Pôle 2 : Mondes et pratiques populaires

Responsables : Benoît Caritey (Mcf, sociologie) et François Jarrige (Mcf, histoire contemporaine)

Le champ thématique est envisagé selon deux perspectives qui se recoupent et se prolongent.

Il s’agit, d’une part, d’interroger les mondes et les pratiques des catégories populaires, tant urbaines que rurales, qui ont en partage une modestie relative des conditions de vie et une position subalterne dans les hiérarchies professionnelles. Ce premier volet est inséparable d’une réflexion sur les contours et les propriétés du « populaire », « notion à extension indéterminée », qui englobe des réalités variables susceptibles d’être envisagées selon des paradigmes différents (catégorie statistique, classe réelle, masse). La pluralité des notions permettant de nommer les catégories populaires (peuple, plèbe, classes laborieuses, masses, classes ouvrières, travailleurs, pauvres, prolétaires, dominés, subalternes etc.), qui ne recouvrent pas nécessairement les mêmes réalités, ni n’en retiennent les mêmes propriétés, nous invite à interroger les acceptions du « populaire » et de ses synonymes dans la langue naturelle, le discours politique et le discours savant, trois registres de langage qui ne sont pas étanches les uns aux autres.

Si les pratiques populaires sont à comprendre en relation avec les propriétés des mondes populaires à l’intérieur desquels elles s’observent, il convient de faire la part des pratiques patronnées (nées de rencontres entre lettrés et groupes populaires, prises en charge par des formations associatives ou politiques dominées par les élites, etc.), des pratiques de l’entre-soi, libres de toute domination, et des pratiques visant à contester l’ordre établi, à le subvertir, et/ou à affirmer une identité populaire. Ces pratiques qui peuvent relever du militantisme, mais aussi de la production artistique, du loisir ou de la sociabilité, méritent d’être interrogées dans leur dimension proprement populaire. Racontées, figurées et interrogées, tantôt par les acteurs mêmes ou leurs organisations, tantôt par des experts, des intellectuels ou des artistes, elles donnent lieu à toutes sortes de productions écrites ou figuratives, qui montrent, disent et racontent les mondes populaires, avec de multiples effets en retour dans les champs politiques et sociaux.

Il s’agit, d’autre part, d’analyser les pratiques qualifiées de « populaires » (parce qu’elles reçoivent l’assentiment du plus grand nombre) sans qu’elles soient pour autant l’apanage des catégories populaires : cinéma, télévision, spectacle sportif, musiques, etc., puisque des individus sont susceptibles de s’adonner à des pratiques relevant, les unes d’une culture légitime, les autres d’une culture illégitime (jugée frivole, vulgaire, voire abêtissante). Autour de ces pratiques se structurent des univers sociaux entre lesquels des individus partagent leur existence.

 

* Axe : Le travail et ses environnements

* Axe : Dynamiques et formes collectives