16-17 octobre 2014 - Amphithéâtre Mathiez (bât. extension lettres)

Colloque : Veilles de guerre

Organisateurs : Vincent Chambarlhac (CGC), Véronique Liard (Centre TIL),
Fritz Taubert (Centre TIL) et Bertrand Tillier (CGC)

Le 15 juin 1914, la Grande Bretagne acceptait d’envoyer des représentants au conseil de surveillance du projet de la ligne de cheminde fer Berlin-Bagdad – elle acceptait ainsi, par une sorte de « gentlemen’s agreement », une participation potentielle du Reich allemand aux futures exploitations des richesses minières au Moyen Orient. Cet accord représentait une sorte d’issue pacifique à un conflit économico-politique entre plusieurs puissances impérialistes, une issue qui, dans une atmosphère tendue, pouvait être comprise comme un signe positif, dans le sens d’une entente entre les impérialismes rivaux. Un mois plus tard, le Reich poussait l’Autriche à déclencher une guerre contre la Serbie, qui devait vite se transformer en guerre européenne généralisée, bien que, après l’attentat qui avait coûté la vie à l’Archiduc, dans les cercles dirigeants à Vienne, un certain nombre de responsables aient insisté pour que l’ultimatum envoyé aux Serbes laissât une ouverture politique pour éviter la guerre.

Les sociétés des Etats européens étaient-elles mentalement prêtes – parce que préparées depuis longtemps à cette éventualité – à la Grande Guerre ? Si l’historiographie culturelle de la Grande Guerre, en France, a depuis longtemps fait le procès d’une acceptation du fait guerrier par la revanche, si les travaux de Norbert Elias ont montré l’empreinte du militarisme prussien sur la société allemande, la question demeure ouverte. Emilio Gentile, parmi d’autres, s’est attaché à trouver dans la modernité occidentale de la Belle Epoque une « prescience apocalyptique » structurée par la dialectique décadence/régénérescence. En Italie, dès 1909, le « Manifesto del futurismo » de Marinetti prônait ouvertement la guerre ; en Allemagne,  en cette même année, Georg Heym publiait un poème expressionniste clairement favorable à la guerre. En France, autour de 1913, Fernand Léger explorait une peinture abstraite, de formes géométriques renvoyant à une dépersonnalisation et une mécanisation dont le conflit moderne révélera la puissance de feu. Bientôt renforcées des premiers essais cubo-futuristes, dadaïstes et constructivistes, les avant-gardes défendaient un art de la déconstruction des formes, des taxinomies et des pratiques, qui devait mener à la destruction des valeurs artistiques et sociales.

Pour nombre d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes, la guerre représentait donc l’espoir d’un changement fondamental ; pour d’autres dans les cercles littéraires, artistiques, la guerre n’est que l’un des possibles de la période, pas nécessairement le plus probable : les convictions pacifistes animèrent ainsi le whitmanisme, le vitalisme, l’unanimisme en France comme en Belgique… Somme toute, à trop interroger a posteriori les productions intellectuelles et artistiques,  l’historiographie ne se condamne-t-elle pas à donner corps à la « prescience du conflit » ?

Le colloque analysera les tendances guerrières ou pacifiques présentes dans les sociétés européennes avant la Grande Guerre, en réunissant des spécialistes d’histoire culturelle et politique, de littérature et de civilisation, d’histoire de l’art, pour montrer qu’il y eut plus d’une « veille » de guerre en Europe et que les frontières entre les propagandistes d’une grande tempête et les « pacifistes » étaient bien plus floues qu’on ne l’imagine.

 

 

Programme

 

Jeudi 16 octobre

 



Fritz Taubert :
Ouverture du colloque
[7'48]

 

  • Farida GAD EL HAK (Université du Caire) : L'Exposition internationale de Lyon, à la veille de la Grande Guerre
  • Pierre-Paul GREGORIO (Université de Bourgogne) : Janvier-juillet 1914 : les répercussions de la situation internationale pour l’Espagne à travers ABC, « El Socialista et La Correspondencia Militar »

 

  • Vincent CHAMBARLHAC (Université de Bourgogne) : L'Effort libre, une revue pacifico-littéraire
    [20'06]

  • Anne-Marie SAINT-GILLE (Université de Lyon) : Le mouvement pacifiste dans l'Empire allemand à la veille de la Première Guerre mondiale
    [23'58]


  • Bérénice ZUNINO (Institut Français d’Histoire en Allemagne, Francfort sur le Main) : Tout simplement pour le plaisir ? Lectures de guerre pour la jeunesse dans le Kaiserreich d’avant 1914
    [24'58]

  • Stephanie KRAPOTH (Université de Franche-Comté) : L'enseignement scolaire – une préparation à la guerre ? L'exemple des manuels scolaires français et allemands de l'avant-guerre 1914
    [22'09]


  • Catherine HOREL (CNRS) : Construire l'image de l'ennemi. La Serbie dans la caricature autrichienne (et allemande) d'avant 1914
    [24'00]

  • Alma HANNIG (Université de Ratisbonne) : L’Autriche (1910-1914), puissance pacifiste ou belligérante ?
    [20'18]

    [Texte lu par Catherine Horel]

     

     

    Vendredi 17 octobre

     
  • Claire ASLANGUL (Université Paris-Sorbonne) : La guerre comme apocalypse ? Sens, fonctions et enjeux d’un motif pictural à la veille de la Première Guerre mondiale
    [25'41]

  • Ludolf PELIZAEUS (Université de Mayence) : Victoire et défaite. Représentations du motif de la guerre dans la peinture académique en Prusse et en Autriche de 1867 à 1914
    [24'41]


  • Hélène IVANOFF (EHESS) : Artistes allemands en guerre contre l'art français : la protestation de Carl Vinnen
    [26'51]

  • Bertrand TILLIER (Université de Bourgogne) : Albert Robida et la guerre de demain
    [21'34]


  • Dorian KRÖGER (Université Paris-Sorbonne) : L’Alsace-Lorraine à la veille de la Première Guerre mondiale : entre pacifisme et révisionnisme
    [30'25]

  • Fritz TAUBERT (Université de Bourgogne) : Salomon Grumbach et Charles Andler, une polémique entre deux socialistes convaincus avant la Première Guerre mondiale
    [22'35]

  • Philippe ALEXANDRE (Université de Lorraine) : L’opinion publiée et la question de la guerre en Allemagne avant 1914
    [31'51]

 

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