Atelier de recherche

 

  Le populaire comme adjectif  


 

Coordonné et animé par Vincent Chambarlhac

 

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Colloque : Collecter, lire, faire avec le populaire ?


7-8 décembre 2023 uB – Amphithéâtre de la MSH de Dijon.
Accès/informations pratiques ici.


APPEL À COMMUNICATIONS

Date limite de retour des propositions : 15 mai 2023
Les propositions de communication de 1 500 signes, suivies d’une courte biographie, sont à envoyer à : vincent.chambarlhac@u-bourgogne.fr et bertrand.tillier@univ-paris1.fr


 

En clôture d’une recherche menée conjointement par le LIR3S et le CHXIX sous forme d’ateliers et de journées d’étude[1] et avec la participation de l’Écomusée de la Bresse Bourguignonne, cet appel à communication souhaite questionner ce que serait, dans le domaine des SHS « Collecter le populaire ». Une définition, en tension devant l’opération qu’est la collecte, introduit cet appel.

 

Populaire

  1. Qui appartient au peuple, qui le caractérise; qui est répandu parmi le peuple
    (Bonhomie, coutumes, crédulité, croyances, culture, génie, imagination, insouciance, instinct, légendes, mythes, opinion, passe-temps, préjugés, sagesse, tradition populaire(s) ; musée des arts et traditions populaires.)

  2. Qui est composé de gens du peuple; qui est fréquenté par le peuple
    (Arrondissement, bal, bar, café, fête, restaurant populaire). En parlant d’un groupe : classes, masses, meetings populaires.

  3. Qui est accessible au peuple, qui est destiné au peuple.
    Air, chanson, conte, drame, édition, éducation, imagerie, littérature, publication, université populaire.

C’est ainsi que cartographie le Centre national de ressources textuelles et lexicales les principales acceptions d’un adjectif, populaire. L’adjectif, ou son substantif, semble toujours aller de soi, se donne abruptement comme tel : ainsi d’expressions comme mondes populaires, fêtes populaires, arts et traditions populaires, universités populaires, théâtre populaire, bibliothèques populaires, émeutes populaires…

Cet inventaire borgesien, jamais fini plus qu’infini, comment l’appréhender dans le monde des SHS ? Que désigne l’épithète populaire, si ce n’est l’apposition d’une forme de distinction, sinon de clôture à l’intérieur d’un espace social et/ou politique, intellectuel, plus vaste – au hasard, les bibliothèques, le théâtre, l’histoire, l’art, le patrimoine, la littérature…. Un espace qui n’est pas exactement celui d’un autre exotique, mais bien plus celui de l’autre d’une société, un espace socialement dénivelé[2].  Cet espace, l’analyste, le savant, le militant… l’arpentent, informant ainsi par l’adjectif une distance parcourue. Populaire s’étreint toujours sous la forme de la distance, s’entend dans un rapport construit et donné. On peut l’entendre dans le lexique de la domination, au risque d’écraser ce que ce qualificatif est pour l’essentiel, un mouvement. Un mouvement, une manière d’étreindre un reste anthropologique et/ou littéraire, artistique, sociologique, historique… quelque chose qui délimite, dit une tension.

Précisément, et c’est là le postulat de cet appel à communication, la collecte, qu’elle soit programmée et méthodique ou sauvage, pratiquée par les SHS au sens large, nous semble pouvoir questionner les temps de ce mouvement, les moments de cette mesure par l’objet, la photographie, le recueil de contes, de mots, de traditions, de savoir-faire et de gestes…

L’interrogation du colloque se déploie sur quatre temps, pariant sur la qualité de « faiseur d’embarras » de l’adjectif ou du substantif [3] :

  • Dans le moment de la collecte, dans le choix des objets – matériels/immatériels – s’informe l’adjectif populaire. Les récits, les carnets d’enquête, les fonds photographiques… apparaissent comme l’un des lieux où questionner ce qui se joue, soit l’art d’une pensée du classement par le mouvement même de collecte du populaire devant d’autres objets.
  • La collecte implique ensuite la collection et l’archivage par une autorité (scientifique, institutionnelle, élitaire…) en surplomb qui instaure ainsi un effet de hiérarchisation. La collection, dans ses processus d’analyses, comme d’expositions dans l’horizon de différentes institutions et/ou productions culturelles, donne à voir des écritures du populaire. Ces écritures peuvent être savantes, muséales, artistiques, littéraires… Elles constituent dans l’après-coup des archives du populaire à un moment donné de sa monstration. Un populaire qui aurait « la beauté du mort », selon la formule de Michel de Certeau[4], ou qui serait supposé conserver une mémoire active (un reste) des publics pris en charge par ces écritures et récits (ainsi, par exemple des écomusées). Il s’agit ici d’interroger tout autant la collection en tant que regard de la collecte, que les usages et les discours qui enserrent une collection d’arts, de traditions, etc., désignée comme populaire.
  • Troisième temps du questionnement, la revisite critique des opérations de collecte, comme celles des RCP de l’Aubrac et du Chatillonnais conduites par le Musée des ATP, ou le retour à nouveaux frais par l’exposition, l’édition critique, de ces moments de collecte qui n’échappent pas à la patrimonialisation et à « l’effet musée » [5]. L’après-coup demande également à être interrogé dans la manière dont il informe, à nouveau, ou non, une acception située du populaire, supposant comme dans les moments précédents qu’il est autant l’expression d’un point de vue situé que d’un mouvement vers le populaire. Ici, en écho à Michel de Certeau, peut-on supposer que le mort saisit le vif ?
  • Enfin dans un quatrième temps, il s’agit d’interroger l’historicité de la catégorie de populaire et des effets de ses inflexions/substitutions/tensions vers/par/avec d’autres articulant, comme elle, l’analytique et le politique, telle celles (en autres) de subalternité et d’hégémonie [6]. Là le populaire, auparavant souvent compris comme l’effet d’un cannibalisme collectionneur qui détruit et réduit au silence son objet à mesure qu'il le saisit, pourrait s’analyser comme la tentative ou le geste même d’échapper, selon différentes modalités, à une objectivation par les SHS. Populaire serait ici soit une ressource permettant la constitution de sujets politiques visant à la transformation d’un ordre social et politique ou résistant aux effets de la modernité, soit pu simultanément encore comme la possibilité d’un contre-espace où s'actualiseraient des pratiques non-extractivistes des SHS avec lesquelles il s’articulerait dans un « avec » et non un « sur ».

 

Les propositions de communication de 1 500 signes, suivies d’une courte biographie, sont à envoyer, avant le 15 mai 2023, à : vincent.chambarlhac@u-bourgogne.fr et bertrand.tillier@univ-paris1.fr

 

[Télécharger l'appel à communications]

 


[1] L’ensemble de ces contributions est consultable sous forme de podcasts dans la phonothèque du LIR3S.

[2] Cf. l’introduction de Jacques Revel à Richard Hoggart en France, textes rassemblés par J.-C. Passeron, Paris, BPI/ Centre Georges Pompidou, 1999.

[3] Dominique Julia, « Un faiseur d’embarras ? », les historiens et les débats autour de la culture et de la religion populaire (1960-1980), Archive des sciences sociales des religions, n°176, octobre 2016.

[4] Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, « La Beauté du mort, le concept de culture populaire », Politique aujourd'hui, décembre 1970, p. 3-23

[5] Dominique Poulot, dir., « L’effet musée, Objets, pratiques et cultures », Histo.art, n° 14, 2022.

[6] Cf. Antonio Gramsci, Cahiers de prison, édition de R.  Paris, Gallimard, « NRF », Paris, 1978-1996, 5  vol. Et Gavraty Spivak, Can the Subaltern Speak ? in Cary Nelson and Larry Grossberg, eds. Marxism and the interpretation of Culture (1988).


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