Le sentiment de crise est omniprésent dans notre quotidien et anime les recherches en sciences humaines et sociales depuis plus d’une trentaine d’années. Nous souhaitons l’interroger dans ses relations avec la précarité. Elle ne se limite pas ici à son aspect économique, mais est envisagée comme une fragilisation générale (matérielle, sociale, cognitive...), conséquence d’une forme de violence sociale et ordinaire.

Provenant de la crisis latine, la crise désigne un moment où se décide le sort du malade. Elle est également à rapprocher de la krisis grecque qui renvoie à la faculté de juger, de distinguer et finalement de décider. L’idée de crise est également intimement liée à celle de précarité qui renvoie à l’instabilité, l’insécurité et le caractère potentiellement révocable d’une chose ou d’un état. En effet, les crises sont souvent subies par des territoires, des populations, jugés vulnérables et précaires. La recherche permanente d’un équilibre les plonge dans une crainte de l’avenir et les prive du lien social qui les unissait aux autres. Cette fragilité, associée à l’instabilité qu’elle peut générer, débouche sur une forme de désorganisation – menace de l’organisation du système –, qui, sur une période plus ou moins longue, se transformera en crise. Mais cette précarité, alors qu’elle peut être la source d’une crise, peut également en être l’une de ses conséquences.


Intervenants

 

  • Claudy Chêne (doctorante en histoire contemporaine, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    La situation des engagés Tonkinois sous contrat en Nouvelle-Calédonie et aux Nouvelles- Hébrides : d’une crise Tonkinoise à une crise permanente en Océanie

    La migration des engagés Tonkinois pour le travail vers la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles- Hébrides entre 1891 et 1964 interroge le concept de crise à plusieurs titres. C’est pour répondre à une situation de crise politique, économique et sociale au Tonkin qu’ils ont fait le choix d’un exil temporaire jusqu’en 1940, devenu constant jusqu’en 1964. De l’incertitude de la crise naît l’opportunité et l’espoir d’en sortir. Si je m’en tiens à la définition d’Edgar Morin : « Moment où, en même temps qu’une perturbation, surgissent les incertitudes », une crise se définie comme un processus qui menace de désagrégation une organisation ou un univers de références et constitue la rupture d’un équilibre qui remet en cause l’existence d’un système. Or, en Océanie, l’espoir (décrit par de nombreux Chan Dang) cède la place à des conditions de travail et de vie qui maintiennent ces engagés dans la précarité morale et sociale. Leurs oppositions, les mouvements de révoltes ou les grèves n’y ont pas mis un terme définitif. En se plaçant du point de vue des engagés, cette situation peut être considérée sous l’angle d’une crise permanente que la banalisation rend presque inaudible. Si une crise constitue une rupture et agit comme un révélateur de nouvelles réalités, elle est aussi un produit d’une société en changements et en réajustements permanents. Pourtant, l’histoire des engagés Tonkinois en Nouvelle-Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides rend compte de la capacité de résilience nécessaire pour surmonter ces temps de crises, pour saisir l’opportunité de rebondir et interroge le concept de crise comme symptôme et remède à une fragilité chronique des populations engagées. Ainsi, nous rappellerons d’abord la situation économique, sociale et politique du Tonkin à la fin du XIXe siècle car il faut penser le fonctionnement d’une crise en termes de système. Puis nous rendrons compte de la précarité vécue par les engagés Tonkinois en Nouvelle-Calédonie au travers des logements, des salaires, de la place des femmes et des enfants. Enfin, les moyens employés par les Tonkinois pour lutter contre cette précarité pourront mettre en évidence les éléments de leur volonté pour sortir d’une situation de crise.


  • Romain Castellesi (doctorant en histoire contemporaine, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    Crise et conscience de crise » dans une ville moyenne en Bourgogne. Autun dans la seconde moitié du XXe siècle

    L’expression de « conscience de crise », théorisée pour la première fois en 2004, est depuis fréquemment reprise dans les études de sciences sociales. Son premier intérêt est de dissocier la notion de « crise » du champ économique, en rappelant qu’elle est avant tout une construction sociale, qui se décline de l’échelle mondiale jusqu’à l’individu.
    Concept massivement utilisé par les médias, la réflexion autour de la « crise » des territoires, des activités, des représentations est en revanche récemment questionnée dans les sciences sociales. En histoire sociale, la crise recouvre autant la fragilisation d’une activité économique dominante que la déstabilisation des pratiques, des sociabilités, des discours qui dérivaient de cette activité.
    C’est pourquoi la monographie est, en l’état actuel de la recherche, privilégiée afin de mettre à l’épreuve la « crise » dans une démarche empirique et inductive. Dans le cadre de la réalisation d’une thèse de doctorat en histoire contemporaine, la ville d’Autun a retenu notre attention. Comme ville moyenne et industrielle, elle est un miroir fidèle de la France du second vingtième siècle. À l’instar de nombreux bassins mono-industriels, elle est touchée de plein fouet par la récession économique des années 1970-1980. La disparition précoce de l’activité minière, dès les années 1950, en fait même un laboratoire de la crise, obligeant les autorités publiques locales et nationales à répondre à un phénomène jusque-là ignoré ou refoulé.
    La structuration sociale, économique et même architecturale de la ville autour de son industrie est bouleversée lorsque les usines délocalisent, ferment, ou réduisent leurs effectifs. La présence d’industries considérées comme des « fleurons » nationaux à l’image des mines de schistes bitumineux jusqu’en 1957, et surtout l’entreprise DIM employant plus de 1 000 personnes jusque dans les années 1990, rend d’autant plus impensable la crise aux yeux des habitant(e)s. Dans la confection textile, environ 70 % de la main d’œuvre est féminine, ce qui conduit à des mobilisations sociales où se conjuguent subversion des normes de genre (les femmes participent aux occupations, séquestrations, piquets de grève) et refus de l’invisibilisation des femmes au travail. La réponse des populations de ces bassins sera donc au cœur de notre étude sur le phénomène de crise.
    La crise est tantôt un facteur de recomposition (les rivalités syndicales sont questionnées devant la disparition imminente de l’activité, de même que les clivages politiques locaux), tantôt de décomposition (précarisation de la main-d’œuvre, déclin démographique, mise à mal du « souci de respectabilité » ouvrier).
    Trop souvent considérées comme des territoires marginalisés, les populations des bassins en « crise » sont fréquemment représentées comme les « perdants » de la mondialisation, dont l’instinct de colère les conduit au vote Front National. Notre contribution, avec les méthodes de l’histoire, placera les concepts de « crise, fragilités/précarité » à l’épreuve du temps long, afin d’essayer d’en dégager des ruptures et des continuités, en écartant toute nostalgie ou sentiment de déclinisme.


  • Katja Gentric (artiste et historienne de l’art, chercheur associé au CGC UMR CNRS uB 7366, post-doctorante à l’Université of the Free State, Afrique du Sud) :
    Quand les artistes articulent la précarité comme moteur d’une démarche artistique

    Sous quelles conditions une notion issue des sciences sociales, comme celle de la précarité, peut-elle devenir opérationnelle pour une démarche d’art contemporain ? L’art basé sur une question sociale doit savoir éviter plusieurs écueils, trouver un équilibre entre recul et implication pour contrevenir d’une approche compassionnelle et néanmoins faire une véritable contribution au débat esthétique. L’objectif de la recherche proposé ici est de saisir, à travers l’étude de trois cas, l’articulation de la précarité comme moteur d’une démarche artistique plurielle. Trois projets artistiques issus du Ghana, du Cameroun et de l’Afrique du Sud servent ainsi de point d’entrée de cette analyse.
    Comme sous-parties de sculptures et d’installations, Zohra Opoku utilise des débris de structures de fortune trouvés à Accra (planches assemblées, fragments de stands de marché ou d'habitations, mobilier improvisé pour activités informelles etc.). Le public est invité à « habiter » ces sculptures ou de s'en vêtir.
    Travaillant à partir du Cameroun, Achillekà Komguem mène des enquêtes (voyage, immersion et dialogue) dans un processus qui prend comme forme finale un livre d’artiste et/ou une installation intermédia.
    « Dark City » est un projet initié par un collectif d'artistes sud-africains (Hariwe, Jono Wood, Dirk Chalmers) autour d’un immeuble du centre-ville de Johannesburg, occupé par des habitants clandestins et coupé des services sanitaires de la ville. Les artistes créent une installation faite des matières récoltées dans ce bâtiment et qui intègre des entretiens avec les habitants, des vidéos, des portraits, etc.
    L’étude convoque l’observation participante pour examiner le travail des trois artistes choisis. Ils ont la particularité d’avoir pris une situation trouvée comme point de départ d’une enquête, d’avoir su saisir la matérialité de cette situation précise et ensuite d’avoir su transformer cette recherche permanente d’équilibre en moteur qui entraine leur projet artistique. Ils ne proposent pas de remarque « sur » une situation sociale, mais travaillent avec et de par l’intérieur de cette situation.

     

  • Angélique Giacomini (Philipona) (doctorante en sociologie, CGC UMR CNRS uB 7366) :
    Le vieillissement de la population : crise ou défi ?

    À chaque seconde dans le monde, deux personnes célèbrent leur soixantième anniversaire (Fonds des Nations-Unies pour la population et HelpAge International, 2012), soit au total environ 58 millions de personnes fêtant cet anniversaire chaque année. De même, au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus dans le monde a augmenté de 178 millions, soit environ 2,6 fois la population française actuelle. À un horizon plus lointain, les démographes s’accordent pour annoncer une augmentation significative du nombre de personnes âgées de 60 ans et plus sur le territoire français. Cet accroissement a déjà débuté et tend à se poursuivre. Les projections de l’INSEE indiquent en effet qu’en 2060, la France comptera plus de 23 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit une augmentation d’environ 50 % par rapport au nombre de personnes âgées vivant en France actuellement. Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus aura alors plus que triplé entre 1960 et 2060.
    Mais quel sens peut-être attribué à ces chiffres ? Cela signifie-t-il que la France est un pays qui tend à décliner, à perdre en dynamisme, à s’affaiblir économiquement comme ont pu le prévoir un certain nombre d’auteurs comme Alfred Sauvy au début des années 1900 ? Ceux que l’on appelle « personnes âgées » sont-elles une population fragile et vulnérable qui constitue un poids pour la France et pour les autres générations ? La France est-elle dorénavant un pays de vieux ? Comment les politiques publiques prennent-elles en compte ces profondes modifications de la structure démographique ? Peut-on parler de « crise » liée au vieillissement de la population ?

     

     

    Entrée libre, sans inscription,
    dans la limite des places disponibles

 

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Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
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